LP VON LA IPN
Échelte: 10 Loceo Extrait de ‘ Zchaillon voie romaine et eaux thermales ”
par S Trucuer. 1902.
Pr ie
2 Mince bande d’arkose contre laquelle s’appuie une bande de calcaires bleuâtres à patine rousse, dits calcaires « capucin », en gros bancs étirés en chapelet vers le haut de l’escarpement, où elle finit par dispa- “aître. Elle est accompagnée d’un peu de schistes noirs liasiques.
3° Granite gneissique. — À ce niveau et au pied de l’escarpément, se trouve un autre point d’émergence de l’eau minérale, jadis captée par les Ducs de Savoie.
4° Bandes de dolomies à patine « capucin », accompagnée de calcaires et de brèches liasiques, étirée aussi en chapelet et finissant en pointe dans les schistes cristallins, au-dessus du promontoire rocheux.
5° Gneiss granilique et micaschistes, desquels émerge encore l’eau minérale près des fours à chaux.
6° Schistes verdätres, d'aspect satiné, que MM. Kilian et Revil regardent comme du granite laminé passant ensuite à une arkose.
7° Schistes liasiques très foncés, pyriteux (avec lentille calcaire), exploités comme ardoises.
8° Schistes luisants et dolomies bréchiformes, avec injections siliceuses. Plus à l’est, il s’y associe de la dolomie ferrifère et du gypse et, vers Montandré, il s'y intercale une masse anticlinale de quartzite.
9o Gypses de l'Echaillon, superposés au grès quart- ZeUX.
Les strates présentent une inclinaison moyenne de 90° vers l’est, forment trois synclinaux, correspondant aux bandes de schistes et de calcaires liasiques, et trois anticlinaux à noyaux cristallins, sauf le plus oriental, qui est à noyau de quartzites triasiques. Au
Se DER
delà du ravin de Montandré, ces derniers supportent une masse assez puissante de gypses légèrement salifères, dans lesquels circulent les eaux d'infiltration, avant d'atteindre en profondeur les schistes cristallins et les gneiss granitiques de la bordure du massif de Rocheray, qui est lui-même à l’extrême limite orientale de la première zone alpine (sous-zone des Grandes-Rousses, Mont-Blanc).
Historique.
Les eaux thermominérales de l’Echaillon durent certainement être remarquées et utilisées par les Romains qui, dans la contrée, laissèrent de nombreux vestiges. La tradition, d’ailleurs, donne aux bains de l’Echaïillon une origine contemporaine de la construction de la route Suse-Montmélian, par le proconsul Cnéius Aenobarbus, en l’an 628 de la fondation de Rome.
Le premier document écrit relatant leur existence est une charte de 1344, fixant l’étendue de la Chavannerie de l’Echaïllon :
« À balneis de Eschallione ad balmam de Villario Clementis ».
A une époque restée inconnue, les bains et une partie de la voie romaine furent détruits par les eaux de la montagne ou plutôt de l’Arc. Peu de choses sub-
sistaient en 1575, au moment où Jacques Pelletier du Mans écrivait son poème sur la Savoie :
« Encor se voit la fontaine salée CHENRESChAlON EEE
« Là les brebis qui la salure sentent « pour la sucer bien souvent se présentent « Mais l'Arc qui pend tousiours sur ce côté
« a le signal du sel tout presqu'oté. |
Longtemps encore, les eaux de l'Echaillon resterent dans l’oubli.
En 1696, le médecin Favre, de Saint-Jean, fit des essais sur leurs propriétés et, d’après Giobert, « en éprouva des succès merveilleux, les mit fort en vogue bien au delà de la Maurienne et de la Savoie. Du commencement du siècle suivant, on en exportait en Piémont et autres pays éloignés. et on en éprouvait partout des effets salutaires marquans » (1).
Fantoni, médecin du roi Charles de Sardaigne et professeur à l'Université de Turin, vint visiter les sources. [1 en donna « une analyse aussi bien faite, dit encore Giobert, qu’il était possible de la faire en ce temps-là », et ses travaux furent publiés à Genève en 1738 en un petit ouvrage : De aquis Maurianensibus. fe sit
Le Professeur Bianchi, vers 1740, procéda à un nouvel examen, à la suite duquel le roi Charies fit luimême usage des eaux « avec tout le succès qu’on espérait ». On les employa de nouveau en bains et, pour ce, &« un réservoir à différents compartiments » fut
(1) J. A. Giobert. Des eaux thermales et acidulées de l’Echaillon en Maurienne, Turin, 1822.
construit aux frais du roi. Un pont en bois facilita l'accès des thermes aux visiteurs de la rive gauche.
