‹ GeologieChapitre 27 sur 115 · Baie Orange, Anse de la Forge · texte numérisé non relu

Baie Orange, Anse de la Forge

Du côté Nord du promontoire qui sépare l'anse de la Mission de l'anse de la Forge, se trouve une caverne ou grotte, de 9" à 10™ de longueur, 2™ de largeur et 2",5o de hauteur, produite probablement par la dislocation des roches environnantes. Les parois de la caverne ne sont pas constituées par une roche massive, mais par d'énormes blocs empilés, ce qui explique que, sur un aussi petit espace, nous ayons recueilli trois types de roches assez différentes quand on les examine au microscope. Mais à l'œil nu tous les échantillons paraissent identiques : c'est toujours une roche granitoïde, à grains blancs et vert foncé, très résistante au marteau.

Au microscope, nous y trouvons les trois types suivants : i^ Diabase labradorique à structure ophitique, à éléments intacts;

Mission du cap Horn, IV. 25

2® Diabase labradorique quartzifere avec structure ophitique moins accentuée que dans le cas précédent;

3** Enfin, diorite andésitique quartzifere avec feldspath très décomposé et amphibole fréquemment changée en chlorite et épidote.

Diabases. — Les diabases en question ne nous ont offert rien de particulier.

Diorite andésitique quartzifere. — Les diorites, en outre de Toligoclase, contiennent de Torthose et du mica noir très fortement altéré. Le fer titane est commun dans tous ces échantillons.

L'une de ces diorites nous a présenté, au milieu de sa masse, une plage très étendue formée par un magma d'apparence microgranulitique, à grands éléments composés de quartz, d'orthose et d'oligoclase. Il est probable que ce morceau n'est autre chose qu'un fragment de microgranulite enclavé dans la diorite.

Ces blocs ont, quelques-uns, des dimensions qui dépassent ioo™S et reposent sur un sol formé aussi par une diorite andésitique quartzifere.

Tuf andésitique. — Près de l'extrémité Nord de l'anse de la Forge, la côte présente une petite falaise baignée par la mer et séparée du massif principal de cette côte par une fissure profonde, large de i".

Cette petite falaise est constituée par une roche noire, compacte, ayant l'apparence d'une lave altérée, ne laissant apercevoir, même à la loupe, aucun élément cristallin.

Au microscope, on reconnaît que cette roche est un tuf composé de débris volcaniques divers dont quelques-uns sont intacts, tandis que d'autres sont profondément altérés. Les mieux conservés représentent en général des débris d'andésite à pyroxène.

Dans ces fragments, on aperçoit du labrador en grands cristaux, de l'augite, du fer oxydulé en grands cristaux et en microlithes, enfin des microlithes d'oligoclase d'environ o"",o6de long, très nombreux, alignés fluidalement.

Dans ces échantillons, la matière amorphe est peu abondante. Dans d'autres échantillons également andésitiques, elle prédomine au con-

BAIE OBANGE. 99

traire sur les microlithes, et alors elle est généralement très altérée, souvent serpentinisée, d'autres fois chargée de quartz. La proportion de granules de quartz est quelquefois telle que le fragment prend Tapparence d'un débris de microgranulite.

La coloration de la matière vitreuse et le développement du fer oxydulé sont aussi extrêmement variables. De là, des différences très marquées dans la coloration des divers fragments soudés ensemble. Il en résulte que, dans une même préparation, on peut observer toutes les variétés possibles d'andésite.

A côté de ces fragments, et soudés avec eux, on observe aussi dans ces tufs des débris de la roche que nous allons décrire ci-aprës, et dont la constitution contraste avec celle des andésites dont il vient d'être question.

Labradorite àpyroxène. — La roche dont il s'agit constitue le massif principal de la côte au Nord de l'anse de la Forge.

C'est une labradorite à pyroxène fortement altérée, traversée par des veines de calcite et renfermant des géodes de calcédoine.

Les grands cristaux sont souvent brisés, disloqués, comme s'ils avaient subi des actions mécaniques puissantes.

Les microlithes sont courts, souvent rectangulaires, peu maclés et parfois même simples. Les microlithes rectangulaires, très courts, presque carrés, s'éteignent, pour la plupart, très obliquement.

