‹ Géographie UniverselleChapitre 39 sur 93 · TOME II. Il · texte numérisé non relu

TOME II. Il

encore à tous les chaînons qui s'y rattachent , et plus généralement encore à toutes les hauteurs comprises : au nord, entre la trouée de Béforl et le Rhin de Bàle à Waldshul; à l'est, l'Aar inférieur, les lacs de Neuchàtel et de Genève; au sud-est et au sud, le Rhône ; à l'ouest et au nord-ouest, la Saône et le Doubs.

Contrairement à toutes les chaînes que nous avons étudiées jusqu'à présent, le Jura, sur une longueur, d'environ 280 kilomètres du sud-ouest au nord-est, et une largeur moyenne de 60 à 80 kilomètres , constitue bien moins une chaîne qu'une haute terre formée d'une série de fortes ondulations généralement parallèles entre elles, et séparées par de longues vallées plus ou moins larges et profondes. Il s'élève graduellement en se rapprochant des Alpes, dont il semble une terrasse avancée, et se présente comme une vaste muraille , ou plutôt à cause de la direction singulière de ses contre-forts, qui se détachent de la chaîne parallèlement au faite, comme un assemblage confus de murailles parallèles comprenant entre elles des vallées longitudinales. Ces murailles s'abaissent à mesure qu'elles s'éloignent vers l'ouest, c'est-à-dire de la Suisse vers la France, et en général leur altitude décroît aussi en même temps depuis leur extrémité nord-est jusqu'à leur autre extrémité sud-ouest; de telle sorte que la plus orientale de ces chaînes, élevée moyennement de plus de 1,000 mètres, renferme des points qui atteignent jusqu'à 1,700 mètres, tandis que la plus occidentale , qui s'efface dans les plaines de la Saône , n'a plus que de k à 600 mètres.

Le Jura offre ainsi l'un des exemples les plus frappants de ce que les géologues appellent plissement de terrain. 11 semble, en effet, que le sol du pays qu'il constitue, fortement pressé de l'ouest vers l'est, se soit ridé comme la surface d'un lac sous l'action d'un vent du nord-ouest; et, pour compléter la ressemblance, les plus fortes ondulations se trouvent à l'est. Mais tous ces plis n'étant généralement reliés entre eux que d'une manière confuse, sans ordre ni connexion certaine, il en résulte qu'on ne peut préciser d'une manière fixe le nombre de ces chaînons parallèles , qui ne font que rarement suite les uns aux autres , et c'est ce qui explique comment les géographes ne sont pas d'accord sur le nombre des divers étages ou gradins dont se compose le système du Jura.

Nous allons d'abord le diviser, d'après son étendue et sa position générales, en trois groupes ou sections, dont chacune se compose elle-même d'une série de plateaux et de chaînes parallèles en nombre variable.

1° Le Jura méridional s'étend depuis le Rhône vers le fort l'Écluse jusqu'au col des Rousses , vers les sources de la Bienne et de l'Orb. 11 n'appartient pas à la ligne de partage des eaux , et cependant c'est la partie la plus élevée , la plus âpre de tout le Jura. On y trouve successivement du nord au sud les sommets de la Dole (1,681 m.), du lieux-C/iâtel (1,318 m.), du Grand-Chalet (1,419 m.), du Colombey (1,689 m.), du Pré-des Marmiers, du Reculet (1,720 m.), point culminant de tout le Jura, et du Grand-Credo (1,690 m.), qui, avec le mont Vouache, situé sur l'autre rive du Rhône, formait autrefois la perte de ce fleuve. Toutes ces montagnes, à l'exception de la Dole, sont en France, dans le département de l'Ain. C'est dans cette section principalement que le plissement du terrain est remarquable par le parallélisme et le grand nombre de ses ondulations. Celles-ci se prolongent sur le Rhône, et séparent de la Bienne et de l'Ain la Valserine , le Seran et autres affluents du Rhùne. Là se trouvent

les principaux contre-forts du Jura français, où l'on rencontre des sommités assez considérables, notamment aux environs de Nantua, où s'élèvent le mont d'Ain (1,048 m.), leBérentin (1,112m.) et le Chalamt (1,404 m.): là se trouvent les gorges Tedoutables de Nantua, de Saint-Claude et des Rousses, célèbres par la défense des Français en 1815.

2# Le Jura central prolonge le précédent depuis le col des Rousses jusqu'au plateau d'Étalières, vers les sources de la Reuse, affluent du lac de Neufchàtel; il sert de limite à la France par les sommets du Ritoux (1,290 m.), de la Landox (1,426 m.), entre les sources du Doubs et du lac de Joux, du mont d'Or (1 ,662 m.), qui se relie au Jorat (Suisse) par la Dent-de-VaulUm (1,493 m.), à l'extrémité nord-est du lac de Joux, et du mont Suchtt (1,569 m.) à l'est de Jougne, d'où se détache sur la rive droite de la Reuse un contre-fort où se dressent le Ckasseron (1,610 m.) et le Creuxdu- Vent (1,503 m.)

Celte section , qui fait partie de la ligne de partage des eaux , a pour point culminant le Chasseron, qui est en Suisse, à quelque distanco de la frontière; c'est la partie la plus épaisse et la plus confuse de tout le système, surtout au nord du mont Suchet, où la frontière, qui, depuis le col des Rousses, a suivi la crétc d'une seule et même chaîne, coupe alors plusieurs chaînons parallèlement au Doubs ; elle laisse alors sur la rive droite de cette rivière, et en France, le mont Larba (1,232 m.) au nord de Jougne, et plus au nord le plateau des Fourgt (1,121 m.), pour atteindre la montagne du Gros-Taureau (1,326 m.) à l'est de Pontarlier. A cette partie centrale du Jura se rattachent les rameaux qui courent entre l'Ain et la Rienne, et dont voici les deux principaux. Le premier s'élève en face du Gros-Taureau, à l'ouest de Pontarlier, entre le Doubs et son aflluent le Drugeon, cl il contient plusieurs sommets de plus de 1,000 mètres, notamment au sud de Vaux et au nord de Mouthe ; de là il se prolonge entre les sources du Rief, autre affluent du Doubs, et de la Seinette, affluent de l'Ain, par le mont Champvent (1,201 m.), à l'est de la Chaux-Neuve, les Près-Hauls (1,251 m.) au nord de la chapelle des Rois, l'abbaye de Grand-Vaux (460 m.), en face de Morez, sur la rive droite de la Rienne , où il forme les gorges de Saint-Claude en se joignant aux montagnes de l'autre rive. Le deuxième s'étend sur la rive droite de l'Ain, depuis le confluent de l'Ain et de la Rienne, par le mont Sublières (292 m.), Et Uval (838 m.) et la Chaux de-Dombief (Ml m.) jusqu'à Champagnolcs (491 m.).

On peut aussi rattacher au Jura central toutes les petites chaînes qui couvrent le pays entre la Loue et l'Ain , dont elles séparent les affluents, et qui vont s'effacer dans les plaines de la rive gauche de la Saône. Elles commencent entre les sources du Doubs et de l'Ain, dont elles accompagnent surtout la rive droite, et se composent généralement de monticules isolés et reliés seulement par leurs bases. L'une de ces chaînes s'étend entre la Vallouse et l'Ain , depuis leur confluent (259 m.) jusque sur la Loue vers Salins, par la montagne d'Olo/erne (764 m.), au sud-est d'Arinthod. le mont Charvey (772 m.), qui domine Arinthod, les ruines du château de Monlrond (669 m.), au sud-est de Poligny, et la montagne près d'AricAe (698 m.). Un autre rameau commence vers Quingey (244 m.) et par le mont Poupet (850 m.), au nord de Salins, par Salins (310 m.), Arbois (287 m.), Poligny (298 m.) et la montagne d'Andelot (598 m.), se prolonge jusqu'à Bourg (222 m.), et même le long du Rhône

jusqu'au confluent de la Saône à Lyon, où il se termine entre les deux cours d'eau par les hauteurs de la Croix- Rousse.

3° Le Jura septentrional, entre le plateau d'Étalières et le col de Valdieu , est formé lui-même de plusieurs chaînes plus ou moins parallèles; la plus orientale, qui fait partie de la ligne de partage des eaux , trace la frontière de France avec le cours du Doubs supérieur, dont elle longe la rive droite par les hauteurs du Gros-Taureau (1,326 m.), du Cerf (1,193 m.), du Châtclcu (1,290 m.), au sud et en face de Morleau, du Pouillerel (1,277 in.), à l'ouest de la Chaux-de-Font, du Freybergen, d'où se détache à l'est, entre la Birse et son affluent de gauche, la Sorne, un contre-fort où s'élèvent la Sale (1,343 m.) et le Moron (1,346 m.); elle se termine au nord par le mont Terrible ou Terri (793 m.)i au nord-est de Saint -Ursanne, d'où, par les collines de Valdieu , elle s'efface doucement dans les plaines de l'Alsace , après avoir jeté vers Baie, entre l'Hl et la Birse inférieure, le chaînon des montagnes Bleues, dont quelques sommets ont 800 mèlres, mais dont la hauteur moyenne est de h à 500 mètres.

Au Jura septentrional , dont les dernières hauteurs contournent le Doubs sur sa rive droite cl l'obligent de changer de direction, se rattachent aussi sur sa rive gauche divers chaînons parallèles assez bien dessinés. L'un d'eux longe le Doubs dans la première partie de son cours et le sépare du Dessoubre; il n'a que 376 mèlres à l'angle du Doubs, atteint 893 m. à Montandon, 971 m. dans le mont des Miroirs (au nordesl de Meiche), 967 m. au mont de Fauvergé (au sud-ouest de Meiche), et par le plateau de Sombacourt, au nord-ouest de Pontarlier, entre le Drugeon et les sources de la Loue, atteint les bords de l'Ain vers Xozeroy (764 m.). Là il se réunit à la partie occidentale du Jura , qui occupe le bassin de l'Ain. Un autre rameau plus occidental longe la rive gauche du Doubs, de Montbelliard à Besançon, sous le nom de montagnes du Laumont ou Lomont, et semble se rattacher au précédent par le mont Cicon (978 m.), un peu au nord-ouest des sources de la Loue; sa hauteur varie de 5 à 700 mètres; il en a 791 près de Vit-les-Belvoir, au sud-est de Clerval, et n'en a plus que 577 près de Vaite , enlre Baume-les-Dames et Besançon.

Un grand contre-fort oriental se détache du Jura septentrional vers la montagne du Gros-Taureau : c'est le Jura helvétique ou Leberberg, qui sépare la Birse de l'Aar, et va finir sur le Rhin vers Waldshtit. Nous le décrirons dans la Suisse.

