AVERTISSEMENT
L'accroissement rapide des découvertes scientifiques engendre fatalement Vouhli des découvertes passées et de leurs auteurs — ouhli encore favorisé par le fait regrettable que la plupart des mémoires et des ouvrages^ ou ces découvertes se trouvent exposées^ sont complètement épuisés et introuvables.
La collection des Maîtres de la Pensée scientifique comprend les mémoires et les ouvrages les plus importants de tous les temps et de tous les pays. Elle est destinée à rendre accessibles aux savants et au public cultivé les travaux originaux^ qui marquent les étapes successives dans la construction lente et laborieuse de Védifice scientifique. Tous les domaines de la Science y sont représentés : les mathématiques ^ V astronomie, la physique, la chimie, la géologie, les sciences naturelles et biologiques, la méthodologie et la philosophie des sciences. Étant la plus complète, elle fournira les documents indispensables aux historiens de la science et de la civilisation, qui voudront étudier Vévolution de Vesprit humain sous sa forme la plus élevée. Elle permettra aux savants de connaître plus intimement les découvertes de leurs devanciers et £y trouver nombre
d^ idées originales. Les philosophes y trouveront une mine inépuisable pour Vétude épistémologique des théories^ des hypothèses et des concepts, au moyen desquels se construit la connaissance de Vunivers. Elle offre enfin à la jeunesse studieuse un moyen facile et peu coûteux de prendre contact à leur source même avec les méthodes expérimentales et les procédés ingénieux que les grands chercheurs ont dû inventer pour résoudre les difficultés — méthodes concrètes, infiniment plus suggestives et plus fécondes que ne le sont les règles schématiques des Manuels.
On trouve encore dans les mémoires classiques, où la profondeur de la pensée et la justesse du raisonnement se manifestent sous une forme remarquablement lucide et élégante, le secret d'exposer les découvertes et l,es conceptions scientifiques d'une façon claire et précise, comme Vont demandé à plusieurs reprises les savants les plus illustres de notre temps.
Les mémoires et les ouvrages français sont réimprimés avec grande exactitude d'après les textes originaux les mieux établis, et ceux des savants étrangers sont traduits intégralement et avec une rigoureuse fidélité.
NOTICE BIO&RAPHIOUE
Gaspard Monge, fils d'un pauvre marcliand ambulant, naquit à Beaune (Côte-d'Or) le lo mai 17/16. Il fut placé dans le collège de cette ville, dirigé par les Oratoriens, où il se distingua par son ardeur aux études et sa pénétrante intelligence. A peine âgé de i/f ans, il excita l'admiration des notables de Beaune par la construction d'une pompe à incendie 1res perfectionnée. Deux ans plus tard, il provoqua l'admiration générale pour le plan détaillé qu'il traça de sa ville natale. Ce travail lui valut d'être nommé, à l'âge de 16 ans, professeur de physique au célèbre collège de l'Oratoire de Lyon. Les supérieurs de cette institution désiraient se l'attacher pour toujours et lui proposèrent d'entrer dans les ordres. Mais le père de Monge était peu favorable à ce projet et lui conseilla d'accepter plutôt la proposition d'un officier supérieur de le faire entrer à l'École militaire de Mézières, qui formait les officiers du génie. Gaspard Monge acquiesça à ce projet. Il entra à l'Ecole en 1765, mais n'étant pas noble, il n'avait de droit d'accès qu'à la section pratique, qui avait pour but de former des appareilleurs et des conducteurs. Monge ne se contenta pas seulement d'exécuter les travaux obligatoires, il s'em-
vin NOTICE BIOGRAPHIQUE.
ploya à rechercher les fondements mathématiques des constructions de stéréotomie, et réussit à donner des démonstrations simples et élégantes des procédés empiriques employés jusqu'alors. Et ayant été chargé d'exécuter un plan de défilement, il s'acquitta de cette tâche délicate en modifiant radicalement les p:océdés habituels et en établissant une méthode toute nouvelle pour traiter ce genre de travaux. Cette méthode rencontra, à cause de sa nouveauté même, une vive résistance, mais finit cependant par s'imposer.
C'est à ce moment que Monge — qui n'avait que 19 ans — fut nommé suppléant de Bossut, qui professait les mathématiques, et de l'abbé Nollet, qui professait la physique. En 1780, Monge fut adjoint à Bossut, qui professait l'hydrodynamique. La même année, il fut nommé, grâce surtout à l'intervention de D'Alembert, membre de l'Académie des Sciences. En 1783, il quitta définitivement l'Ecole de Mézières pour remplacer Bezout, qui venait de mourir, comme examinateur à l'Ecole de la marine.
Embrassant avec enthousiasme les idées de la grande révolution, il déploya une activité prodigieuse dans les circonstances les plus difîiciles. Il fit partie de la deuxième Commission — comprenant Borda, Lagrange, Laplace et Condorcet — qui fut chargée d'étudier le nouveau système de mesures et qui présenta son Rapport le 19 mars 1791. Le 10 août 1792, il fut nommé ministre de la marine, poste qu'il occupa jusqu'au 10 mai 1798. Après sa démission, Monge se consacra avec un zèle infatigable aux problèmes de la