Glacier Fouqué. Baie Fouqué
La baie Fouqué est un fiord étroit et profond, encaissé par de hautes montagnes, qui court Nord-Sud, à très peu près, et débouche dans le bras du Sud-Ouest du canal du Beagle, en séparant la presqu'île Cloué dé la presqu'île Dumas. Elle a 5 milles de longueur totale et seulement 5oo™ à 8oo"* de largeur. C'est évidemment le lit d'un ancien glacier, sans doute du glacier Fouqué lui-même qui s'est retiré peu à peu. Elle est profonde comme tous lesfiords, et ses rives sont couvertes de végétation; les officiers de la Romanche y ont trouvé des caracaras. Il y a, au Sud-Est, une petite plaine d'alluvions. La surface des roches de la côte Ouest est moutonnée. La tranche du glacier est très remarquable; il s'en détache constamment de petits glaçons. Les officiers de la Romanche sont montés le long du bord du glacier; la glace s'élève au-dessus des terres de plus de lo" à iS"*, en surplombant (t>oi> Hélio-
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gravures, PL 14). Dans les parties où le fleuve de glace devient horizontal, il est recouvert de neige et on ne devine plus sa présence qu'aux cassures bleues que forme chaque déclivité. De haut et de loin, on voit seulement une grande plaine de neige et de névés.
Ce glacier se jette à la mer latéralement sur la côte Ouest de la baie Fouqué, à peu de distance du fond du fiord. Il constitue l'embouchure d'un immense fleuve de glace qui, après s'être divisé en deux branches, va rejoindre les plaines de glace et de neige qui couvrent les hauts plateaux de la presqu'île Cloué. C'est un des glaciers les plus curieux du canal du Beagle. Sa tranche, à l'endroit ou il se jette à la mer, a environ 4^'" à 5o°" de hauteur; elle est verticale et sa largeur est de 200*" environ; comme on le voit, il est assez étroit, mais très haut. Devant sa bouche est une petite anse s'ouvrant dans le fiord Fouqué et toujours remplie de petits glaçons flottants. Le fond du fiord est formé par un isthme très élevé et de près de i mille de largeur, couvert de neige durcie et de glace, qui le sépare du fond du Webb Inlet.
La roche qui forme la muraille au Nord-Est du glacier peut avoir de 4o" à 6o"* de hauteur, tout au plus, surtout vers l'entrée du petit bras ou son niveau s'abaisse. Elle est constituée par le granité à amphibole décrit ci-dessous, qui s'y présente en masses irrégulières, recouvertes en partie de mousses et de lichens. La même roche se présente à la pointe Sud de la petite anse de l'embouchure du glacier. Les schistes dominent sur la côte Est du fiord, tandis que les roches granitoïdes se rencontrent surtout sur la côte Ouest.
La majeure partie des roches qui ont été recueillies par M. le D** Hahn sur les bords de la baie Fouqué sont des roches schisteuses ou au moins stratoîdes, pour la plupart amphiboliques. Mais leur aspect à l'œil nu et leur composition microscopique sont extrêmement variables. Il y a là évidemment une succession de dépôts métamorphiques très divers, dont les uns se rapprochent de la série des schistes argiloquartzeux dont nous avons déjà décrit plusieurs spécimens, tandis que d'autres se rapprochent davantage de la série des gneiss amphiboliques, ou même de celle des micaschistes, sans atteindre cependant les types normaux de cette série. En outre, au milieu de ces produits stratifiés, se montrent deux massifs, l'un de granité amphibolique.
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l'autre d'amphibolite dont la surface de séparation est représentée par un plan vertical dirigé Nord et Sud, c'est-à-dire dans le sens de la stratification générale du terrain de la localité. Nous reviendrons dans un instant sur ces deux roches pour lesquelles, dès maintenant, nous faisons toutes nos réserves.