Si maintenant nous considérons les diverses parties du Jura seulement sous le rapport des altitudes, on voit qu'elles se composent d'une série de lignes parallèles ayant à peu près la même élévation, et s'abaissant de l'est à l'ouest. On trouverait ainsi sept de ces lignes. La première serait entre l'Orbe et le Rhône, vers Bellegardc; elle a 1,500 mètres de hauteur, avec le mont Reculet (1,717 m.) pour point culminant. La deuxième partirait du confluent du Scran dans le Rhône, et se prolongerait jusqu'au confluent de la Rcuse dans le lac de Neufchàtel; elle a 1,300 mètres de hauteur moyenne, et pourpoint culminant le Chasseron (1,610 m.). La troisième serait le Jura helvétique, qui a pour point culminant le Chasserai (1,610 m.), avec 1,200 mètres de hauteur moyenne. La quatrième commencerait sur le Rhône, au sud de Belley, remonterait entre l'Ain et le Seran, couperait la Biennc, atteindrait le Doubs supérieur au sud de ronlarlicr, et se prolongerait le long de la frontière sur l'autre rive du Doubs; elle a

le Moron (1,366 m.) pour point culminant, avec une hauteur moyenne de 1,200 mètres. La cinquième partirait de l'angle du Doubs, et s'étendrait jusqu'au confluent de l'Ain et de la Bienne ; sa hauteur moyenne est de 850 mètres, avec le mont Cicon (978 m.) pour point culminant. La sixième s'étendrait du confluent de l'Ain et de la Vallouse vers Ornans, et a 650 mètres de hauteur moyenne. Enfin , la septième s'étendrait de Quingey à Bourg, avec une hauteur de 600 mètres.

La chaîne du Jura appartient à la formation sédimentaire ou neplunienne ; elle est donc stratifiée et se compose d'une importante série de roches marneuses et calcaires auxquelles on a donné le nom de terrain jurauique. On trouve pourtant vers l'extrémité septentrionale de la chaîne quelques montagnes recouvertes de grès. Le noyau des montagnes du Jura est plus dur que leur écorce ; ses strates ou couches intérieures consistent en une pierre grise, dure et compacte, tandis que les bancs extérieurs sont formés d'une pierre jaunâtre , d'un tissu lâche et peu solide qui constitue ce qu'on appelle le calcaire oolithique. C'est surtout du côté de la Franche-Comté que cette écorce jaune et tendre a le plus d'étendue et d'épaisseur; la pierre grise et dure renferme peu de coquillages; la pierre jaune et tendre en est remplie au point que, dans certains endroits, elle semble en être entièrement composée.

« Toutes ces montagnes présentent d'ailleurs presque partout les mêmes formes , qui varient notablement avec l'inclinaison des strates ou couches. Lorsque les strates sont horizontaux ou peu inclinés, les montagnes offrent de longs plateaux, penchant légèrement vers les vallées qui les terminent -, et dans ces vallées apparaissent ordinairement des groupes marneux qui séparent entre eux les groupes calcaires. Ces vallées très -évasées commencent souvent par des cirques à parois peu inclinées. Mais il arrive souvent que le terrain jurassique a été fortement disloqué, et que l'inclinaison de ses strates est considérable; alors les montagnes présentent toutes un escarpement d'un côté et une pente douce de l'autre. Au pied de chaque escarpement on voit un talus plus ou moins élevé dominé par des rochers dont la hauteur est quelquefois très-considérable; ces rochers présentent des formes bizarres, et leurs masses ressemblent quelquefois à de grandes murailles flanquées de tours; on les prendrait de loin pour des villages fortifiés.

» Les vallées, qui sont alors de véritables fractures, commencent souvent par un cirque de soulèvement; il y a aussi de pareils cirques d'où divergent plusieurs «liées.

» La surface du Jura présente une infinité de cirques elliptiques dont le grand axe est généralement dirigé du sud-ouest au nord-est, comme celui de la chaîne; ces cirques sont échelonnés les uns au-dessus des autres, depuis les plaines de la Saône jusqu'au versant escarpé qui regarde les Alpes; leurs dimensions sont très- variables : quelques-uns ont plus de 80 kilomètres de long, d'autres n'en ont pas 8 ; plus ils sont petits, moins ils sont allongés; le grand axe diminue avec les dimensions du cirque. I>es couches sont souvent relevées de tous les côtés. Les vallées qui en partent {cimes) sont des fentes profondes dont la plus grande largeur se trouve dans Ici parois mêmes du cirque. L'intérieur des grands cirques (nommé combe dans le Jura) offre une infinité de monticules moins élevés que les bords, lesquels forment euxmêmes de petits cirques disposés les uns à côté des autres , dont quelques-uns sont

occupés par des lacs; ces monticules représentent les débris de la croûte qui, avant le soulèvement, occupait l'intérieur du cirque »

Sur son versant oriental, où il est plus abrupte, le Jura présente en général dos montagnes élevées et non interrompues ; mais son versant occidental est formé de monticules allongés qui ne se lient que vers leurs bases : c'est même cet isolement des divers monticules qui caractérise surtout le Jura français, bien que les intervalles indiquent plutôt une échancrure qu'une solution de continuité. Les dépressions du faite sont, au contraire, peu marquées dans la partie orientale; de là celte apparence d'un grand mur noirâtre à peine dentelé qu'offre cette chaîne vue du levant

Les dernières hauteurs vers Orgelet et Lons-le-Saulnier ont tous leurs escarpements tournés au nord-ouest ou vers les plaines de la Saône, tandis qu'elles descendent en pentes douces vers l'intérieur du Jura; cependant, en général, les bancs inclinés des basses montagnes s'unissent aux bancs horizontaux des plaines qui les bordent.

Dans le Jura, on appelle crilt les parties élevées, le plus souvent rocheuses, qui séparent les grandes vallées longitudinales ou les cirques; les rares vallées transversales, sortes de coupures à pic resserrées entre les montagnes, portent le nom de rus quand elles ne traversent qu'un crêt ; nous avons dit qu'elles portaient celui de élûtes lorsqu'elles franchissaient à la fois les créts et les combes ou vallées occupant Tintérieur des grands cirques, notamment pour livrer passage à quelque grand cours d'eau.

Les sommités du Jura, nues et pierreuses, sont dépourvues de toute espèce de végétation à leur cime , et la neige y séjourne sept ou huit mois de l'année ; au-dessous de ces hauteurs viennent des pentes rocailleuses entremêlées de mousses que dominent déjà quelques épines et de chélifs coudriers ; puis sur les flancs se montrent de beaux pâturages; de belles forêts, qui ne couvrent pas moins de 690,000 hectares, s'offrent alors à la vue ; enfin sur les basses montagnes apparaissent les vignobles.

Les richesses minérales de la chaîne du Jura consistent en fer, granits, marbres, porphyres, albâtres, pierres à bâtir, pierres lithographiques, grès, etc.

Nous avons dit que le Jura sert à peu près de frontière à la France et à la Suisse ; il faut toutefois remarquer que la ligne politique ne suit que très-inexactement la ligne naturelle, au désavantage de la France. Pour la Franche-Comté, elle commence au nord du col des Rousses et, se dirigeant au nord-est, suit d'abord la crête du chaînon que jalonnent le Risoux, la Landoz, le mont d'Or et le Suchet; de là elle remonte directement au nord en coupant la côte aux Fées , entre la combe de Nervaux et la cluse de Verrières, puis le Gros-Taureau au delà duquel elle reprend sa direction au nord-est par le mont du Cerf et le Chaleleu; à l'ouest de Brenets (Suisse), elle atteint au sud du Doubs cette rivière; elle en suit le cours jusqu'au nord des Pommerels, où elle le traverse une première fois ; elle le franchit une deuxième fois au village de la Motte (Suisse) ; puis longeant sa rive droite vers l'ouest jusqu'au delà de Vaufrey, elle décrit autour de Porentruy et à l'est des villages de Villars, Glaye et Abbevillers (Haute-Saône), une courbe convexe vers l'ouest; de là elle se prolonge au sud de Délie (Haut-Rhin), et contournant les sources de 1T11 , va atteindre le Rhin entre Huningue et Râle après avoir formé la limite méridionale du déparlemenl du Haut-Rhin.

' Rozet, Encyclopédie rttuderne , article Jurassique.

Quoique favorable à la guerre défensive, le Jura ne forme qu'une frontière médiocre et dont la neutralité de la Suisse est la meilleure défense. Les deux voies d'invasion sont par Genève et Bàle, parce que les routes qui débouchent de ces deux villes tournent les murailles du Jura, et vont directement sur Besançon et Lyon*.

Les routes qui traversent le Jura n'y sont que rarement naturelles, c'est-à-dire qu'elles ne suivent pas les vallées longitudinales, mais qu'elles les coupent perpendiculairement, ce qui les rend très-tortueuses et facilement destructibles. Les principales sont du sud au nord :

1* La roule de Genève à Lyon ou Mâeon par Bellcgarde et les gorges de Nantua , au sortir desquelles elle se bifurque sur Pont-d'Ain ou Bourg; elle est défendue par le fort l'Écluse ;

2" La roule de Genève à Besançon par Ferney, Gex, le col des Rousses (1 ,244 m.)» Morey, Poligny et Quingey ; elle est défendue par le fort des Rousses;

3" La route de Lausanne à Ponlarlier par Orbe, la vallée de l'Orbe jusqu'à Ballaigues, le col de Ballaigues, Jougne , le fort de Joux et Ponlarlier ;

k' La roule de Xeu/cfiâlel à Ponlarlier par le val Travers et le col de Verrière de Joux; elle s'embranche avec la précédente au sud et au pied du fort de Joux, qui défend à la fois les deux routes ;

5» Enfin la route de Bàle à Besançon, par Delemont ou par le col de Miécourt (530 m.) sur Porentruy, d'où elle gagne Blamont, Clcrval et Baume-les-Dames.

Pour terminer l'orographie de la Franche-Comté , il nous reste à dire que la partie septentrionale de la province , c'est-à-dire le département de la Haute-Saône , est constituée surtout par les Vosges méridionales, dont le faite apparaît à l'extrémité nordest du département, et dont les contre-forts courent entre les divers affluents de gauche de la Saône. Ces contre-forts ont de 80 à 100 kilomètres de longueur et atteignent une assez grande élévation; celui qui court entre le Drugeon et l'Ognon a 500 mètres de hauteur moyenne, et celui qui court entre l'Ognon et le Doubs, 750 mètres; mais vers le confluent de l'Ognon , il n'en a plus que 350. Dans le premier, on trouve pour points culminants le mont de la Louvière (759 m.), et dans le deuxième le ballon de Lvre (1,136 m.), composé de trois mamelons, la Planchedes Belles-Filles (1,150 m.)t le mont Sapeau (885 m.), enfin le mont de Vanne (690 m.), qui se rattache au ballon de Servance par un petit contre-fort séparant le Rahin de l'Ognon.

Au nord du déparlement du Doubs, on trouve encore quelques contre-forts formant le pied des monts Faucilles et du plateau de Langres : ce sont des collines de 250 à 300 mètres de hauteur.

S III. Hydrographie. — La Franche-Comté appartient au bassin du Rhône par les doux bassins secondaires de l'Ain et de la Saône.