Ces faits sont consignés en un manuscrit de Borelli, médecin à Saint-Jean, en 1741, et laissé aux archives de la capitale de Savoie.
En 1780, l'établissement et le pont sur l'Arc n’existent plus. Un placet adressé alors au roi par le Conseil de Saint-Jean expose l'urgence de la recherche des sources, de la réparation des bassins. Le pont en bois est rétabli, mais en 1793, il disparaît à nouveau, et par le feu, cette fois, « brûlé par l’effet de la guerre ou de la malveillance ». Vers 1809, M. Bellemin, souspréfet de Saint-Jean, entreprend des fouilles sur l’emplacement des sources recouvertes par un éboulis de terrain, mais les crédits pour la reconstruction de l'établissement n’arrivent pas.
En février 1818, à la suite d’un jugement rendu par M. Fernex, sous-intendant de Maurienne, la commune d'Hermillon cède à la ville de Saint-Jean, « le territoire et les dépendances des eaux thermales de l'Echaillon ». En juin de la même année, l'Arc, grossi par la fonte des neiges, ayant emporté le pont provisoire, on décide enfin une construction plus solide, pouvant résister à la crue du fougueux torrent. Bientôt, trois baraques en bois, montées par les soins de J. Courtois, constituent le nouvel établissement et, au début de 1819, une digne protectrice est achevée.
En 1822, Giobert, professeur à l'Université de Turin, étudie les eaux de l’Echaiïllon et transmet au ministre qui l’avait délégué, une note favorable au développe-
ment de la station thermale.
Un canal pour l'écoulement des eaux est commencé en 1825, mais ne sera terminé que beaucoup plus tard.
Les tenaces” et louables efforts pour les améliorations nécessaires se heurtent non seulement aux difficultés financières, mais au mauvais vouloir des ministres piémontais. Le Conseil de Saint-Jean, qui, en août 1834, avait décidé la fondation, par souscriptions, d’une société devant participer aux frais, en vient à l’abandon pur et simple à celle-ci des sources et de l’esplanade, depuis le pont au sommet de la digue,
La « Société des Eaux thermales de l’Echaillon » achète les baraques élevées par Courtois. On fait quelques travaux, mais on va petitement. En 1883 la société se dissout et la ville reprend possession des sources. L'exploitation et la vente des eaux est autorisée à la suite des analyses faites en 1881 par l’Ecole des Mines et en 1885 par l’Académie de Médecine.
La ville traite en 1893 avec J. Pitavino, qui doit opérer le captage, l’isolement des sources à lui cédées, ainsi que les constructions, pour un certain nombre d’années. Le volume d’eau débité empêche de dégager les alluvions et on a recours au forage. La ville et M. Pitavino sont bientôt en procès. M. Kilian, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, et M. Revil, pharmacien à Chambéry, chargés de l’expertise pour les travaux entrepris, font, en 1898, une étude intéressante de la situation géologique de l’endroit.
7) (4 Diaclases
Fig. 2. — Situation des sources thermales de l'Echaillon-les-Bains.
D’après J, Revir.
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D’après S. TRUCHET,
72 +8 PE En 1902, avec M. J. Tronel, concessionnaire des ‘bains, nous avons des améliorations importantes. Un édifice solide, confortable, est créé, comprenant une salle de douches et huit cabines avec baiïignoires.
L’esplanade est nivelée, sablée.
Aujourd’hui, on songe à un nouveau captage des eaux de l'Echaillon et, du fait de la radio-activité des sources. des modifications en vue du traitement sur place (emanatoria) seront apportées à l’établisse-
ment.
Etat des Sources
Signalons de suite l’ancien bassin construit vers 1741 par le roi Charles-Emmanuel II de Sardaigne, situé à quelques mètres de l’établissement, en remontant la rive droite de l’Arc et non utilisé. Carré, de petite dimension, formé de dalles épaisses, il renferme les deux sources célèbres au temps de Favre: la supérieure, source Caroline, et l’inférieure, source Vittoria. Leur débit est insignifiant. La première proviendrait d'une faille indépendante, et la deuxième de la même faille que les sources des bassins actuels, car par l'épuisement de ceux-ci, elle cesse de donner.
Les sources aujourd’hui captées déversent leurs eaux en deux bassins, complètement fermés, séparés l’un de l’autre par un mur de maçonnerie.