Schiste quartzeux avec epidote. — Parmi les roches schisteuses, la première que nous décrirons a été recueillie à i5o™ du glacier, près du bord de la mer. C'est une roche blanche, nettement stratifiée, à cassure grenue, dans laquelle, à la loupe, on distingue des grains de quartz d'environ o"'°,2, quelques cristaux brunâtres plus petits, indéterminables à la loupe et des lamelles de mica blanc disposées par lits; il va en outre du mica noir fortement altéré. Au microscope, on reconnaît qu'effectivement la roche est essentiellement quartzeuse, les lits de mica étant très minces et peu nombreux. Le minéral brun est de l'épidote et, en outre, on aperçoit quelques débris de feldspath triclinique. On a donc affaire ici à une sorte d'arkose essentiellement quartzeuse.
Quartz. — Au milieu des roches amphiboliques que nous allons décrire ci-après se trouvent aussi des veines presque entièrement composées de quartz avec quelques paillettes de mica blanc et quelques petits prismes de tourmaline.
Schiste quartzeux épidolifère. — Le passage aux schistes amphiboliques se fait par une roche schisteuse composée de lits alternatifs, les uns blancs, les autres a teinte verdâtre;les premiers sont essentiellement quartzeux, les seconds sont formés par des agglomérations de quartz, de feldspath et d'épidote. Dans les parties quartzeuses, outre les grains de quartz qui ont o"*™,oi à o"*™,o2 de diamètre, on observe des sphérolithes pétrosiliceux qui, examinés avec une lame de quartz parallèle, se montrent composés en partie de quartz et en partie de feldspath. Dans les zones verdâtres de la roche, ces sphérolithes se montrent encore, accompagnant des cristaux d'épidote et d'oligoclase associés avec des concrétions quartzeuses. Ces cristaux ont en moyenne o™"*,o6 à o'""',o8. Enfin la roche contient en outre quelques fragments
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de quartz et des enclaves de serpentine dont les dimensions vont jusqu'à 2""» et 3"
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Gneiss amphibolique. — Nous arrivons maintenant aux roches voisines des gneiss amphiboliques. La première que nous considérerons a été recueillie à 120*" d'altitude sur le glacier Fouquéj Elle doit être considérée comme représentant un gneiss amphibolique normal. C'est une roche nettement stratoïde, très crisialline, dans laquelle, à l'œil nu, on reconnaît déjà l'amphibole et le feldspath qui l'accompagne. Au microscope, ces caractères se voient encore plus nettement. La roche se montre composée de cristaux d'amphibole, d'oligoclase, d'environ o""",2 de long sur o"™,i de large, très brisés comme s'ils avaient subi des actions mécaniques puissantes, alignés dans une direction dominante et associés à des plaques de quartz moulées sur le feldspath et l'amphibole. La roche renferme en outre des grains nombreux de fer oxydulé et de la pyrite secondaire. L'amphibole est vert-bouteille assez fortement dichroïque dans des tons qui varient du brun clair au vert foncé. Les extinctions maxima de l'amphibole se font à environ 3o° de la direction d'allongement.
Amphibolite schistoîde. — Une amphibolite schistoïde, dont les couches sont dirigées Est-Ouest, a été recueillie près du glacier. Cette roche, vue à la loupe, parait très cristalline. On y reconnaît un élément fcldspathique blanc, du quartz en granules, de l'amphibole, du mica noir, de la pyrite. La division de la roche en lits parallèles est des plus nettes. Examinée au microscope, la roche offre les plus grandes variétés de composition suivant les bandes que l'on considère, par suite de la variation dans le degré de fréquence des éléments qui s'y observent, plutôt que par suite de différences dans la nature de ces éléments. Les lits de couleur blanche sont essentiellement composés d'oligoclase, de quartz et de mica noir. Dans les lits de teinte foncée, les uns sont caractérisés par la prédominance de l'amphibole, les autres par celle du mica noir associés, dans les deux cas, à du fer oxydulé et à de la pyrite. Le fer oxydulé est très abondant à l'état d'inclusions dans le mica et dans la hornblende, mais il s'observe, en outre, dans l'intervalle de ces cristaux. L'amphibole offre cette particularité curieuse qu'en lumière
naturelle ses sections vues au microscope sont presque incolores, son polychroîsme est insensible; elle est en cristaux allongés qui ont jusqu'à a"™ de long, bien caractérisés par leurs formes et leurs clivages, souvent maclés et présentant des extinctions qui vont jusqu'à 21°. Le mica noir, vu en lumière naturelle, est brun clair; son polychroîsme est beaucoup moins intense que dans les échantillons habituels de ce minéral. Il est à deux axes très rapprochés. Le quartz, riche en inclusions aqueuses à bulle mobile, moule les autres éléments.