• I. Bassin de l'Ain. — L'Ain, dont le cours est généralement dirigé du sud au nord, uait dans les montagnes du Jura par diverses sources , dont la principale se trouve à h kilomètres de Nozeroy ; il traverse une gorge profonde d'où il s'échappe par une chute de 16 mèires en formant une nappe d'eau qui a plus de 62 mètres de largeur; son cours, étranglé çà et là par les rochers qui le bordent, forme plus de 20 chutes avant d'arriver à la belle cascade du port de la Seei, où elle franchit un • V«je? ma Géographie militaire, page l»9.

rocher coupé à pic sur une hauteur de 16 mètres et une largeur de 130 mètres. Lt rive gauche de l'Ain est généralement hérissée de montagnes hautes de 1 ,200 mètres, et sillonnée de vallées profondes cl de torrents rapides, tandis que sa rive droite est un plateau onduleux. Il arrose Champagnoles , où il tourne a l'ouest; Pont-de-Navoy, où il se recourbe définitivement au sud; Thoircttc, où il quitte le département du Jura pour entrer dans le département de l'Ain ; Pont-d'Ain, et finit dans le Rhône après un coure de 160 kilomètres. 11 est flottable depuis Pont-de-Navoy , mais n'est navigable et seulement à la descente que pendant les grosses eaux sur 80 kilomètres environ depuis la Chartreuse de Vaucluse. Ses affluents sont : 1* (à gauche), la Bienne, qui naît au pied du Risoux et coule au sud-ouest en arrosant Morez , Suint-Claude, où elle traverse une gorge étroite et se grossit h gauche du Tacon, Dortan, et finit en face de Condcs après 50 kilomètres de cours; flottable un peu au-dessus de Saint- Claude sur 20 kilomètres, elle devient navigable à Dortan sur 5 kilomètres. — 2° (A droite), la Valouze, qui naît au sud d'Orgelet et passe près d'Arinthod. — 3° Le Surand, qui arrose Saint-Julien et va finir un peu au-dessous de Ponl-d'Ain.

IL Bassin de la Saône. — La Saône naît sur le versant méridional des monts Faucilles, près du village de Vioménil (Lorraine). Elle pénètre dans la Franche-Comté, où elle traverse seulement la partie occidentale du département de la Haute-Saône , passe près de Jussey, à Port-sur-Saône, Scey, Savoyeux, arrose Gray et quitte la province à son confluent avec la Vingeanne. Son cours, torrentueux en Lorraine, se calme dans la Franche-Comté ; sa vallée est alors moins profonde et plus large ; elle continue néanmoins à former de nombreux méandres produits par les dernières pentes des fortes collines qui la bordent. En même temps (pic sa largeur augmente, sa pente diminue , et son cours acquiert cette lenteur qui lui avait valu chez les Celles le nom d'Arar (lente). Elle est flottable depuis Monthureux et devient navigable à Savoyeux. Nous avons vu dans la Bourgogne et le Lyonnais quelle était son importance commerciale.

Elle reçoit à droite : 1° YAmance, qui descend du plateau de Langres, coule à l'est et arrose Jussey un peu avant de se jeter dans la Saône ; 2° le Goiirgeon, qui coule du nord au sud dans un territoire abondant eu mines de fer, et finit à Savoyeux ; 3° le Saulon, qui naît au plateau de Langres, arrose Champlilte et finit après 50 kilomètres de cours.

Les affluents de gauche de la Saône sont beaucoup plus importants :

1» La Lanterne ou Lantenne naît dans les monts de Lure , passe à Faverncy , se grossit du Breuchin, qui arrose Faucogney et Luxeuil, de YAngronne, qui arrose Plombières et Saint-Loup, et finit après 50 kilomètres de cours.

2° Le Drugeon arrose Vesoul, et finit entre Port-sur-Saône et Scey.

3* L'Oignon ou VOgnon a sa source dans le ballon de Servance, coule du nord-est au sud-ouest , passe près de Lure , arrose Villersexel , sert de séparation entre le5 départements de la Haute-Saône et du Doubs , arrose Pesmes et se jelle dans la Saône au-dessus de Pontarlicr après un cours de 110 kilomètres, qui n'est pas même flottable. Il reçoit à gauche le Bahin, qui arrose Champagney et finit entre Lure et Villersexel.

4° Le Doubs prend sa source dans le mont Risoux , à 952 mètres de hauteur ; il se

dirige au nord-ouest, arrose Rochejean, et se grossit à gauche des eaux du lac de Bemoray, le plus élevé du Jura; il forme à 13 kilomètres environ de ses sources le lac d<* Saint-Point, long de 6,000 et large de 600 mètres; de là continuant, dans une vallée très-étroite et très-monlueusc , son cours rapide, torrentueux et coupé de cascades, il passe près du fort de Joux,à Pontarlier (828 m.), disparaît de temps en temps entre Arçon et Montbenolt, arrose le val de Morteau avec la ville de ce nom, et un peu en aval atteint la frontière, où il forme le beau lac de Chailltxon entre le département du Doubs et le canton de Neufchàtel. Au-dessous de ce réservoir, il coule entre des rochers agrestes couronnés de sapins qui ne lui laissent qu'un passage de 12 mètres à travers lequel il s'élance verticalement d'une hauteur de 27 mètres par la belle cataracte connue sous le nom de Saut du Doubs. Son lit, de plus en plus profond et resserré, continue à former la frontière jusqu'au mont des Pominercts; il quitte alors un moment le territoire français pour celui de la Suisse, et arrive ainsi près de Sainte-Ursanne. Jusque-là il suivait une direction du sud-ouest au nord-est parallèle à la crête du Jura, et qui semblait le conduire dans le Rhin. Mais à Sainte-Ursanne, le Jura septentrional, en couvrant de ses mamelons ou de ses chaÎQons isolés tout le terrain compris entre le Rhin et les affluents de la Saône, force le Doubs à se détourner brusquement et à prendre une direction tout a fait contraire à celle qu'il avait suivie jusque-là. Il rentre ainsi en France un peu en aval de la Motte, arrose Saint-llippolyle, remonte du sud au nord presque directement en arrosant Pont-de-Roide et Audincourt; là, il tourne au sud-ouest en arrosant l'Isle-sur-Doubs , Clerval, Baume-les-Dames , Besançon, Dôle, et quitte la Franche-Comté au confluent du ruisseau de la Sablonne pour aller se jeter dans la Saône à Verdun.

Le cours du Doubs est d'environ 240 kilomètres; mais ses sinuosités sont si nombreuses, que son développement total n'est pas moindre de 350 kilomètres. Sa pente est de 776 mètres. Il est flottable depuis Vougcaucourt , mais difficilement à cause des rochers nombreux qui embarrassent son lit; il est navigable seulement dans les 14 derniers kilomètres de son cours, bien qu'il le soit encore çà et là sur divers points. 11 est longé depuis le confluent de l'Aile jusqu'à Dôle par le canal du Rhône au Rhin, qui se confond souvent avec lui et qui, en aval de Dôle, le quitte pour aller joindre la Saône à Saint-Symphorien. Les transports sur cette rivière ont beaucoup d'importance , et consistent surtout en bois de chêne , .merrain , bois et planches de sapin , etc. Elle ne reçoit pas d'affluents dans la première partie de son cours, où elle se trouve serrée entre deux des murailles du Jura ; mais dans la deuxième partie , elle en reçoit un grand nombre , principalement sur sa rive gauche :

1° Le Dessoubre, qui coule au nord-est à travers des gorges très-resserrées, et finit à Saint-Hippnlyte après un cours d'environ 40 kilomètres sujet à des débordements.

2° La Loue, qui naît sur le revers occidental du plateau de Sombacourt, dans un antre dont l'ouverture a 35 mètres de large sur 33 de hauteur; de là elle se précipite de rocs en rocs par trois belles cascades, traverse une vallée très-sinueuse, passe à Mouthier, Ornans, Quingey, Cramans, près de Montbarrey, et finit un peu au-dessous du pont de Parcey après un cours de 80 kilomètres. Elle reçoit un grand nombre d'affluents, notamment la Cuitance, qui arrose Arbois. Elle ne tarit jamais, et à quel- TOME II. 43

ques pas de sa source, elle fait déjà mouvoir des usines; cependant elle n'est flottable que depuis Cramans sur 31 kilomètres.

3° Le Derain formé de plusieurs sources , dont l'une arrose Poligny.

Sur sa droite le Doubs reçoit : VAlle ou Halle, qui naît en Suisse au pied du mont Terrible, et y arrose Porentruy; pénétrant en France, il y baigne Délie dans le département du Haut-Rhin , entre dans la Haute-Saône , où il longe le canal du Rhône au Rhin, passe à Monlbelliard, et un peu en aval se jette dans le Doubs après un cours de 50 kilomètres dont la plus grande partie est hors de la province. Celte rivière reçoit à droite la Savoureuse, qui descend des Vosges méridionales, arrose Giromagny et Béfort, et n'appartient au département de la Haute-Saône que par son confluent.

Le dernier affluent de la Saône , dans la Franche-Comté , est la Seille, qui nait an mont de la Roche, près de Baume-les-Messieurs, et coule sinueusement vers le sudouest. Elle arrose Chateau-Chalon , Blelterans, et sort de la province pour entrer en Bourgogne, où, après avoir arrosé Louhans, elle finit en aval de Tournus après 80 kilomètres de cours. Elle se grossit sur ses deux rives de divers affluents, qui n'ont guère que leurs sources en Franche-Comté. Telles sont : à droite la Brène, qui arrose Sellières, et à gauche la Vallière, qui se grossit à droite du Solvan, passant à Lons-le-Saulnier.

Outre les rivières que nous venons de décrire, la Franche-Comté compte un canal , celui du Rhône au Rhin, qui longe le Doubs ou se confond avec lui de Dôlc à Montbelliard. Nous en reparlerons dans l'Alsace.

§ IV. Constitution géologique, aspect général, productions, climat, etc. — La Franche-Comté est presque uniquement formée par les diverses roches du terrain qu'on a appelé jurassique à cause de la chaîne du Jura qu'il constitue. Ce terrain forme , suivant la direction sud-ouest-nord-est de la chaîne , une longue bande qui , en Suisse, s'appuie à la rive gauche de l'Aar, au lac de Ncufchàtcl, au cours de l'Orb inférieur, enfin au lac de Genève et au Rhône. En France , cette zone s'arrête avec les derniers chaînons qui en descendent parallèlement au faite, c'est-à-dire à une ligne indiquée par Pont-d'Ain, Ccyseriat, Coligny, Saint- Amour, Cuiseaux, Lons-le- Saulnier, Sellières, Poligny, Arbois, Quingey et Besançon, d'où elle longe la rive droite du Doubs jusqu'à Dôle. De ce point , où elle forme un angle aigu , celte ligne remonte à l'est d'Auxonne par Pesmcs, Gray, où elle traverse la Saône et pénètre en Bourgogne. Au nord , les terrains jurassiques de la Franche-Comté s'arrêtent au sud de Vauvilliers, Saint-Loup, Luxeuil , Lure et Villersexel ; leur limite septentrionale traverse alors l'Oignon à Rougemont, remonte jusqu'à Béfort, et de là gagne en Alsace Délie, Ferrette, jusqu'à ce qu'elle joigne le Rhin un peu en amont de Bàlc.

