LE COURAGE DE SIR GEORGE
Son amour du travail était illimité. Nous avons vu, vers la fin de mai 1862, descendre du chemin de fer, à Montréal, expédier ses bagages à son domicile et se diriger tout droit vers son bureau d’avocat. Il entre, donne la main à ses associés et aux clercs, dépose son pardessus et demande le dossier en telle cause, Le voilà à l'ouvrage, il fait sa journée comme les autres. Eh bien! son ministère venait d’être renversé. Il reprenait sa besogne de particulier, tout simplement, tout de suite, sans se lamenter du revers politique. On peut être sûr qu'un homme de cette trempe fera son chemin. Noble et bel exemple pour la jeunesse qui oublie trop souvent combien le travail est nécessaire et de quelle valeur est le courage bien employé.
Lorsqu'il n’était pas trop pressé, il faisait la leçon aux jeunes gens autour de lui. J’allais dire “ses secrétaires ”, car il en avait autant que d’emplyés, mais chacun dans la mesure de ses capacité. Aucun n’était payé comme secrétaire. Tout en menant les affaires tambour battant, il était franc compagnon, aimait à rire et s’amusait de nos badinages — car nous avions de l'esprit.
II fallait le laisser faire à sa guise et il se trompait rarement sur les petites choses du bureau. D’autre À il cédait de suite aux observations qui tendaient à accélérer la marche des affaires. Bien souvent, il écoutait avec un bon sourire, puis il attaquait un de ses sujets favoris, à savoir :
“ Les jeunes gens ne connaissent rien. Ils sont pleins
la Loi. Sa nature s’y développait à l'aise. . jusqu’au jour où il rencontra la Politique, oh ! alors il s'installa finalement, car il était né pour ces deux fins : le Droit, les Affaires Publiques. C’est quelque chose que d’être comme un poisson dans l’eau, d’être dans son élément, dans son assiette, ou d’être amphibie, selon les termes populaires — je ne vois que ces expressions pour rendre ma pensée à l'égard du sujet que je traite ici. L'avocat, le législateur, l’administrateur, autant d'ames dans un même corps.
Il avait deux sortes de décisions : l’une instantanée, l’autre lente. L’imprévu ne l’effrayait aucunement, il s’y attendait sans cesse. Si la question posée relevait de principes fondamentaux, elle recevait sa réponse immédiate. S'il ne s’agissait que de matière secondaire un peu vague, il prenait des renseignements à loisir.
Tous ces détails peuvent servir de guides à la jeunesse qui cherche à se former aux affaires — autrement j’aurais le soin de les omettre, puisque les hommes d’action n’y trouveront rien de nouveau pour eux.
Sir Georges avait des côtés de caractère agréables qui se montraient au milieu des occupations journalières les moins joviales. Il riait par explosion. Sa condialité et son urbanité étaient proverbiales dans les bureaux et ailleurs.