La roche est donc encore un gneiss amphibolique, remarquable seulement par les particularités minéralogiques que présentent l'amphibole et le mica noir.
Le gneiss amphibolique qui vient d'être décrit représente, pour ainsi dire, le type moyen de la série des roches amphiboliques recueillies sur les bords de la baie Fouqué. Il nous reste maintenant à signaler les échantillons qui s'écartent de ce type moyen et qui paraissent se présenter, dans le fiord en question, avec un assez grand développement.
MicrogranuUteà amphibole. — Un échantillon recueilli sur la rive Sud du glacier Fouqué va nous offrir, à l'œil nu et au microscope (voir PL IX, fig. i), tous les caractères d'une microgranulite à amphibole. A l'œil nu, la roche est porphyroïde, elle est parsemée de grands cristaux de feldspath qui ont environ un demi-centimètre de long et 2'°™ à jmm jg large; de cristaux d'amphibole plus petits, mais dont les dimensions moyennes sont encore de plusieurs millimètres; de grains de quartz ayant à peu près les mêmes dimensions; puis, autour de ces grands cristaux, on voit un magma à grain fm, composé des mêmes éléments. Le feldspath en grands cristaux est de l'oligoclase; l'amphibole, de couleur vert-bouteille, souvent maclée, fortement polychroïque dans les tons vert et jaune brunâtre, présente la forme et les clivages normaux de la hornblende des amphibolites. Quelques échantillons sont zones. Le quartz, en grands cristaux, a des contours irréguliers; il parait remplir des vacuoles plutôt que représenter un minéral du premier temps de consolidation; il est d'ailleurs peu abondant. Le magma fondamental de la roche, lequel constitue la formation du second temps, est au contraire extrêmement riche en quartz. Il est
composé de petits cristaux d'oligoclase, de hornblende en cristaux généralement imparfaits, et de quartz moulé sur les deux éléments précédents. Ces trois minéraux du second temps de consolidation ont en moyenne o~*°,o4 de diamètre. La roche, vue au microscope, ne présente aucune disposition régulière des éléments qui la composent, aucune tendance de ces éléments à se distribuer régulièrement dans un sens déterminé, et l'on serait en droit d'affirmer que cette roche est éruptive si l'examen, à l'œil nu, des échantillons recueillis n'indiquait une disposition stratoïde grossière.
Granité à amphibole. — Un autre échantillon recueilli sur le même glacier, à loo™ d'altitude, s'éloigne encore davantage du type normal des gneiss amphiboliques; soit qu'on le considère à Tœil nu, soit qu'on l'examine au microscope, il offre tous les caractères d'un granité amphibolique. C'est une roche à grain moyen où l'on distingue, à l'œil nu, le feldspath, le quartz et la hornblende en cristaux ayant environ ^min j^ îjiDDi jg j^pg gyp jinra j^ large. Au microscope, on reconnaît que
la roche contient, en outre, du mica noir grossièrement aligné comme la hornblende, suivant des lits parallèles entre eux et en individus étirés et contournés comme on l'observe habituellement dans les gneiss. A ce point de vue, cette roche se rapproche plus que les précédentes des gneiss amphiboliques : la rareté de l'orthose dans la roche confirmerait ce rapprochement. Mais, d'autre part, certaines parties des préparations, riches en grandes plages de quartz moulées sur les autres éléments, font tout à fait ressemblera roche à un granité à amphibole. On peut donc, comme dans le cas précédent, douter si l'on a affaire à une roche stratifiée métamorphique ou à une roche éruptive. Les observations sur le terrain auraient pu seules trancher la question d'une façon rigoureuse; malheureusement, les observations faites ne fournissent pas de documents suffisants pour résoudre le problème. Tout ce que nous savons, en effet, c'est que ces roches granitoïdes, à stratification douteuse, sont en contact avec des roches nettement schisteuses suivant un plan vertical parallèle au plan de stratification de ces dernières. Nous savons même, de plus, que les traces d'alignement des minéraux qui composent les roches granitoïdes sont parallèles à ce plan
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de stratification. Ces données sont évidemment insuffisantes pour nous permettre de décider si l'on a affaire à des roches éruptives interstratifiées dans une série métamorphique, ou bien à une série métamorphique unique formée de bancs de composition variée. Si Ton admet cette dernière hypothèse, on devrait voir, dans cette série de roches du (lord Fouqué et du glacier du même nom, un ensemble de roches schisteuses métamorphiques de cristallinités très diverses et n'ayant, pour ainsi dire, qu'un caractère commun, à savoir la fréquence de l'amphibole.