Ces terrains jurassiques forment , au sud et à l'est des deux lignes que nous venons d'indiquer, une masse bien continue où apparaissent seulement çà et là de petites zones longues et étroites de terrains crétacés inférieurs, dirigées aussi parallèlement au faîte, et que l'on rencontre principalement vers Saint-Laurent, vers les Rousj.es, dans la vallée supérieure de Joux, dans la vallée du Doubs supérieur, aux sources de l'Ain , dans la vallée du Drugeon , etc.

A l'ouest et au sud de la limite occidentale que nous venons d'assigner tout à

l'heure aux terrains jurassiques, les plaines de la Saône sont formées d'alluvions anciennes qui, d'une part, s'arrêtent au Doubs, entre Dole et Quingey.et d'autre part, s'avancent dans les terrains jurassiques entre Dijon et Dole, Mi rebeau et Pesmes, jusque vers Gray et Fontaine-Française.

v'ers le nord de la Franche-Comté, aux terrains jurassiques succèdent principalement des terrains triasiqties (grès bigarré principalement) qui de Bourbonne-les-Bains s'étendent jusque vers Béfort par Yauvilliers, Saint-Loup, Luxeuil, et sur la rive gauche de l'Oignon. Dans ces terrains se trouvent intercalés quelques terrains d'alluvions modernes qui forment un petit bassin de Gray à Luxeuil, et constituent en outre le fond de la vallée de la Saône entre les confluents du Coney et de la Lanterne, de la vallée de l'Amance, etc.

Enfin, à l'extrémité nord-est de la province, là où la Franche-Comté touche les Vosges , apparaissent les terrains primitifs. Entre les sources de l'Oignon et du Doller, affluent de 1*111 , le faite des Vosges est constitué par la syénitc; mais, a l'ouest des sources de l'Oignon, il est formé de granit qui s'étend au nord, par -dessus la Moselle, et qui, au sud, forme, en Franche-Comté, un massif qui descend jusqu'à Faucogney et Scrvance.

Le sol de la Franche-Comté est très-accidenté et les différences climatériques y sont très-grandes.

Dans le département du Jura on distingue quatre zones : la Haute-Montagne , la Basse-Montagne , le l'ignoble et la Plaine. La Haute-Montagne, située sur la frontière orientale et confinant aux points culminants du Jura , a un caractère très-âpre et trèsrigoureux; c'est une série de hautes cimes et de vallées étroites et profondes, où la neige persiste pendant plus de six mois; le terrain y est généralement ingrat, mais aussi la population très-laborieuse. Pendant l'été ses pâturages se couvrent de chalets qui abritent pasteurs et troupeaux jusqu'au commencement d'octobre. La Basse Montagne, qui s'étend surtout le long de la rive droite de l'Ain, à l'est d'Orgelet et de Salins, est couverte, comme la précédente, de sapins, de buis, de genévriers; elle renferme quelques vallées fertiles et des pâturages bien arrosés. L'orge, l'avoine, les foins y forment à peu près les seuls éléments de culture. Le Vignoble forme un troisième étage moins élevé et moins aride que les précédents; il se compose des coteaux de Saint-Amour, de Lons-le-Saulnier , de Poligny, d'Arbois, de Quingey, coteaux tapissés de vignes et qui n'occupent pas moins de 80 kilomètres de longueur. Enfin la Plaine, qui sert de base à tout cet amphithéâtre, s'étend à l'ouest du Vignoble, pour aller en Bourgogne finir sur la rive gauche de la Saône : elle occupe environ un myriainèire et demi de largeur ; elle est formée de terres arables qui permettent toute espèce de culture, sans suffire pourtant aux besoins de la population.

Le sol de ce département , généralement argileux , présente des couches alternatives de ga'.ets et de terre dans la plaine , des poudingues sur les coteaux et des roches pleines de fossiles dans la montagne.

Dans le département du Doubs le sol et la température offrent des contrastes un peu moins tranchés. C'est encore un pays montagneux, coupé de nombreuses vallées, dont les principales sont celles du Doubs et du Dessoubre, et qui sont généralement si étroites qu'on a peine à y tracer des chemins. On le divise en Haute-

Montagne, Moyenne-Montagne et Plaine. La première région comprend tout l'arrondissement de Pontarlier et une partie de celui de Montbelliard. Ses hautes montagnes, hérissées de rochers calcaires , dont les sommets restent couverts de neige pendant sept à huit mois de l'année , sont presque entièrement dépourvues de végétation ; mais dans les expositions méridionales leurs revers offrent d'excellents pâturages et de belles vallées ombragées par des forêts de sapins. Le blé et le seigle n'y réussissent pas ; l'orge et l'avoine y forment la base des cultures en céréales. Les habitations y sont éparses , et la population y a conservé , comme dans les hautes montagnes du Jura, la pureté de mœurs et l'hospitalité qui distinguent les montagnards; elle est industrieuse, et fabrique des fromages, des faux, des ustensiles en cuivre et des pièces d'horlogerie. La région moyenne , qui comprend les basses chaînes du Jura , est parallèle à la précédente, et renferme les cantons d'Amancey, d'Ornans, de Pontde-Roide, de Blamont, etc. La température y est plus douce que dans la Haute-Montagne; le froment commence à s'y montrer, et quelques coteaux sont assez favorablement situés pour se garnir de vignes; les hauteurs les plus considérables sont couvertes de chênes et de hêtres, mélangés de sapins, qui disparaissent tout à fait vers leurs bases ; les prairies servent à l'élève des bestiaux. Enfin la région basse ou la Plaine s'étend au pied de ces montagnes, à 300 mètres au-dessous de leurs sommets, et comprend les pays d'entre Doubs et Oignon , ainsi que les cantons de Montbelliard et d'Audincourt. C'est la partie la plus fertile, la plus riche en céréales et en vins, la plus peuplée du département. La neige y tombe un mois plus tard que dans la Haute- Montagne ; la température y est supérieure de 5° à celle de la première zone , et les récoltes en avance de quarante jours. La plupart des plateaux des deux premières régions sont couverts d'étangs , qui semblent les réservoirs naturels des principales rivières. Au pied de ces montagnes on rencontre des lacs et des marais d'une grande étendue, de nombreuses tourbières en exploitation, des excavations que leurs sinuosités transforment en labyrinthes souterrains, des grottes formant des glacières naturelles, des houillères et quelques sources minérales.

Le sol de ce département est composé de terres sablonneuses , marneuses et argileuses; dans la première zone, il est rocailleux, calcaire, formé de détritus végétaux enlevés aux montagnes , et présente dans ses parties les plus basses une terre marneuse , grasse et même marécageuse ; la deuxième zone offre une terre végétale formée surtout d'un mélange de sables calcaires, d'argile, d'oxyde ou de minerai de fer en grains ; enfin la plaine est surtout calcaire et argileuse ; la terre y est souvent oercuse et compacte, et le sable n'y reparaît qu'au bord des rivières. En résumé, le sol de ce déparlement est peu favorable à l'agriculture , et les forêts et les prairies forment ses principales ressources.

Borné à peu de distance, au nord-ouest et au nord, par les plateaux de Langres et les monts Faucilles, appuyé au nord-est aux Vosges méridionales, dont la crête lui sert un moment de frontière, le département do la Haute-Saône est moins montagneux que les deux autres ; le climat y est plus doux et les produits y présentent plus de variété ; l'été et l'hiver y sont plus tempérés ; l'automne est ordinairement beau , mais, au moment de la fonte des neiges, le printemps offre de grandes variations de température. On le divise physiquement en deux zones : l'une, montagneuse, au nord-

est , qui comprend environ un quart de la superficie du département , est très-accidentée, coupée de hauteurs, de forets, de vallons agrestes, de torrents et de cascades ; elle est peu propre à la culture ; l'autre, au sud-ouest, qui ne présente aucune grande montagne , est seulement parcourue par des lignes de coteaux couverts de vignes et de bois; elle est bien arrosée, et présente des champs d'une grande fertilité et de très-belles prairies. Les terres y sont surtout siliceuses ou calcaires. En général , l'agriculture n'est pas très-avancée dans la Franche-Comté; les jachères et le manque d'engrais causent de grandes pertes aux cultivateurs. Ce n'est que depuis quelques années que l'emploi de la marne et la création de prairies artificielles ont amélioré le sol. L'élève des bestiaux est faite avec labeur, mais avec peu de succès. Les bœufs de la montagne se rapprochent beaucoup de ceux de la Suisse ; mais les moutons sont petits, chétifs, et donnent des laines médiocres. Dans la plaine, le cheval est faible et petit ; dans les montagnes, il est épais et lourd ; néanmoins on l'emploie avantageusement pour le roulage et les charrois.

La Franche-Comté n'a, sur 1,500,000 hectares de superficie, que 40,000 hectares plantés en vignobles; mais quelques-uns de ces vignobles sont renommés, principalement ceux d'Arbois, de Salins, de Villarans, etc.

Nous verrons plus loin quels sont les objets principaux d'industrie des trois départements.

g V. Histoire, population, etc. — Le pays situé entre le Jura, la Saône et le Rhône , était habité dans les temps anciens par les Séquants, confédération de tribus galliques rivale des Éduens, et qui avait pour chef-lieu Vetonlio. Les Éduens ayant appelé dans la Gaule les Romains, les Séquanes appelèrent à leur tour les Germains. Ceux-ci battirent en effet les Éduens, puis ils se tournèrent contre les Séquanes. Alors les Séquanes et les Éduens se réunirent et marchèrent contre les Germains : ils furent vaincus à Afagctobriga (Mogte de Broyé, au confluent de la Saône et de l'Ognon). Les vaincus appelèrent à leur aide les Romains, qui parvinrent en effet à rejeter les Germains au delà du Rhin , mais en même temps ils se trouvèrent soumis à la domination de Rome. Quand la Gaule eut été toute conquise , la Franche-Comté forma l'une de ses dix-sept provinces, sous le nom de Maxima Sequanorum. Dans l'invasion des barbares, elle fut occupée par les Bourguignons, et suivit les destinées de ce peuple (voir p. 309) jusqu'au démembrement de l'empire de Charlemagne. Alors elle se trouva séparée de la France , fil partie de la Lotharingie , puis du royaume de Bourgogne Cùjurane, créé par Boson, puis du royaume d'Arles, enfin, quand ce royaume eut été cédé (1033) à l'empereur Conrad II, de l'empire germanique. Mais déjà le pays qu'on appelait tomti de Bourgogne appartenait à des seigneurs particuliers qui s'y étaient rendus indépendants, et dont le dernier, Renaud III, donna (1156) sa fille et héritière à l'empereur Frédéric Barberousse. Celui-ci céda la Comté à son quatrième fils, Otton, dont la fille porta cette province dans la famille des comtes de Méranie. Otton IV fut le dernier comte de cette famille : son héritière, Jeanne, épousa le comte de Poitiers, deuxième fils du roi de France, Philippe le Bel. Ce comte de Poitiers, étant devenu roi sous le nom de Philippe V, maria l'une de ses filles à Eudes IV, duc de Bourgogne, et lui donna en dot la Comté. Alors la Comté et le duché se trouvèrent réunis, malgré la résistance des seigneurs comloù, que le duc Eudes n'amena que par h

force à lui obéir. Eudes eut pour petit-fils Philippe de Rouvre, qui mourut sans postérité. Alors le duché de Bourgogne revint au roi Jean de France , qui le donna à Philippe le Hardi, l'un de ses fils. Quant à la Comté, elle alla à une autre fille de Philippe V, Marguerite, mariée au comte de Flandre. Celle-ci eut pour fils Louis de Maie, dont la fille épousa Philippe le Hardi, et de cette façon le duché et la Comté se trouvèrent encore réunis.