Le Reres
Le bassin chaud est le plus important par le débit : 600.000 litres en 24 heures, et la thermalité : 39°. Il est bâti sur alluvions, la quantité d’eau émise n’ayant pas permis à Pitavino et Lippmann d’en faire reposer les murs sur le rocher. Le sondage fait en 1902 s’enfonce sur 2 m. 45, verticalement, jusqu’au roc. « Le forage, disent les entrepreneurs dans leur rapport, a été tubé par deux tuyaux en tôle concentriques, ayant ‘respectivement 210 et 165 "#1 de diamètre intérieur, dans l'intervalle desquels on a coulé, pour amener l’étanchéité des parois, un béton de ciment. »
Le tube central a été percé de trous à sa partie inférieure et s'élève de quelques centimètres dans une sorte de chambre souterraine de. 200 mc. environ. Autour du griffon principal ont été réunis des griffons secondaires et leurs eaux arrivent en un même point dans le bassin, qu’un canal de décharge relie au torrent.
Dans le bassin Fodéré, nous ne voyons pas d’allu- .vions, pas de dallage en ciment. Les eaux y sourdent de la roche même, au pied d’une diaclase très visible. Le débit est faible.
Le thermomètre, au griffon principal, accuse 34°5. La température inférieure constatée pour ce bassin lui a fait donner le nom de bassin froid. ,
Différentes hypothèses ont été émises pour expliquer cette différence de température. La plus répandue repose sur l’arrivée au bassin d’un filet d’eau minérale n’ayant pas atteint des profondeurs aussi grandes que celle des griffons voisins, et par conséquent demeurée froide,
Le nouveau captage projeté détruira toute suspicion au sujet des infiltrations d'eaux étrangères (1). Les murs des chambres souterraines seront descendus jusqu’à la roche même et, les alluvions enlevées, on isolera les eaux à leur point d’émergence. La thermalité et le débit seront certainement augmentés (2).
Le. —
Nature des Eaux
Les eaux de l’Echaillon sont classées parmi les eaux chlorurées sulfatées, thermales, que l’on rencontre en de nombreux endroits dans les Alpes françaises.
Résultant d’infiltrations météoriques, selon MM. Kilian et Revil, elles se minéralisent, nous avons dit, dans la bande de terrain triasique gypsifère et légèrement salifère, qui affleure au-dessus de Montandré et de Champessuit. Elles pénètrent en profondeur par des fissures de roches cristallines où elles acquièrent leur thermalité. Elles remontent, grâce à la pression hydrostatique des eaux froides descendantes plus denses, dans les fentes du granite et viennent sourdre des diaclases de schistes cristallins d’où elles gagnent les alluvions de l’Arc.
Fantoni, autour de 1700, et Bianchi, vers 1740,
(1) L'eau qui suinte d’un des murs du bassin chaud est identique à celle du griffon principal.
(2) Le tube Pitavino ne recueille qu’une partie des eaux cou-
lant à la surface du rocher. Le reste se perd dans les alluvions de l’Arc. Ê
AECET Le
firent quelques essais analytiques sur ces eaux. En 1822, Giobert donna ‘les principes minéralisateurs suivants :
Acide carbonique libre.
Carbonate soluble de chaux.
Carbonate soluble de magnésie.
Carbonate soluble de fer : peu.
Sulfate de soude.
Sulfate de magnésie.
Sulfate de chaux: peu.
Muriate de soude.
Muriate de chaux: peu.
Muriate de magnésie: peu.
« Les eaux de l’Echaillon, dit Giobert, sont très évidemment ‘acidules. Elles rougissent promptement et / assez fortement le papier coloré par la teinture de
tournesol. »
Cette réaction, aux Bassins Chaud et Fodéré, fut pour nous négative. Les eaux ont subi des variations dans leur composition, et les résultats de nos analyses apporteront la preuve du changement.
La température au Bassin des Ducs de Savoie était, toujours d’après Giobert, 31 à 32 degrés, échelle de Réaumur. « Plusieurs, parmi les habitants, affirmaient l'avoir observée brûlante. » ,
© « La pesanteur spécifique » accusait 1002.
Pour le chimiste piémontais, les sédiments déposés par le repos n'étaient que « très peu de molécules. de sable très fin ». « Un mélange de gaz acide carbonique et d’un fluide aériforme moins bon que Pair
commun » constituait « le gaz qui agite les eaux à leur source », dans lequel il ne chercha pas à déterminer la proportion d’oxygène et d’azote.