Il est difficile de distinguer ces microlithes d'avec les débris des grands cristaux qui les accompagnent en grande quantité et qui, eux aussi, affectent souvent des formes régulières résultant de la facilité des clivages du feldspath. Cette difficulté est encore augmentée par ce fait que les grands cristaux et les microlithes appartiennent à la même espèce feldspathique, au labrador.

Notons aussi que, dans les préparations examinées par nous, la proportion de matière amorphe était considérable, ce qui faisait ressembler un peu les échantillons à certaines obsidiennes riches en grands cristaux brisés, et pauvres, au contraire, en microlithes.

Enfin, nous ferons remarquer que les échantillons recueillis dans ce massif pourraient bien n'être que des blocs d'une brèche comparable à

iOO MISSION DU CAP HOR?f.

celle qui a été décrite ci-dessus. Le voisinage du massif et de la petite falaise, la similitude générale d'aspect des échantillons recueillis dans ces deux points, la présence de fragments de labradorite dans le tuf de la petite falaise, tendent à justifier cette conclusion. Si cette opinion est juste, on devrait en conclure que toute cette portion de la côte est formée par un tuf principalement andésitique, mais contenant aussi dans sa masse des débris d'une roche labradorique. Ce serait le résultat complexe de la soudure de particules pierreuses d'origines diverses.

Cette conclusion est encore corroborée par ce fait que l'on voit en saillie, au milieu de la roche d'apparence massive, des blocs évidemment de provenance étrangère. Deux de ces blocs, très compacts, noirs, à formes arrondies comme des cailloux roulés, nous ont présenté les caractères suivants.

A l'état de grands cristaux, on y trouve du labrador bien conservé, chargé d'inclusions vitreuses. On y trouve aussi de l'augite, inaltérée dans l'un des échantillons, épigénisée en chlorite et en calcite dans l'autre, du fer oxydulé abondant en grands cristaux et aussi en microlithes.

Le labrador en microlithes est peu abondant et se distingue mal des débris des grands cristaux.

Mais ce que ces roches ont de particulier, c'est le développement du quartz dans la matière amorphe, de telle sorte qu'elles passent aux* dacites. Ce quartz s'y montre sous forme de lamelles très minces, soudées entre elles par quelques points de leur pourtour, se présentant tantôt sur la tranche et tantôt à plat, et disposées par plages d'environ un millimètre de diamètre. Au premier abord, on pourrait croire que l'on a affaire à des microlithes feldspathiques aplatis suivant g* et en voie de développement. Mais il est à remarquer que toutes les lamelles, vues sur la tranche, ont un signe d'allongement positif, et, de plus, qu'en général l'extinction se fait simultanément dans toute l'étendue d'une plage, ce qui exclut l'hypothèse de lamelles feldspathiques aplaties suivant g^ et soudées ensemble.

Sable feldspathique . — On rencontre dans l'anse de la Forge une assez belle plage de sable, de 60" de longueur sur 10" de largeur, analogue

BAIE ORANGE. iOl

au sable que nous avons décrit dans la baie Bourchier (p. 94), sauf que celui-ci est plus riche en feldspath.

18 Baie Orange, Anse à TEau.

Andésite à pyroxène . — A la pointe Sud de l'anse àrEau(\Vater Cove des Cartes anglaises), se trouve, près de la mer, une falaise verticale de I o™ à 1 2™ de hauteur et 8"* à i o"" de largeur. Au pied de cette falaise, située à 1™ au-dessus du niveau des hautes eaux, sont de nombreux blocs détachés, altérés. La surface de la roche en place est très effritée parles infiltrations d*eaux pluviales; la roche est altérée à une grande profondeur et il n*a pas été possible d'obtenir des échantillons sains. Cette falaise présente des bancs paraissant verticaux.

La roche est d'un gris bleuâtre, compacte, à cassure cireuse. Dans l'un des échantillons, on distingue, à l'œil nu, de nombreux cristaux de feldspath strié d'environ un millimètre de long.

Au microscope, on reconnaît que c'est une andésite à pyroxène.