La Comté suivit les destinées des quatre grands ducs de Bourgogne-Valois, cl, à b mort de Charles le Téméraire, Louis XI essaya de la réunir à la couronne, ainsi qu'il avait fait du duché. II ne put y parvenir par la force, mais il y parvint momentanément par un traité, qui devait donner à son fils pour épouse Marie, fille de Charles le Téméraire. Charles VIII ayant rompu ce projet de mariage , la Comté retourna à Marie et à son époux Maximilien , et elle suivit les destinées de la maison d'Autriche.

On a vu jusqu'à présent l'existence singulière qu'a eue celle province , et qui est indiquée par sa position géographique : c'est une existence secondaire, décidante et disputée. Protégée au levant par de hautes montagnes , clic n'a rien à craindre de ce côté; mais au couchant, ouverte à toutes les attaques, elle se trouve forcément unie à la Bourgogne, et devant suivre ses destinées. Son annexion à l'empire ne pouvait donc être que fictive : aussi s'efforça-t-on d'assurer sa soumission par des franchises extraordinaires auxquelles elle doit son nom , et qui faisaient d'elle un pays un peu semblable, par sa constitution libre, l'esprit d'indépendance et le caractère belliqueux des habitants, à la Suisse. On stipula même pour ce pays un traité de neutralité, qui était aussi avantageux aux rois de France qu'à la maison d'Autriche , puisqu'il protégeait la partie la plus vulnérable de leurs frontières, et qui fut respecté de 1521 à 1635. A cette dernière date , Richelieu , étant intervenu dans la guerre de Trente-Ans pour rendre à la France ses limites naturelles, fil attaquer la Franche-Comté , qui se défendit avec la plus grande vigueur. C'était moins par affection pour la maison d'Autriche que pour conserver son indépendance, qui était devenue plus complète depuis que la province n'était plus qu'une annexe tout à fait isolée de la monarchie espagnole. Cette attaque ayant amené l'invasion de la Bourgogne par les Impériaux, Richelieu se hâta d'évacuer la Comté et de renouveler le traité de neutralité ; mais il fut dès lors sensible que l'annexion de cette province à la France ne pouvait plus être qu'ajournée. Louis XIV, en 1668, la tenta de nouveau : la conquête fut facilement faite; mais, à la paix d'Aixla-Chapelle, il l'abandonna pour pouvoir conserver une partie de la Flandre. Enfin, en 1674 , une troisième conquête réunit définitivement la Franche-Comté à la France , et celle possession fut légitimée par le traité de Nimèguc.

C'était une précieuse acquisition pour la monarchie des Bourbons, non-seulement parce qu'elle lui donnait une frontière naturelle longtemps convoitée et voisine de nos alliés de l'HcIvétie , mais encore parce qu'elle ajoutait à la nation française une belle e» riche province, une population remarquable par ses qualités solides et ses instincts guerrière. Celte population doit en effet à son voisinage de la Suisse et de l'Allemagne un caractère spécial , el qui la distingue des autres populations du bassin du Rhône. Le Comtois, avec une constitution robuste, a un jugement sain; il montre la plus patiente fermeté au milieu des privations et des dangers, et de la fidélité dans ses affections; il est froid et calme sans nonchalance, laborieux, d'une grande sobriété.

économe, prudent; il a du goût pour toutes les choses sérieuses, et se distingue par sa grande aptitude pour les sciences exactes.

Cependant la réunion ne se fit pas sans résistance et sans chagrin, et, pendant un siècle , la noblesse franc-comtoise , qui avait joué un rôle brillant dans les armées et à la cour de l'Espagne, témoigna des regrets que le peuple ne parut pas partager; car il entra avec ardeur dans les armées royales, et avant 1789 on recrutait dans ce pays plus d'un huitième de nos troupes. Il en sortit des hommes distingués, principalement des ingénieurs , et l'on compte parmi eux le général d'Arçon. La révolution lit disparaître tous les souvenirs et les regrets du passé, et nulle part la patrie en danger n'excita plus d'enthousiasme ; la Franche-Comté donna alors aux armées françaises le maréchal Moncey, les généraux Pichcgru, Lecourbe, Mallct, Morand, Préval, Pajol, Delort, etc. Elle lui donna aussi des philosophes, des écrivains: car on compte parmi les illastralions de ce pays Georges Cuvier, Th. Jouflroy, Ch. Fourier, les académiciens Suard, Droz, Charles Nodier, le médecin Tissot, l'auteur de la Marseillaise Rouget de l'Isle. etc.

$ VI. Département ou Jur a. — Statistique, agriculture , commerce, industrie. — Ce département a été formé d'une partie de la Franche-Comté. Sa superficie est de 496,029 hectares, dont 125,000 de terres labourables, 50,000 de prés, 25,000 de vignes, 100,000 de bois, 80,000 de landes, pâtis, etc. Sa population était, en 1801, de 282,151 habitants; en 1821, de 301,768 hab.; en 1841, de 316,734 hab.; elle est aujourd'hui de 313.299 habitants.

11 a pour chef-lieu Lons-le-Saulnier, et forme quatre arrondissements ainsi subdivisés :

de Lons-le-Saulnier . il cantons, 212 communes, 108,214

deDrtIe 9 — I3S — 75,350 -

ileToligny 7 — 152 — 78,249 —

de Saint-Claude . . . 5 — 82 51,486 —

4 arrondissement» 32 cantons, 584 communes, 313,299 habitants.

Le Jura forme le diocèse de l'évêché de Saint-Claude ; il est du ressort de la cour d'appel de Besançon , et renferme 6 tribunaux de première instance et 3 tribunaux de commerce. On y trouve un lycée (Besançon), 7 collèges (Arbois, Dole, Lons-le- Saulnier, Poligny, Salins, Saint-Amour et Saint-Claude), une école normale primaire, 8 écoles supérieures communales, 860 écoles élémentaires. 11 appartient à la T division militaire, et renferme 2 places fortes, Salins et le fort des Rousses.

C'est un pays agricole et manufacturier; il est élevé et occupé à l'est et au sud par le Jura , qui couvre de ses ramifications plus des deux tiers du déparlement. Il appartient à deux versants, l'un tributaire direct du Rhône par l'Ain, et l'autre de la Saône par les affluents de cette rivière ; nous avons vu qu'il est formé de deux natures do sol opposées, et qu'il se divise naturellement en plaine et montagne. L'agriculture y est en progrès, mais les produits suffisent à peine aux besoins de la consommation ; on y récolte surtout des céréales, du mais, des pommes de terre, du chanvre, des bois, et, dans les arrondissements de Poligny et de Lons-le-Saulnier, des vins généralement de bonne qualité.

L'élève du gros bétail et des chevaux, qui sont estimés, forme, surtout dans les

hautes vallées, une branche importante de l'industrie agricole; il faut y ajouter la fabrication des fromages, l'éducation des abeilles, et celle des vers à soie dans quelques localités ; enfin on engraisse beaucoup de porcs et de volaille. On estime qu'il y a dans le département 160,000 têtes de gros bétail, 45,000 moutons, 38,000 porcs, 3,000 chèvres, 20,000 chevaux, 1,500 mulets et ancs.

Les richesses minérales sont grandes , et consistent surtout en fer et en sel ; or» exploite aussi des carrières de beaux marbres, du gypse, des tourbières, du schiste, des pierres meulières, de la terre à porcelaine et à poterie. Il y a une source minérale saline près de Dole, et deux salines exploitées à Salins et à Montmorot ; ces dernières donnent par an 60,000 quintaux métriques de sel.

L'industrie manufacturière est très-développéc et très-variée. Au premier rang vient la métallurgie , représentée par de nombreuses forges et hauts fourneaux qui élaborent le fer des mines de la Biolée, d'Augéa, de Monay, de Goudray, de PetU-Marcey, de Dampiare, etc. Viennent ensuite des papeteries très-nombreuses, l'horlogerie à Morez et aux environs, la tournerie de Saint-Claude, la taille des pierres fines ou fausses de Septmoncel, la boissellerie , etc. Quant au commerce, alimenté par les productions agricoles ou industrielles, il est très-étendu, et comprend principalement le gros bétail , les chevaux, les vins, les fromages, les fers, les bois de marine, de construction et autres, les objets tournés ou d'horlogerie, etc.

11 y a dans le Jura une rivière navigable, l'Ain, sur 12 kilomètres; un canal, celui du Rhône au Rhin, sur 40 kil. ; 5 routes impériales sur 341 kil. ; 26 routes départementales sur 565 kil.; 5,009 chemins vicinaux sur 5,797 kil. : eu tout 6,654 kilomètres de voies de communication.

§ VI. Département du Jura. — Description Dts villes. — Lons-U-Saulnier , cheflieu du département, renferme des tribunaux de première instance et de commerce, un collège, une bibliothèque et une population de 9,410 habitants. C'est une ville peu importante, située sur le Solvan, non loin de ses sources, dans une agréable vallée fermée par des montagnes couvertes de bons vignobles; elle est bien bâtie, bien percée, et possède une belle église, des fontaines jaillissantes, un musée d'antiquités. Au nord de la ville se trouve le puits des Salins, qui lui a valu son nom de Sautnier; ce puits a 19"\50 de profondeur sur 5 mètres environ de largeur; quatre pompes aspirent l'eau pour la conduire aux salines de Montmorot, situées à 2 kilomètres; là des tournants la font monter à environ 10 mètres dans des bâtiments de graduation, où elle filtre à travers des épines amoncelées; enfin clic descend dans d'immenses chaudières, où l'action du feu amène l'évaporation et la cristallisation. Le produit annuel est estimé à 20,000 quintaux. On trouve encore à Lons-le-Saulnier des tanneries et des corroieries assez importantes. Le commerce consiste en sel , fer, bois de construction, vins, fromages, etc.

