Ile Grévy : cap Hall
AmphihoUte schisteuse. — Le cap Hall, au Nord de Tile Grévy, la plus septentrionale des iles Wollaston, est constitué par des couches schisteuses relevées verticalement et se présentant sur leur tranche. L'épaisseur de ces bancs est d'environ o°*,5o à o™,6o; ils sont entaillés dans le sens vertical par des cassures obliques par rapport au plan de schistosité et offrent, par suite, sur leur tranche une série d'angles saillants, de telle sorte qu'ils ressemblent de loin à une colonnade prismatique ne différant des colonnades de basalte ordinaires que par l'acuité de l'angle dièdre qui se présente en avant. La plus grande hauteur de ces bancs est de 60™ à 80™ et ils vont en diminuant graduellement de chaque côté, sur un espace d'environ 3oo°* à 5oo™ de longueur.
La roche qui compose ces colonnes est d'un gris foncé, à grain très fin, à cassure irrégulière; par le choc du marteau elle se divise en plaquettes épaisses de quelques centimètres. A la loupe, on reconnaît qu'elle est cristalline, sans pouvoir distinguer les éléments dont elle est formée. Au microscope, elle présente la composition et la structure habituelles aux schistes amphiboliques, avec cette particularité que le quartz y est très abondant. L'amphibole, très fréquente, est en lamelles allongées, déchiquetées, alignées en traînées parallèles; elle est de couleur vert clair, médiocrement polychroïque. L'angle d'extinction maxima dans les sections longitudinales est d'environ 20^. Le feldspath est rare; sa présence est même douteuse dans certains échantillons. La matière amorphe existe en grande quantité dans la roche et renferme de nombreuses lamelles de chlorite. Quelques échantillons sont riches en quartz. En somme, le minéral qui domine de beaucoup dans
Mission du cap Horn, IV. 44
la roche est l'amphibole. Mais les caractères qu'y affecte ce minéral sont tels que l'on doit considérer la roche comme un schiste métamorphique. L'état déchiqueté du minéral, sa distribution en traînées parallèles, peuvent être regardés comme indiquant bien plutôt la structure schisteuse d'une roche métamorphique que la disposition fluidale d'une roche éruptive.
Les officiers de la Romanche qui ont visité cette localité ont au premier abord considéré cette roche comme une roche éruptive; ils y ont vu une roche volcanique divisée en prismes verticaux à section quadratique, sans divisions transversales, cette section figurant un parallélogramme dont l'angle aigu serait dirigé en avant de la falaise. Les photographies qui ont été prises k bord de la Romanche sembleraient justifier cette manière de voir. En effet, en jetant un coup d'oeil sur les épreuves de ces clichés, on est frappé de la régularité de la division verticale de la roche dans toute l'étendue de l'escarpement et surtout dans la partie orientale, où un éboulement a mis à nu une hauteur considérable de la roche. Cependant les officiers de la Romanche^ à l'inspection à l'œil nu des échantillons recueillis par eux, avaient déjà reconnu qu'ils n'avaient pas affaire à un basalte, et l'examen microscopique prouve nettement qu'il s'agit ici simplement d'un schiste métamorphique.
Le terrain qui recouvre la colonnade est masqué par la végétation.