Les grands cristaux de labrador sont bien développés, intacts dans certains échantillons, fortement altérés dans d'autres.

Le pyroxène est peu abondant; le fer oxydulé est fréquent, surtout en microlithes.

Les préparations montrent encore de l'amphibole verdâtre, dichroïquc du jaune pâle au vert bouteille, entourée d'une couronne de fer oxydulé. L'angle d'extinction maximum des sections longitudinales est de 22^.

Le magma fondamental est essentiellement composé de microlithes d'oligoclase et de fer oxydulé. Les microlithes d'ôligoclase ont environ o™'",o5 de long et o™"',of de large. Ils sont simples ou en macles binaires, à extinctions longitudinales, disposés en traînées fluidales.

Mais, dans le magma, il existe en outre, en grande quantité, des granules de quartz, à formes arrondies, inégalement distribuée au milieu des microlithes. Nous les considérons comme des produits secondaires, au même titre que la calcite également très fréquente dans ces

Mission du cap Horn, IV. 20

échantillons. Il est d'ailleurs à noter que le développement du quartz et celui de la calcite semblent marcher parallèlement.

Andésite. — Dans la même localité, on voit une seconde falaise confinant à la précédente dont elle a sensiblement les dimensions et à laquelle elle fait face. La roche en place présente des bancs à peu près verticaux, dus probablement à des fentes de retrait; elle est également très altérée à une grande profondeur. Vue à Tœil nu, la roche est verdâtre, parsemée de points blancs de feldspath altéré. Elle est compacte.

Au microscope, on reconnaît que c'est une andésite semblable à celle qui vient d'être examinée, chargée également de produits secondaires : chlorite, calcite, quartz, encore plus abondants que dans les échantillons ci-dessus décrits.

Sable feldspathique, — Au fond de l'anse à l'Eau, se trouve une assez grande plage de sable; elle nous a fourni plusieurs échantillons que nous avons soumis à l'examen microscopique.

Le sable recueilli au bord de la plage, à la limite inférieure de la marée, est de couleur gris clair, très fin, doux au toucher. Au microscope, il se montre presque entièrement composé de lamelles feldspathiques d'environ o"""io5 de diamètre, d'apparence très fraîche; la plupart sont aplaties suivant g^ et ne sont pas maclées; l'extinction s'y fait à 8** de l'arête /?o^*. Cette direction correspond au plus grand axe d'élasticité {ip). Le plan des axes optiques est perpendiculaire à cette face g\ Le feldspath en question est donc de l'orthose non déformée. Quelques échantillons offrent les formes de la macle de Carlsbad. Quelques lamelles aplaties suivant /? présentent les caractères du microrline. La macle de l'albite n'est visible que sur un petit nombre d'échantillons, sans doute à cause de la tendance de ces lamelles feldspathiques à se coucher dans les préparations suivant la face d'aplatissement g\ L'angle d'extinction, de part et d'autre de la ligne (le macle, est de 1 3°, ce qui correspond au labrador.

Dans'ce sable nous trouvons, en outre, descristaux d'augite d'un vert foncé, dépourvus de polychroïsme, et quelques rares cristaux d'hypersthène en prismes allongés dichroiques dans les tons bruns. Nous

BAIE ORANGE. lO.'i

n'avons observé ni quartz, ni amphibole, ni mica noir, ni fer oxydulé, ni aucun débris organique.

Sur la même plage, à i o" de distance de la limite de la marée basse, on trouve un sable plus grossier composé des mêmes éléments; de même que le précédent, il ne contient pas traces de matière calcaire.

La partie Nord de cette plage de l'anse a TEau est traversée par une petite rivière dont l'embouchure a fourni des échantillons d'un sable assez grossier, de couleur noirâtre. Nous y voyons encore les mêmes éléments que dans les deux sables précédents, mais les feldspaths sont beaucoup plus altérés; ils sont devenus grisâtres, sont chargés de matières étrangères et ont perdu en grande partie leur action sur la lumière polarisée. Quelques-uns cependant sont intacts et, dans plusieurs de ceux-ci, nous avons pu reconnaître des lamelles de labrador aplaties suivantg^* etoffrant un angle d'extinction de 28** avec l'arête/?^*.

Page 1