Saint-Claude, chef-lieu d'arrondissement et siège d'un évéché, avec un tribunal de première instance et 5,897 habitants , est situé au confluent de la Bicnnc et du Tacon , à mi-cole , entre trois montagnes qui la pressent et l'empêchent de s'étendre. Elle est très-ancienne ; mais, ayant été détruite entièrement par un incendie en 1799, elle a été rebâtie régulièrement, et renferme de jolies promenades, une belle cathédrale, un hôpital, un vaste collège, et divers autres établissements utiles. On y trouve

une douzaine de manufactures renommées d'ouvrages au tour, en corne, écaille, os, ivoire et buis, et qui occupent plus de 500 ouvriers; de plus, des fabriques d'horlogerie, d'instruments de musique, de lacets, de clous, de tabatières, de chapelets et de jouets d'enfants.

Cette ville porta d'abord le nom de Condat, peut-être a cause de sa situation au confluent de deux cours d'eau; elle doit son origine ou son accroissement à une abbaye fondée dans la première partie du quatrième siècle , abbaye dont les domaines , accrus par les donations des princes et des fidèles , devinrent si importants , que ses abbés étaient propriétaires de tout le pays. Ces domaines étaient de mainmorte : tout individu qui y demeurait pendant un an devenait serf, et à sa mort ses biens, en quelque lieu qu'ils fussent situés, revenaient à l'abbaye. Ce privilège odieux, auquel l'abbaye ne voulut pas renoncer même sur la prière du roi Louis XVI , ne disparut qu'en 1790.

Poligny, chef-lieu d'arrondissement, avec un collège et 5,800 habitants, est une jolie petite ville située près des sources de la Glantine, au pied d'un contre-fort du Jura ; elle est assez bien bùtic, propre et bien arrosée. On y trouve des scieries hydrauliques, des fabriques de faïence et de salpêtre, des tanneries, des teintureries, et dans les environs, outre des antiquités très-curieuses, de belles carrières de marbre. On y fait commerce de vins, grains et farines. C'était une place forte que défendait le château de Grimont, démoli sous Louis XIV et dont on voit encore les restes.

Dôle, ancienne capitale de la Franche-Comté, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège , une bibliothèque publique de 20,000 volumes, un musée, un théâtre, et près de 11,000 habitants, est la ville la plus importante du département.

Placée au pied d'un coteau couvert de vignes, sur le flanc d'une colline au pied de laquelle coule le Doubs, près de la jonction de cette rivière avec le canal du Rhône au Rhin, cette ville a des rues généralement inégales et des maisons peu régulières; mais ses environs sont charmants , et elle a de belles promenades. On y remarque l'église paroissiale , de jolies fontaines , l'ancienne tour de Vergy transformée en prison, de beaux établissements de bienfaisance, le collège, l'un des plus vastes de France, et qui appartenait jadis aux jésuites. Dôle offre encore quelques vestiges d'antiquités romaines. Elle fait un commerce important avec la Suisse, et sert d'entrepôt pour vins, houille, verrerie, bois, fourrages, meules de moulin et pierre à bâtir. Ses environs offrent de belles carrières de marbre, et elle-même a des fabriques d'indigo, de bonneterie, de tuiles, et des magnaneries.

Dôle est une ville ancienne, mais qui ne devint importante que dans le treizième siècle. Philippe le Bon y fonda une université. Elle montra un grand attachement à la maison de Bourgogne : assiégée et prise par les troupes de Louis XI, elle fut incendiée. Les princes de la maison d'Autriche en firent le lieu d'assemblée des états de la province , et y établirent un parlement et une cour des comptes. Elle fut prise par les Français en 1636, 1668, 1674, et, dans l'annexion de la Franche-Comté à la France, elle perdit ses fortifications et ses privilèges, ainsi que son parlement et son université, qui furent transférés à Besançon.

liaumc-les-Messicurs, au nord-est de Lons-le-Saulnier, est un bourg de 800 âmes bâti au fond d'une gorge étroite, entre d'arides rochers qui s'élèvent à plus de TOilE u. kk

200 mètres au-dessus des habitations. Il doit sa célébrité à son abbaye de bénédictins, située près des sources de la Seille, sur la pente méridionale de la montagne des Granges, où ne pouvaient entrer que des gentilshommes ayant au moins seize quartiers de noblesse. Son église renferme encore les tombeaux des comtes de Bourgogne, de Vienne, de Chàlons et de Monlbelliard. On ignore la date de la fondation de cette abbaye , qui a compté parmi ses abbés le fameux Jean de Watteville.

On arrive à Baume par un vallon pittoresque qu'arrose la Seille, et terminé par un fer à cheval où se trouvent les sources de cette rivière, qui sortent de profondes crevasses formant un précipice ; ces sources sont d'imposantes masses d'eau , qui dans les beaux jours du printemps coulent encore au milieu des glaçons.

Septmoncd (arrondissement de Saint-Claude) est un bourg de 2,000 âmes environ, où l'on trouve des fabriques de tabletterie, de bas de fil et de coton, de fromages, et où de temps immémorial la taille des pierres fines ou fausses occupe un grand nombre de bras. Situé sur l'une des chaînes du Jura , entouré de montagnes couronnées de bois de sapins, il est le centre d'excellents pâturages et de la fabrication de fromages renommés.

Morez, joli bourg de plus de 3,000 habitants, est situé sur un torrent affluent de la Bienne, dans une position très-pittoresque, au fond d'une gorge profonde , entre deux ceintures de montagnes qui de chaque coté se dressent d'abord à pic , arides et décharnées, et qui ensuite s'arrondissent et se couronnent de forêts. Ce bourg, qui, il y a cent ans, existait à peine, est renommé aujourd'hui par l'industrie de ses habitants, qui utilisent avec succès les eaux de la Bienne, et y ont établi des usines, moulins, forges, etc. On y fabrique ainsi qu'aux environs une grande quantité d'articles d'horlogerie, des cadrans d'émail, lunettes, limes, tournebroches, etc. On y trouve aussi des filatures de coton , des martinets et tireries de fer et des tanneries. C'est encore un entrepôt pour le fromage de Gruyère fabriqué en Suisse et dans le Jura.

Les Rousses, bourg de 2,000 habitants, est aujourd'hui une place forte récemment construite pour couvrir la route de Genève à Besançon. Il est situé sur la frontière au sommet d'un plateau aride , exactement sur le faite de la grande ligne de partage des eaux de l'Europe, de telle sorte que les eaux de la pluie qui tombent sur son église, la plus élevée du Jura, s'écoulent d'un côté vers la Méditerranée et le Rhône par les affluents de la Bienne et de l'Ain , de l'autre vers l'Océan et le Rhin par l'Orbe et l'Aar. On s'occupe aux Rousses de la fabrication des pièces d'horlogerie et des fromages.

Sirod est un village de 1,100 âmes environ, situé dans un joli vallon qu'arrose le ruisseau de la Grande-Chaux , non loin de la rive gauche de l'Ain , qui forme là entre deux montagnes une cascade de 43 mètres de large sur 16 mètres de haut, la plus belle du Jura. En face et au nord de Sirod , cette rivière baigne le pied d'une montagne escarpée, dont le sommet est couronné par un château qui échappa presque seul à la destruction de tous les lieux forts ordonnée par Louis XIV. A 3 kilomètres au sud-est de Sirod, sur les bords de l'Ain, se trouve Bourg-de-Sirod, dont les forges sont très-importantes.

En remontant la rivière, à mi-distance entre Sirod et Nozeroy, se trouve, dans la commune du Comte, la principale source de l'Ain, située au fond d'une gorge qui a plus de 200 mètres de profondeur.

Xozeroy, jolie ville de 4,000 habitants, possède une école secondaire ecclésiastique, des tanneries et des fabriques de souliers, dont elle fournit tous les habitants des inoniagnes. Son commerce comprend encore les bestiaux, les chevaux de trait, les fromages, etc. On y admire l'église paroissiale et les ruines d'un ancien château qui était la résidence des princes d'Orange-Châlons. Celte ville , prise par GuéLriant ai 1638, et par Louis XIV en 1068 , ne fut acquise à la France que par le traité de Ryswick , parce que c'était une propriété particulière de la maison d'Orange.

Champagnoles, situé sur l'Ain, est un bourg de 3,000 habitants, remarquable par ses scieries hydrauliques et ses tréfileries de fer.

Arbois, ville de 7,000 habitants, avec un tribunal de première instance, un collège, un hôpital, etc., est situé aux bords de la Cuisance, au pied de la chaîne la plus occidentale du Jura, à l'extrémité d'une vaste plaine qui se prolonge au nord-ouest jusqu'à Dôle; elle est entourée de coteaux couverts de vignes renommées, et dont l'évasement forme un vaste entonnoir au milieu duquel elle s'élève ; elle est généralement bien bitte, n'a pas de monuments remarquables, si ce n'est les ruines imposantes de son ancien château , et n'est célèbre que par ses vins blancs et roses, dont l'exportation s'accroît chaque jour.

Non loin de la ville se trouvent les sources de la Cuisance, dont l'une forme de nombreuses et hautes cascades , et dont l'autre sort d'une profonde caverne située au pied d'un rocher de 208 mètres de haut , sur lequel s'élèvent les ruines du fort de la Châtelaine; de là la Cuisance arrose la riche et riante vallée des Planches, dont les sites pittoresques rappellent les plus beaux points de vue de la Suisse.

Salins est une ville fortifiée de 7,000 âmes qui possède un collège et un tribunal de commerce. Assise sur le flanc d une colline, entre deux hautes montagnes que couronnent à l'ouest le fort Saint-André, à l'est le fort Belin, elle se trouve située à l'entrée d'une gorge étroite d'où s'échappe la petite rivière de la Furieuse , qui coule à ses pieds. C'est aujourd'hui une assez belle ville , généralement bien bâtie , qui n'a d'autres monuments remarquables que son église et le vaste établissement des salines auquel elle doit son nom. Cet établissement, entouré de fortes murailles flanquées de tours, n'occupe pas moins de 280 mètres de long sur 92 de large; il renferme des voûtes immenses qui datent du dixième siècle , et qui contiennent à 80 mètres de profondeur des sources salées donnant annuellement 40,000 quintaux de sel. Salins possède d'ailleurs des fabriques de soude, de gypse et de plâtre de première qualité; elle exporte des quantités considérables de planches. Cette ville a eu une existence très-orageuse dans le moyen âge; elle était alors divisée en deux parties, Bourg-le- Comte, Bourg-le-Sire , qui avaient chacune son seigneur, ses salines , ses fortifications, sa charte de commune. Elle a été plusieurs fois ravagée par des incendies et a subi des sièges nombreux, principalement en 1639, en 1668, en 1674.

S VII. DÉPARTEMENT DU DOL'BS. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE, INDUSTRIE.

