ACTIVITE IGNÉE ET CONSIDÉRATIONS D'ORDRI MÉCANIQUE
Nous avons étudié d'une manière sommaire la différenciaüon controlée par les agents physico-chimiques, fluides minéralisateurs, cristallisation fractionnelle, diffusion, courants thermiques et liquéfaction; nous allons maintenant étudier le côté mécanique du problème, ainsi que celui de l'activité ignée.
Le raisonnement inductif et Je raisonnement dédluctif peuvent tous deux nous faire reconnaître avec certitude la nature du volcanisme du district de Franklin. Les mouvements dynamiques de l'écorse terrestre sont de deux Surtes: mouvements continentaux, Mouvements orogéniques. Les Premiers impiiquent un immense exhaussement des Continents, dépendant de forces agissant dans la direction de la verticale; les derniers dépendent de forces Compressionnelles. La Pression augmente les points de fusion et tend à empêcher Ja fuite des vapeurs et, par là, à augmenter la fluidité des matières en fusion, Cependant les masses fondues abaissent jes points de fusion, et font probablement plus que « ntrebalancer la pression.
Dans le but de mettre en corrélation les diverses périodes d'activité ignée, d'érosion et de mouveme:ts de l'écorce dans le
‘The Monteregian Hills—A Canadian Petrographic Province. Jour. of Geol., vol. II (1908), p. 253. Voyez ausei G. A. Young: Géologie et Pétrographie d'Yamaska, Com géol. Can. rapp. ann. XVI, partie 4, pp. 8-43.
le district de Franklin, nous avons préparé le tableau suivant dans l'ordre des évènements :—
1. Affaissement régional à la suite du bouleversement de Laramide, avec sédimentation de grandes épaisseurs
Éocène-oligocène de conglomérats, de grès et de rhyolites.
Période de déformation et intrusions de monzonite ( ?).
. Cycle d'érosion.
Injection de la syénite porphyritique et premier épanchement de trachyte.
Intervalle d'érosion.
. Shonkinite-pyroxénite et syénite augi- Miocène tique injectées et répandues sous forme de basalte alcalinetdetrachyte.
Période des intrusions de dykes récents, porphyres de pulaskite et lamprophyres.
Pliocène . Cycle d'érosion de longue durée.
On remarquera que les époques d'activité ignée succédèrent à des périodes d'érosion qui, de leur côté, marquèrent le commencement des mouvements de l'écorse terrestre. Il se peut que, succédant à ces mouvements de l'écorce, des poussées dynamiques d'une violence extrême aient, dans cette région, accéléré la différenciation. Toutefois, rien ne prouve que les forces mécaniques sous formes de poussées latérales aient été un facteur essentiel de différenciation! D'autre part, les batho-
1 Natural History of Igneous Rocks, p. 330.
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mouvements qui ont f: >duit les montagnes.
Il est à noter que les magmas du Tertiaire ne trouvèrent accès à la surface que rar le fond de la vallée tertiaire de F. ranklin, qui me paraît s'être creusée dans un bassin synclinal, et que l'intrusion principale afecta la forme d'un arc concave, en concordance d'ine manière assez imparfaite avec les formations du Prétertiaire. Aux endroits où l'intrusion a son Passage à la surface, cependant, le plongement, ordinairement nord-est, se fait vertical, comme le montrent les rapports des contacts du mont Tenderloin.
Un semblable exemple de confinement du volcanisme à des bassins synclinaux se trouve dans la région napolitaine, en Italie, où “les éruptions volcaniques, . , .. commencèrent entre la fin du Pliocene et le commencement du Pléistocene, quelque part dans le creux d'un grand bassin synclinal semblable à ceux que l'on voit ailleurs dans les Apennins, mais en Partie rempli par la mer.” En général, dans les régions tertiaires du centre et du snidi de l'Europe, les éruptions volcaniques se sont Ouvertes des cratères, non pas le long des chaînes de montagnes elles-mêmes, mais au dedans des dépressions, entre les diverses lignes orographiques.
