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TERRE DE FEU : MONT SARMIENTO

Le mont Sarmiento est la plus haute montagne de la Terre de Feu (2073"*), sur la côte Ouest de la grande île, au fond du Magdalene Sound (wir pi. 16, 17 et 18). L'éperon qui sépare les deux glaciers de cette superbe montagne a fourni à M. Lovisato une roche verte, compacte, à grain fin.

Porphyrite andésitique ou andésite. — Au microscope, on reconnaît que la roche est microlithique. Dans une matière amorphe, incolore, sont alignés fluidalement des microlithes d'oligoclase ayant environ o"*™, I de long, généralement peu maclés, montrant quelquefois cependant la macle de l'albite. La roche contient en outre quelques grands cristaux du même feldspath. On y voit aussi des grains d'épidote et des plages de chlorite.

L'altération de la roche et son aspect général semblent en faire plutôt une porphyrite qu'une andésite. En l'absence d'indications stratigraphiques, il est impossible de nous prononcer entre ces deux catégories de roches.

D'après M. Lovisato, les roches qui prédominent dans la grande moraine frontale du second grand glacier du mont Sarmiento (voir PI. 16) sont les diorites, les amphibolites, les gabbros, les roches chloritiques, etc.; les roches serpentinisées font défaut. La pyrite de fer est abondante dans toutes ces roches.

Schistes amphiboliques. — Cette moraine a fourni un schiste amphibolique dans lequel on remarque, à l'œil nu, des cristaux d'amphibole

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longs de plusieurs centimètres, et composant essentiellement la roche. Cette amplîibolite est verte, assez fortement polychroïque dans les tons verts; son angle d'extinction maximum dans les sections longitudinales est de 17°. Ces cristaux sont réunis par un ciment formé de labrador, de sphène, d'épidote, de muscovite et de quartz. La muscovite et Tépidote dominent parmi ces éléments; ils englobent le sphène et le labrador.

Un autre échantillon, recueilli dans la même moraine, provient d'une roche très compacte, de couleur verte, à grain fin. Au microscope, on reconnaît que c'est un schiste à amphibole et épidote, qui ne diffère du précédent que par la finesse et l'uniformilé des grains qui le composent. On y remarque, en outre, des sections allongées d'un minéral altéré indéterminable.

A la même série, il faut rattacher un schiste vert/ très compact, parsemé de taches rougeâtres, provenant également de la moraine frontale du second grand glacier du mont Sarmiento. Au microscope, on y distingue des lits alternatifs d'amphibole verte en minces lamelles très déchiquetées, de quartz en granules irréguliers, et d'épidote.

Schiste quartzeux épidotifère, — Cette moraine a fourni encore des échantillons d'une roche verdâtre et à grain très fin. Au microscope, on reconnaît que c'est un schiste quartzeux épidotifère; le quartz et l'épidote y sont distribués en lits parallèles dans lesquels il y a tantôt prédominance de l'un ou de l'autre. Le quartz englobe l'épidote; il se montre en grains irréguliers, intimement soudés. L'épidote est également en granules à contours irréguliers. Cependant, dans la préparation, on observe un filon d'épidote en plus grandes lamelles. Les cristaux ont en moyenne o™"",i de long; ils sont alignés dans la direction du filon et remplis d'innombrables aiguilles prismatiques de rutile d'une extrême ténuité. Nous signalerons encore, dans ce filonnet, une petite plage composée de cristaux d'actinote.

Cette roche peut être considérée comme un type de corne verte.

Schiste amphibolique , — Sur le côté Ouest du mont Garibaldi dans le groupe du mont Sarmiento (roir PI. 17 et 18), on trouve une roche

qui, vue à l'œil nu, est d'un vert foncé, compacte, très cristalline; elle semble composée presque exclusivement de petits cristaux d'amphibole. Cependant, en la pulvérisant et en la soumettant à l'action du barreau aimanté, M- Lovisato en a extrait du fer oxydulé et de la pyrite magnétique. Il y a reconnu' également la présence de la calchopyrite. Au microscope, on aperçoit dans cette roche, comme minéral dominant, une amphibole d'un bleu verdâtre, fortement polychroïque dans des nuances variant du jaune clair au vert bleuâtre. Ces cristaux d'amphibole sont enchevêtrés dans tous les sens; ils sont associés à de l'épidote. On observe encore des grains arrondis, irréguliers, d'un minéral opaque métallifère à contours arrondis,* irréguliers, moulé sur les autres minéraux, dont les bords extérieurs et les clivages sont remplis de granules doués d'une très forte biréfringence (sphène?). On trouve, comme éléments accessoires, du quartz, de l'oligoclase fortement altérée, chargée d'épidote et de chlorite.

Schiste amphiboUque. — Le versant oriental du mont Garibaldi est formé par un schiste d'un vert grisâtre clair, à grain très fin, cristallin. Au microscope, on reconnaît qu'il est essentiellement composé de petits cristaux d'amphibole verte, allongés dans une même direction comme des microlithes et étirés à leurs extrémités. A cette amphibole sont associés des cristaux nombreux d'épidote, de petites plages irrégulières de quartz, des cristaux d'oligoclase et de la calcite. Tous ces éléments sont irrégulièrement distribués dans la roche. Certains lits, par exemple, sont riches en oligoclase ou en calcite; d'autres en sont complètement dépourvus. Enfin la chlorite s'y montre encore assez fréquente, comme résultant de l'altération de l'amphibole. La roche contient aussi quelques grains de pyrite.