— Ce département , formé de la plus grande parue de la Franche-Comté et de la principauté de Montbelliard , a une superficie de 525,212 hectares, dont 192,000 de terres labourables, 75,000 de prés, 8,000 de vignes, 120,000 de bois, 100,000 de landes, pâtis, etc. Sa population était, en 1801, de 216,226 habitants; en 1821, de 242,663 hab.; en 1841, de 276,997 hab.; elle est aujourd'hui de 296,679 habitants.

3i,8 LIVRE HUITIÈME.

Il a pour chef-lieu Besançon, et forme h arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement de Besancon . . s canton», 263 communes, 1 10, tw, habitants.

— de Ponlarlicr . . 5 — 89 — 52,195 — de Baume.. . . 7 — 187 — «8,354 —

— deMontbeHiard. 7 — 161 — 6S,30i —

Arrondissements 27 cantons, fiiO communes, 290,079 habitants

Ce déparlement forme le diocèse de l'archevêché de Besançon. 11 y a à Besançon une église consistoriale pour les protestants, et à Monlbelliard une mission pour les anabaptistes. Il dépend de la cour d'appel de Besançon , et renferme h tribunaux de première instance, avec un de commerce (Besançon). Il s'y trouve un lycée (Besançon), 3 collèges (Baume, Monlbelliard et Pontarlier), une école normale départementale à Besancon, une école modèle à Monlbelliard, h écoles supérieures et 930 écoles élémentaires. Il est compris dans la 7' division militaire , et renferme 3 places : Besançon, Monlbelliard, forts de Joux et Larmont.

Ce pays, agricole et manufacturier, est en général très-élevé ; il est montagneux surtout à l'est, où les divers étages du Jura divisent le département en 3 régions, Plaine, Moyenne-Montagne et Haute-Montagne , dont nous avons parlé plus haut. Ses principaux produits agricoles sont les pâturages, les bois, les céréales, des vins médiocres, des pommes de terre, des fruits. Il faut y ajouter le lin, ie chanvre et diverses plantes oléagineuses. On y élève des chevaux pour la grosse cavalerie, du gros bétail, des porcs, qui sont, avec la fabrication des fromages, la principale richesse des habitants de la montagne. On estime qu'U y a dans le Doubs 127,000 têtes de gros bétail, 85,000 moutons, 37,000 porcs, 11,000 chèvres, 19,000 chevaux, clc.

Les richesses minérales consistent surtout en minerai de fer dont l'extraction monte annuellement à 320,000 quintaux métriques donnant 80,000 quintaux de fonte. Il y a en outre de nombreuses carrières de plâtre , de marbre, d'ocre , de marne, de houille, de tourbe , plusieurs sources d'eaux minérales, 2 marais salants et une saline en exploitation.

L'industrie est florissante , et ses branches principales sont le travail du fer et du cuivre, l'horlogerie, la papeterie, la tannerie, la distillerie, la filature et la fabrication des tissus, l'huilerie, la faïencerie, la chaudronnerie et la fromagerie. On estime qu'il y a plus de 25 usines à fer, 11 hauts fourneaux, 60 foyers d'aflïnerie et 160 fabriques, manufactures, etc. Le manque de houille forçant à employer le bois comme combustible, il en résulte que les produits sont plus chers que ceux de la Champagne et de la Lorraine. I es fromageries, qui rivalisent avec celles du Jura, donnent par an 2,500,000 kilogrammes de fromage valant 1,650,000 francs, et 260,000 kilogrammes de beurre valant 2,600,000 fr.

On estime qu'il y a dans le Doubs : un canal (du Rhône au Rhin) sur 136 kilomètres; 5 roules impériales sur 286 kil., 21 routes départementales sur 450 kil., et 367 chemins vicinaux sur 2,?i77 kil., en tout 3,3f|8 kilomètres de voies de communication.

§ VIII. Département ne Doibs. — Description des villes. — Besançon, autrefois ville impériale et capitale de la Franche-Comté, est aujourd'hui le chef-lieu du département du Doubs, le siège d'un archevêché et d'une cour d'appel , le quartier général

de la 7* division militaire et une place forte de premier ordre; elle renferme en outre des tribunaux de première instance et de commerce, des directions d'artillerie et du génie, des fcrgcs et une école d'artillerie, un lycée, une école préparatoire de médecine et de pharmacie, une école normale primaire, un institut de sourds et m jets, un musée, etc. Sa population est de 6 1,925 habitants.

Cette ville, l'une des plus importantes de la France, est agréablement située sur le Doubs, qui l'entoure presque en entier et la divise en deux parties inégales réunies par un pont de pierre. Du seul coté où la rivière ne l'enveloppe pas, elle est fermée par une masse de rochers que surmonte une citadelle : celle-ci commande toute la campagne au nord, mais au sud, à l'est et au sud-est, elle est dominée par les monts de Chaulane, de Brégille et de la Chapelle-des-Buis, qui bornent la vue d'une manière pittoresque, et contribuent par les fortifications qu'on y a élevées à rendre la position inexpugnable.

Besançon est généralement bien bâtie, bien pavée, bien percée; ses places sont vastes et ornées de fontaines; elle possède en outre plusieurs belles promenades, le Crand-Chamart , ancien Champ -de -Mars des Romains, traversé par deux canaux réguliers, le jardin de Granvelle situé presqu'au milieu de la ville, la belle levée du canal qui longe le vallon du Doubs. Ses monuments sont peu remarquables ; on doit citer l'ancien palais de Granvelle, bel édifice de la renaissance, l'arc de triomphe romain dit la Porte-iïoire, et attribué à Marc-Aurèle, la Porte-Taillée ouverte à travers ie toc pour le passage des eaux d'Arcier, et sous laquelle Louis XIV a fait passer la nouvelle roule de Suisse; la citadelle, l'un des chefs-d'œuvre de Vauban, bâtie sur un roc inaccessible, l'église cathédrale de Saint-Jean, le bel hôpital Saint-Jacques avec sa chapelle, l'hôtel de la préfecture, le palais de justice, les casernes, les musées et la bibliothèque riche de 70,000 volumes, et qui possède les manuscrits du cardinal de Granvelle.

Cette ville est le boulevard du Jura ; placée à la rencontre des trois routes de Baie, Neufchâtel et Genève , de quelque côté que se fasse l'invasion du bassin de la Saône t elle ne saurait être évitée. Grâce à sa position sur le Doubs et surtout sur le canal du Rhône au Rhin, elle est aussi un centre industriel et commercial. Sa fabrication d'horlogerie occupe plus de 2,000 personnes dans vingt manufactures; elle a de plus des fonderies de cuivre, des tanneries, des papeteries, des manufactures de tapis, et fait un commerce considérable de draps, de chevaux, d'épiceries, de fromages de Gruyère, de fers forgés, de fils de fer, de tôles laminées, de fontes, de clous, etc.

L'ancienne capitale des Séquanes était , du temps des Romains , une des villes les plus importantes de la Gaule. Détruite par les barbares , elle ne reprit sa prospérité que dans le moyen âge , où les empereurs lui accordèrent de grands privilèges. Elle devint alors, sous le titre de ville impériale, une sorte de petite république, mais dont la souveraineté fut convoitée par les éveques , ce qui amena des luttes continuelles entre les prélats et les bourgeois. Elle garda ses franchises sous la domination des ducs de Bourgogne -Valois, et leur montra un grand attachement ainsi qu'à la maison d'Autriche , sous la protection de laquelle elle acquit une grande prospérité. Conquise par la France , elle perdit une partie de ses privilèges , et on lui concéda en revanche le parlement et l'université de Dôle.

Pontarlier, chef-lieu d'arrondissement avec un tribunal de première instance, un collège et 5,000 habitants, est situé sur le Doubs, au pied d'une des chaînes du Jura. Elle a la propreté, la régularité et l'aspect des villes de Suisse. On y trouve de belles casernes pour la cavalerie, un hôpital, un hôtel de ville, une bibliothèque publique, etc. C'est après Besançon la ville la plus importante du département. Elle possède de belles forges de fer et d'acier, une fonderie de cuivre, des tanneries, des scieries hydrauliques, et des fabriques d'absinthe où l'on fait annuellement 90,000 litres de liqueur. Elle fait un grand commerce de grains, fromage de Gruyère, bestiaux, chevaux de trait, absinthe et kirsche-wasscr, fers et cuirs, horlogerie, marbre, chaux , etc.

Le Fort de Joux, situé près de Pontarlier, est bâti sur un mamelon isolé, dans la position la plus pittoresque. Il commande la gorge de la Cluse, étroit défilé, où, sur un roc escarpé, aux pentes sablonneuses, serpente la route de Pontarlier, qui en cet endroit se bifurque sur Lausanne, au sud-est, ou sur Neufchâtel, au nord-est. Il se compose de trois enceintes entourées de fossés et réunies par des ponls-levis. C'est un des châteaux féodaux les plus anciens de la Franche-Comté. 11 couvre un des points vulnérables de la frontière de la France , et a joué aussi un grand rôle politique. Mirabeau, dans sa jeunesse, Toussaint-Louverture , qui y mourut, le poêle allemand H. de KIcist, le général Dupont, après Baylen, etc., y furent enfermés dans la troisième enceinte.

Iiaume-Us-Dames , chef-lieu d'arrondissement avec un tribunal de première instance, un collège, 2,600 habitants, est située sur le canal du Rhône au Rhin et près de la rive gauche du Doubs, qui coule alors dans un lit profond et encaissé entre des rochers. Elle est assez bien bâtie; on y trouve une belle église paroissiale, un hospice , de charmantes promenades. Elle a des fabriques de chapeaux, de papiers et de cuirs, et aux environs des forges, des verreries, tanneries, etc. Sur son territoire, on exploite une carrière très-abondante de gypse donnant annuellement de 50 à 60 milliers de plâtre.

Cette petite ville est célèbre par son couvent des bénédictines fondé dans le cinquième siècle , où Contran fut enterré , et que comblèrent de dons Charlemagnc et Louis le Débonnaire. L'ancienne église de cette abbaye sert aujourd'hui de halle au blé. Sur l'une des montagnes qui dominent la ville, se dressent les ruines d'une des plus importantes forteresses de la Comté détruite en U76, après la défaite de Charles à Granson.

Monlbtlliard , chef-lieu d'arrondissement , avec un tribunal de première instance , une église consistoriale luthérienne, un collège, un hôpital civil, une bibliothèque publique de 10,000 volumes, et plus de 6,000 habitants, est une jolie ville agréablement située au confluent de l'Aile et de la Luzine, dans un vallon traversé par le canal du Rhône au Rhin , au milieu de prairies entourées de coteaux plantés de bois et de vignes. Elle est en général bien bâtie, et ses rues bien percées, ses nombreuses fontaines, ses jolies promenades en font une ville agréable. Elle possède des filatures de coton , des fabriques de bonneterie de laine et soie , des teintureries , tanneries , fabriques de cordes, de limes, de ressorts de montres, dont les produits réunis représentent une valeur annuelle d'environ 1,200,000 fr. Ses cuirs sont renommés. C'est

l'entrepôt d'une grande quantité de bois de construction et de bois merrain, que de là on expédie pour le Midi. Son commerce avec la Suisse est aussi très-actif.