Sir Archibald Geikie à découvert que, Par toute la longue série de l'histoire des ai siens volcans de la Grande Bretagne, les orifices Pour le passage des matières éruptives se sont creusés dans des endroits peu élevés et les vallées, plutôt que dans les chaînes de montagnes et les hauteurs’. Cet auteur a aussi remarqué que les volcans de la Grande Bretagne se sont montrés actifs dans les régions d'affaissement et non d'exhaussement, Cette généralisation semble s'appliquer aussi au district de Franklin.
a 1 De Lorenzo (Guiseppe): Quart. Jour. Geol. Soc. LX, Pt. 3, 1904. * Geikie (A.): Ancient Volcanoes of Great Britain, vol. I, p. 470.
Il est intéressant de remarquer que dans le district de Franklin, la grande proximité relative entre les roches intrusives granulaires et les roches extrusives qui sont leurs équivalentes, s'accordent très bien avec la théorie de Sir Archibald Geikie que “l'action volcanique n'a pas sa source dans les grandes protondeurs, mais à quelques centaines de pieds seulement de la surface."”?
Cette proximité démontre en outre la grande importance des fluides minéralisateurs dans la consolidation du magma en fusion: elle explique aussi comment une érosion dont l'action se fait sentir à une profondeur relativement peu grande peut enlever toute trace de laves extrusives pour ne laisser à découvert que les roches d'espèces granulaires et intrusives.
La production chimique de la chaleur par la radioactivité a pu constituer un facteur actif capable de donner naissance à l'activité ignée; cependant on en sait trop peu sur ce sujet pour que je cherche à le développer ici.
IL est reconnu que, dans le district de Franklin, à certaines périodes définies de l’histoire du Tertiaire de cette région, il s'est produit un accroissement local de la température dans les couches de la croûte terrestre peu éloignées de la surface. L'accroissement en volume du magma et l'éruption volcanique ont pu soulager la force de la pression. L'éruption volcanique éclata par un cratère du mont Tenderloin, probablement sous l'influence et de la contraction terrestre et de la tension des gaz et des vapeurs développés dans la masse en fusion. Avant l'éruption volcanique, la shonkinite-pyroxénite et la syénite (les ‘roches vives” selon Brun) étaient fortement chargées de vapeurs d'eau et autres gaz sous forte pression et à haute température. La température aurait varié considérablement sous l'influence (1) de la chaleur perdue par refroidissement, vu que l'expansion subite des gaz libérés au début de l'éruption volcanique aurait produit un effet de refroidissement sur le reste de la masse magmatique; et (2) de la chaleur dégagée par les changements chimiques. La pression, de son côté, a certainement varié durant l'éruption et a dû osciller considérablement. Une fois la pression soulagée, les gaz s'échappèrent
: Geikie (A.): Text book of Geology, vol. 1 (1903), p. 280.
et, dans leur force d'éxpansion, transportèrent avec eux les matières liquides qui expliquent les bombes et autres roches vésiculaires du mont Tenderloin. Il en résulta aussi une grande quantité de liquide pulvérisé, qui, en se solidifiant produisit la cendre volcanique et forma les couches de tufs basaltiques et trachytiques, tant au mont Tenderloin qu'au mont Franklin.
Lorsqu'à leur tour apparurent les coulées de laves, leur effervescence s'était beaucoup affaiblie, et jes laves fluides ou pâteuses se refroidirent et se transformerent rapidement en une roche dense (les ‘roches mortes’ de Brun), très différentes par la texture, mais non par Ja Composition, de leurs roches granulaires équivalentes.
Par une pression subséquente, simultanée à la consolidation, la température nécessaire pour produire une fluidité complète s'éleva, fait que démontre le phénomène de résorbtion qui se remarque dans les laves de ce district.
Comme conclusion, je dirai qu'il est de tout intérêt que ceux qui se livrent à l'étude de la pétrologie sachent que le district
de Franklin présente un autre exemple de différenciation magmatique parmi les roches alcalines d'une nouvelle province: Pétrographique du sud de la Colombie britannique centrale