Il nous reste cependant à signaler encore un fait curieux, qui va ressortir de la description de deux roches de la même série, qui nous restent à décrire. Ce fait, c'est que, parmi les roches métamorphisées, celles qui sont en contact immédiat avec le type le plus granitoîde de la série sont précisément les plus schistoides et les plus microlithiques, c'est-à-dire celles qui s'éloignent le plus du type granitoîde.
Amphibolite. — La première des roches à laquelle nous faisons allusion provient du glacier Fouqué et a été recueillie à 20*" d'altitude. C'est une roche d'un gris foncé, grenue, cristalline, ayant l'apparence d'un gneiss amphibolique normal, alternant avec des lits de couleur blanche très feldspathiques. La partie verte de la roche, qui en est la principale, vue au microscope (voir PL IX, fig. 2), est composée d'amphibole, d'oligoclase, de fer oxydulé et d'un peu de quartz. Les cristaux, qui ont environ o""", 1 de long sur o*"", o5 de large, sont alignés dans une même direction. La structure est celle des gneiss amphiboliques normaux avec une disposition schistoïde plus marquée. Dans la partie blanche, qui semble résulter d'une pénétration par voie d'intercalation entre les lits de la partie verte, on aperçoit des grands cristaux d'oligoclase d'environ o'"*",5, environnés de plages de quartz à peu près d'égales dimensions et mélangés avec des débris d'amphibole clairsemés.
Andésite amphibolique. — L'allongement des cristaux et leur alignement régulier deviennent encore beaucoup plus évidents dans la roche noire, compacte, très finement cristalline, en contact immédiat avec le granité à amphibole ci-dessus décrit. La roche montre, au microscope.
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tous les caractères d'une andésite amphibolique» et cette détermination semble encore confirmée par ce fait que les cristaux de la roche à faciès microlithique sont distribués dans une matière amorphe abondante, parsemée d'une poussière de débris extrêmement fins de feldspath et d'amphibole dont chaque élément a au pluso"""»oi. De même que pour le granité ci-dessus décrit, nous voyons se dresser devant nous la question de savoir si cette porphyrite est véritablement une roche éruptive, ou si ce n'est pas plutôt un des schistes de la région ayant subi une puissante action métamorphique.
Mais on peut encore admettre une autre hypothèse, plus absolue que les deux précédentes : on peut, en effet, supposer que, de toutes ces roches, le granité à amphibole est la seule roche éruptive, et alors c'est à lui qu'on attribuerait le métamorphisme de toutes les roches schisteuses de la contrée. D*après cette opinion, les échantillons de gneiss amphibolique, de microgranulite à amphibole et d'andésite amphibolique du fiord et du glacier Fouqué appartiendraient à la série géologique des schistes ardoisiers de la même région, et leur métamorphisme extrêmement prononcé serait dû à l'action du granité à amphibole, qui serait alors la seule roche éruptive de ce district. C'est l'opinion que l'on est tenté d'adopter, en comparant cette série à celle du lac d'Aydat (Auvergne).