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l'honnctctc ordonnait de ne pas éveiller des espc-rances qu'il était impuissant à satisfaire, de ne pas contracter une dette impossible à payer. En berçant la cour romaine de promesses de soumission, on la détournait de toute velléité de transaction : les concessions n'auraient eu en elTet d'excuse aux yeux du pape que si elles avaient été le seul moyen d'arriver à la paix. Les engagements alambiqués du roi ont pour effet de fermer dès la première heure toute voie de conciliation ; on ne lui permettra plus de débattre librement les conditions de l'union, on lui demandera de tenir sa parole, de s'exécuter. A toutes ses demandes on opposera une fin de non-recevoir; les désirs les plus modestes seront rejetés d'avance.
Le roi s'en rendit bientôt compte, et tous ses efforts allèrent, d'une part, à retarder par tous les moyens et sous tous les prétextes une explication qui, mettant en. relief la division irréductible des deux partis, aboutirait fatalement à une rupture, et de l'autre, à établir assez solidement son autorité pour braver sans trop de danger les foudres de l'Église. Seulement, il avait à compter avec un adversaire expérimenté et qui attendait avec impatience l'occasion de prendre sa revanche. La tactique de Pie II était dictée par celle du roi. Tandis que celui-ci cherchait à gagner du temps, l'autre le pressait de montrer enfin sa foi par ses œuvres. Il ne désespérait pas encore de triompher à force d'insistance de ses irrésolutions, mais il n'était ni assez naïf ni assez mal informé pour lui permettre de profiter tranquillement de la bonne entente apparente, et il travaillait sous main à lui créer des difficultés. Il se poursuivit ainsi, plusieurs années durant, une guerre sourde entre deux partenaires qui n'étaient pas indignes l'un de l'autre, duel très brillant et dont l'issue resta longtemps douteuse.
La nouvelle des succès de Podiébrard, pour lesquels il réclamait justement quelque reconnaissance, rendait Pic II plus exigeant '.Il commençait à songer qu'il jouait un assez
I. Il avait trouve bientôt que le roi de Bohème était plus victorieux qu'il ne l'aurait désire et avait entrepris d'enrayer ses progrès; en somme, il n'avait que des paroles et Georges tenait des gages, Oc lii, un changement de
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sot personnage. II voyait très bien ce qu'il avait donne : qu'avait-il en échange? Des mots. Il attendait depuis des mois la grande ambassade qui lui apporterait la soumission officielle de la Bohème, et cette ambassade ne partait jamais. Les avertissements ne lui manquaient pas. Breslau, qui nourrissait pour le roi une haine inexpiable, inondait la Curie de suppliques et de dénonciations : Georges était un démon, un païen avide du sang chrétien, un Néron furieux, le loup ravisseur qui a fait invasion dans l'étable de l'Eglise, le plus terrible lion, le grand dragon, etc. '. Pie II savait ce qu'il fallait rabattre de ces accusations, mais tout dans ces réquisitoires n'était pas aussi frivole. Quelle valeur, lui écrivait-on, convient-il d'accorder au serment d'un homme qui, à la même heure, en prête de contradictoires? Au moment même où il abjurait l'hérésie, Georges a promis aux hérétiques de les soutenir. Si les Praguois et toutes les odieuses eommunautés bohèmes n'étalent pas sûres de lui, ils ne lui témoigneraient pas un pareil dévouement -.
Les nouvelles qui arrivaient au pape d'un autre côté, ne lui plaisaient guère plus : son légat Bessarion le tenait au courant des intrigues de Georges en Allemagne; déjà très mécontent du peu d'enthousiasme que rencontraient parmi les princes germaniques ses rêves de croisade, il sur\'eillait avec inquiétude cette ambition du chef bohème que les plus grands triomphes encourageaient, sans l'assouvir. Il pensa qu'il avait accordé assez de délais, agréé assez d'excuses, et avec une aigreur qu'il ne dissimula même plus, somma assez vertement Georges de lui fournir enlin les satisfactions depuis si longtemps annoncées (^i4()o). Le roi, étonné et un peu efl'ra}é, recourut à ses mo\ens ordinaires, protesta de sa
cfnuluitc assez sensible. Pie II essayait alors de revenir sur les ternies dont il s'était servi, affectait de parler non pkis du roi, mais du royaume tchèque, écrivait aux Silésiens que, s'il avait accordé à Georges le titre de roi, c'était par inadvertance. Regrets tardifs ; l'impulsion était donnée; en voulant l'arrêter brusquement, il risquait de se découvrir inutilement. Il jugea plus prudent de revenir à son premier plan, mais sa surveillance devint encore plus active, et il s'y mêla quelque ntauvaise humeur.