Au sommet du mont Garibaldi est un schiste grisâtre, a grain très fin, avec lits quartzeux. Le microscope y révèle la présence d'innombrables granules de quartz formant quelquefois à eux seuls des lits distincts, plus souvent mélangés à des granules d'épidote et à des petites paillettes d'un minéral verdâtre, à biréfringence moyenne et extinctions longitudinales, polychroïques; le signe d'allongement est positif; ce minéral est très probablement de l'amphibole. A ces miné-

raux sont associés, dans certains lits, des petits grenats extrêmement nombreux.

Aux schistes du mont Garibaldi sont associées des quartzites qui n'offrent rien de particulier à noter.

Sur le versant Sud-Ouest du mont Garibaldi, on a recueilli des échantillons d'un schiste foncé amphibolique et épidotifere. L'amphibole y est en grands cristaux déchiquetés, dont les débris allongés sont alignés dans le sens de la schistosité. Les lits de la roche se distinguent par les proportions relatives de l'amphibole, de l'épidole et du quartz.

Au-dessous, on a pris des échantillons d'un schiste compact, de couleur foncée, cristallin, qui diffère peu du précédent. Le seul fait qui mérite d'être signalé, c'est que les grands cristaux d'amphibole y sont fréquemment maclés et que, dans leur intérieur, on voit des cristaux d'actinote distribués irrégulièrement dans tous les sens, comme si la matière de l'amphibole elle-même avait subi un remaniement moléculaire et recristalljsé sur place.

En résumé, toute la série des roches que nous venons de considérer se rattache à la même catégorie de produits pétrographiques. Tous sont des schistes amphiboliques épidotiH^res. Ce sont les analogues des chlorito-schistes des Alpes. Cet étage est compris entre l'étage des schistes à minéraux et le cambrien proprement dit; il sert de lien à ces deux étages, et même est considéré par quelques pétrographes comme constituant la base du cambrien. Cependant on peut aussi y voir les représentants des cornes vertes du lyonnais; alors il faudrait les rattacher à un niveau plus élevé dans la série cambrienne.

ILES MAGILL. -- MONT SKYRING.

M. Lovisato a visité, dans les iles Magill, les pentes du montSkyring, du côté qui regarde le canal Cockburn.

Granité à amphibole. — La base du mont Skyring est formée par une roche granitoïde, grisâtre, à grain moyen, que, déjà à l'œil nu, on peut

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reconnaître comme étant un granité à amphibole. Au microscope, on y aperçoit tous les éléments habituels de ce genre de roche. La seule particularité qui mérite d'appeler l'attention est la présence d'actinote secondaire, distincte de l'amphibole en grands cristaux qui fait partie essentielle de la roche. Cette amphibole secondaire se montre particulièrement dans l'intérieur des feldspaths. Dans certains cas, il est difficile de la distinguer de l'amphibole primordiale de la roche dont elle possède toutes les propriétés physiques et dont elle ne différé que par la grandeur et la disposition de ses éléments.

Pegmatite. — La roche précédente est accompagnée d'un filon constitué par une sorte de pegmatite qui serait au granité précédent ce que la pegmatite normale est à la granulite. En effet, on y retrouve tous les éléments du granité à amphibole; seulement, en général, ces éléments sont plus profondément modifiés. Ainsi, les feldspaths sont chargés d'épidote et d'actinote, les grands cristaux d'amphibole sont entièrement transformés en actinote, irrégulièrement orientés dans le moule laissé par le cristal épigénisé.

Diorite. — Au milieu des roches granitoïdes qui forment la base du mont Skyring, on rencontre une roche amphibolique disposée en bancs réguliers. C'est une diorite composée essentiellement d'amphibole et d'oligoclase. L'amphibole est verte, polychroïque dans les tons vordàtrcs. L'angle maximum d'extinction dans les sections longitudinales est de 17". L'oligoclase est remarquable par les inclusions qu'elle renferme; elle est semée de ponctuations noires et de traits opaques alignés, comme on l'observe si souvent dans les variétés feldspathiques des gabbros (saussurite). Dans quelques grands cristaux d'oligoclase, on observe des plages arrondies d'amphibole formant des espèces d'aréoles : il semble qu'elle ait cristallisé dans le feldspath, après corrosion de celui-ci. La roche contient encore, mais en très faible proportion, un mica jaune clair, polychroïque dans les tons jaunes et, en grande partie, changé en chlorite. Enfin, elle renferme aussi du fer oxydulé, de l'épidote secondaire et du quartz.

Un deuxième échantillon provenant du mont Skyring, recueilli par

Mission ffu cap Horn, IV. iJO

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M. Lovisato, est également une diorite qui ne diffère de la précédente que parce qu'elle est a grain très fin. L'amphibole verte et l'oligoclase y sont encore les éléments dominants, mais le quartz et surtout le mica jaune brunâtre y sont bien plus fréquents. Le mica est moins polychroïque que la biotitc normale, ses teintes varient seulement du blanc au brun clair; nous avons pu, du reste, nous assurer qu'il était sensiblement à un axe et négatif.

Un autre échantillon du mont Skyring fait voir la diorite à grain fin empâtée dans un granité à amphibole identique à celui qui a été décrit ci-dessus.

En résumé, sur les flancs du mont Skyring, on observe du granité à amphibole et de la diorite; et, de plus, on constate que la diorite est antérieure au granité, puisqu'on l'observe enclavée dans la masse de celui-ci.

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