En 1811, Calloud et Mottard, dans le « Journal de Savoie », signalèrent la présence de l’iode dans les eaux de l’Echaillon.
Une analyse faite en 1881 par M. Carnot, au labo-
ratoire de l'Ecole des Mines, indiqua :
ACide carbonique bre rene 0 gr. 0281 Bicarbonate détchaux de Ne rernrne 0 gr. 6379 Bicarbonate de magnésie .......... 0 gr. 0460 Bicarbonate de protoxyde de fer.... 0 gr. 0160 Chlorure de sodium........ ET La 3 gr. 6071 Chlorure-delpotassiimm "70 0 gr. 0275 Chlorure de DIU er traces S'UIÉAtEs es CHALET AS PRE AT ENS 0 gr. 8447 SUIEAte de MAMNESICN NS EN TARA 0 gr. 3351 Sulrate/dersouders rer RSR 0 gr. 2206 DL CO ER I PACA TR PAR DE PRES 0 gr. 0425 Matières OTBATIQUES ACT ARE traces TOTAL He SR ERRGEE 5 gr. 8009
Quelques critiques s’étant élevées sur le mode de prélèvement des eaux pour cet examen, on procéda, en 1885, à un envoi, avec toutes les précautions exigées, à l'Académie de Médecine.:Les résultats donnés
furent, par litre : j
{ Bicarbonaterde}chauxee ere 0 gr. 624 Bicarbonate de magnésie ........... - 0 gr. 030
Bicarbonate defense pets 0 gr. 018
Réhlortre/deSodiunnue Lit dure 3 gr. 400 Date de Cha Ein. 0 gr. 792 Sulfate de magnésie ......... RRRUE 0 gr. 040 Midahhse. ii. der ROSE MTL SsbrAtT 0 gr. 230 SES DURS AN ENT |... 0 gr. 040
ORTA RSR ARS 1 VOL ST Er
Le 3 août 1924, nous fimes à l’Echaillon un prélèvement, aux bassins Chaud et Fodéré en vue de certaines déterminations physiques et chimiques. La quantité de chlorure de sodium se révéla notablement supérieure à celle trouvée par l'Ecole des Mines et l'Académie de Médecine.
L'analyse, sur un deuxième prélèvement du 9 septembre, confirma la variation subie, et comme celleci se rapporte surtout au chlorure de sodium (5 gr. 733 par litre au bassin Chaud) (1), on peut l'expliquer par le fait que certaines fissures ou poches, dans les terrains salifères traversés, se sont agrandies avec le temps, et offrent une plus grande surface de contact aux eaux, qui s’y chargent naturellement dans ‘une plus forte proportion de sel.
Allant plus loin dans nos recherches analytiques, nous rencontrâmes cet élément important non encore signalé : l’arsenic.
En octobre, de l’eau prélevée spécialement nous permit de décéler de façon très nette le brome et l’iode. De ce dernier, depuis Calloud, on n’avait plus
(1) 5 gr. 879 NaCI par litre au griffon Fodéré. 5 gr. 670 NaCI par litre au bassin Fodéré (mélange des eaux du griffon Fodéré et de griffons secondaires).
reparlé et on avait conclu à sa présence intermittente dans les eaux thermales de l’'Echaillon, par infiltration des eaux d’une source voisine iodurée.
Le lithium, le manganèse, l’aluminium enfin, existent à l’état de traces manifestes.
Nous verrons plus loin que la source Fodéré (notre prélèvement y a été fait au point de sortie de la roche même), diffère peu de la source Chaude, soit par la température, soit par la composition.
Les quelques auteurs parlant des sédiments les ont dit contenir des sels de fer, de la chaux, de la silice.
Nous y avons caractérisé l’arsenic, en assez forte quantité, puis le magnésium, l’aluminium, des traces de cuivre et de manganèse. Il ne nous a pas été possible, par contre, d'obtenir les réactions du baryum et du strontium.
Savoir en quelle combinaison était l’arsenic dans ces dépôts nous a paru intéressant, et à l’examen nous nous sommes trouvés en présence de composés oxygénés et non d’arséniures.
Au bassin Chaud, les gaz spontanés, ce mélange de gaz acide carbonique et de fluide aériforme de Giobert, se dégagent en abondance.
L’acide carbonique et l’oxygène y sont en faible pourcentage par rapport à l’azote. Point de méthane, point d’hydrogène. La détermination des gaz rares (1) a été confiée à M. Lepape, chef du laboratoire de chimie de M. Moureux, au collège de France.
() Voir plus loin.