On y remarque l'ancien château des princes de Montbelliard , qui compte comme place forte et sert de prison, l'hôtel de ville , les halles, les églises de Saint-Martin et de Saint-Georges, et la belle statue élevée en l'honneur de Georges Cuvier, que cette ville a vu naître, ainsi que son frère Frédéric Cuvier.

Montbelliard était le chef-lieu d'une principauté indépendante située entre la Franche-Comté, la haute Alsace et le territoire de Bâle, et qui comprenait kh communes. Ce petit État, après avoir appartenu aux ducs de Bourgogne, passa en lZ|i9 dans la maison de Wurtemberg, qui l'a gardé jusqu'en 1793, où, par le traité du 20 thermidor an IV, elle le céda à la république française. Les traités de 1814 et de 1815 ont confirmé cette possession à la France. La ville ne date que du neuvième siècle ; au treizième, c'était une place forte qui joua un rôle important dans ies guerres religieuses, sa population, qui est encore aujourd'hui luthérienne, ayant embrassé la réforme. Elle fut prise en 1676 par les troupes françaises, qui en démolirent les fortifications, mais qui la rendirent à la paix de Nimègue.

Quingey (arrondissement de Besançon) est une ancienne et petite ville d'un millier d'habitants, située sur la rive droite de la Loue dans un vallon agréable et fertile. Elle possède quelques fabriques de cuirs, des forges, des martinets, une tréfilerie; et l'on y remarque les vestiges d'un château fort où résidèrent les comtes de Bourgogne.

Au nord de Quingey, dans le canton de Boussière, près de la rive gauche du Doubs, se trouve la grotte d'Ouelle, célèbre dans le pays par la suite de cavités qui la composent sur une longueur de plus de 1,000 mètres, et par la grande quantité d'ossements fossiles qu'on y a découverts.

Ornant, ville de 3,500 habitants avec une école secondaire ecclésiastique, est située dans une vallée qui rappelle les plus beaux sites des Pyrénées, et qu'arrose la Loue, qui partage la ville en deux parties inégales. On y remarque l'église paroissiale de Saint-Laurent, qui date du quinzième siècle, l'hôtel de ville, l'hospice, de nombreuses fontaines jaillissantes , et dans une petite gorge, sur un plateau au nord-ouest de la ville , les beaux restes d'un château des ducs de Bourgogne. Elle possède des tanneries, des papeteries, des fabriques d'absinthe, des moulins à farine, deux grandes fromageries, etc. C'était une ville communale, bien fortifiée, et qui eut à subir de nombreux sièges. Elle a donné naissance à l'abbé MilIoL

Jougne, célèbre au temps de César sous le nom de Junia, et au moyen âge par ses forteresses, dont les ruines commandent encore le respect, est un village de 1,200 âmes, situé sur la route de Lausanne, qu'il domine, et presque sur la frontière. Bien déchu de son ancienne importance, il a converti en jardins ses anciens fossés, possède des fabriques de faux, de serrurerie, des tanneries, et fait le commerce des fromages.

Mvuthe, situé dans un vallon compris entre deux hautes chaînes du Jura, sur le Doubs et près de ses sources, possède un millier d'habitants actifs et industrieux. 11 est de toutes parts entouré de belles forêts de sapins et de magnifiques pâturages riches en herbes aromatiques ou médicinales. On s'occupe dans le canton de l'élève

des chevaux et des bestiaux , et l'on y fait, surtout au mont d'Or, d'excellent beurre : on y fabrique aussi de la boisscllerie, des ustensiles de sapin , etc.

Un peu au nord de Moulhe, sur le Doubs, se trouve le bourg de lioehejran (600 habitants) , célèbre jadis entre les villes de Franche-Comté, et qui avait sous sa juridiction plusieurs villages. 11 n'a d'importance aujourd'hui que par les forges, fonderie? et hauts fourneaux qu'on trouve aux environs.

Montbenoit, hameau de 150 habitants, situé sur la rive gauche du Doubs, dans le pays dit de la Haute -Montagne, est remarquable par son église gothique, dépendante jadis d'une abbaye de bénédictins fondée au commencement du douzième siècle et qui a subsisté jusqu'à la Révolution. Ce qui en reste est classé parmi le» monuments historiques.

Près de là se trouve le village de Remonnot, bâti dans la position la plus pittoresque , sur le flanc d'un rocher à pic ; on n'y parvient que par un escalier en bois suspendu à la montagne ; et c'est une sorte d'antre qui y sert d'église.

Marteau, bourg de 800 âmes, est bâti en amphithéâtre sur le revers d'un coteau, près de la rive gauche du Doubs ; et , de sa position élevée, il domine tout le joli vallon auquel il donne son nom. Sa population est très-industrieuse. On y trouve surtout des fabriques d'horlogerie, d'instruments de jardinage, des scieries hydrauliques, une fonderie de cuivre, etc.

Mandevre, bourg de 1,000 habitants, situé sur le Doubs, parait être l'ancienne cité des Epamenduorum , la deuxième de la Séquanaise. On y voit les restes d'un théâtre qui seoiDle dater du troisième siècle, et l'on y trouve des médailles et des vestiges de bains, d'amphithéâtres, de palais, ainsi que d'une voie romaine.

Blamont, bourg de 800 âmes, situé au pied des montagnes du Jura septentrional, près des frontières de Suisse et non loin de la rive droite du Doubs, dans un coude formé par la rivière , est célèbre par son château, classé jadis parmi les places frites de la France, et qui défendait la route de Porentruy.

Saint-Hippolyte est situé sur la rive gauche du Doubs, dans le coude qu'il forme, à son confluent avec le Dessoubre, au fond d'un vallon fermé par des coteaux tapissés de vignes, qui forment l'avant-terrasse de montagnes plus élevées dont le sommet est couronné de forêts. Son aspect est des plus riants et des plus pittoresques. Elle possède des fromageries, une manufacture d'objets de quincaillerie et un grand nombre d'usines situées dans la vallée.

§ IX. Département de la Haute -Saône. — Statistique, agriculture, commerce, industrie. — Ce département, formé d'une partie de la Franche-Comté, a de superficie 53/i,698 hectares, dont 256,000 de terres labourables, 56,000 de prés, 12,000 de vignes, 136,000 de bois, 22,000 de landes, etc. Sa population était, en 1801 , de 291,579 habitants; en 1821 , de 308,171 hab.; en 1841, du 347,627 hah.: elle est aujourd'hui de 347,469 habitants.

11 a pour chef-lieu Vcsoul , et forme 3 arrondissements ainsi subdivisés :

Arron<H«scment tic Vesoul. . . . 10 cantons, 215 communes, U3,RG->. I.aliilant*.

— de Lun* 10 — 203 — i4'i,3*2 —

de Gray s — %r,b — »!),2.»ô

3 arrondiweinenU 28 cantons, 583 communes, habitants.

FUANCHF.-COMTfi.

La Haute-Saône forme , avec le Doubs , le diocèse de l'archevêché de Besançon. Il y a à Héricourt une église de la confession d'Augsbourg, et à Vesoul, Gray et Luxeuil 3 synagogues Israélites. Le département dépend de la cour d'appel de Besançon et renferme 3 tribunaux de première instance et un de commerce, à Gray. 11 y a 4 collèges à Vesoul , Gray , Lure et Luxeuil , une école normale départementale à Vesoul , 7 écoles supérieures, 1,100 écoles élémentaires. Il fait partie de la 7' division militaire (chef-lieu Besançon).

Ce département, agricole et d'exploitation, est un pays assez montagneux, surtout au nord-est, où il s'appuie aux Vosges méridionales; au nord et au nord-ouest il est dominé à quelque distance par la chaîne des Faucilles et le plateau de Langres, qui lui envoient quelques rameaux. La partie du nord-est est agreste; le sol y est aride et les montagnes boisées; la partie du sud-ouest, bien arrosée par la Saône et l'Oignon, est plus productive, et présente de belles prairies, des coteaux de vignobles et des champs fertiles. L'agriculture y est médiocrement avancée; cependant la récolte est plus que suffisante en vins et céréales. On recueille aussi des pommes de terre, des fruits, surtout des merises pour faire du kirsch, des graines oléagineuses, du chanvre, du bois, etc. On y élève beaucoup de gros bétail, dont il y a d'assez belles races, de porcs, de chevaux de trait et de cavalerie; mais on y néglige les bêles à laine. On estime qu'il y a 150,000 bêles à cornes, 110,000 moutons, 80,000 porcs, 12,000 chèvres, 32,000 chevaux, 2,500 mulets, 5,000 ânes.

Ce département se distingue par ses richesses minérales; l'exploitation du fer y est très-considérable, et se fait à Longeville, Mttabief, Fuitrgs, Oye, Palet, Vorges, Lautey , Vaite, Baugemont , Battenout et la Bretenicre ; il y a de plus 4 houillères importantes, à Gouhenans , Corcellcs, Bonchamp et C/iam/xigney. Ou exploite aussi du granit, du porphyre, du schiste, du manganèse, de belles pierres de taillo, meulières et à aiguiser, de la terre à poterie et une mine de sel gemme.

Il y a des eaux minérales à Luxeuil, l'un des établissements de France les plus fréquentés, à Rèpes, Fedry, Vesoul, etc.; et des sources salées à Gouhenans, Saulnot, Sccy-sur-Saône.

L'industrie des fers est surtout très-importante, et comprend 50 usines à fer, dont 35 à 60 hauts fourneaux , 60 forges ou foyers d'affinerie et 2 aciéries. On trouve en outre des tréûleries, lamineries, quincailleries, filatures de coton et fabriques de tissus de coton, des verreries, faïenceries, huileries, distilleries, tanneries, papeteries, tourneries, etc. Le commerce d'exportation comprend surtout les fers, les bestiaux, grains, vins, légumes secs, charbons do terre, bois en planches et inerrains, etc. Par Gray, tous ces produits gagnent surtout Lyon et le Midi.

H y a dans la Haute-Saône : une rivière navigable, la Saône, sur 24 kilomètres; 6 routes impériales, sur 290 kil.; 16 routes départementales, sur 405 kiL; 2,359 chemins vicinaux, sur 3,400 kil.; en tout 4,121 kilomètres de voies de communication.

§ X. Dépautemekt de la Haute -Saône. — Description des villes. — Vesoul, chef-lieu du département , avec un tribunal civil , un collège , une école normale primaire, un séminaire diocésain, une bibliothèque de 20,000 volumes et 6,600 habitants, est bâti au pied du mont conique de la Motte, au confluent du Durgeon et de la Colombe, dans un bassin fermé de bas coteaux couverts de vignes , auxquels succèdent

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