MICHEL DE POLOGNE
la ville, Vladislas voulut intimider les Utraquistcs par de nouvelles rigueurs. Il cita devant lui quelques-uns des prêtres les plus populaires, leur reprocha d'avoir prêché contre la vérité et de compromettre l'ordre; après avoir été exposés plusieurs heures aux railleries et aux insultes des courtisans, ils furent conduits au château de Karlov-Tyn et jetés dans un cachot étroit, sale, sans lumière, presque sans air; on les y retint plusieurs mois, peut-être quelquesuns furent-ils mis à la torture. Parmi eux se trouvait un des ecclésiastiques les plus vénérés de la population, le curé de Saint-Jules, Michel; desCv^ndant d'une noble famille polonaise, Michel avait été amené en Bohême par ses convictions religieuses, et il vivait depuis trente ans à Prague, entouré de l'estime et de l'affection de tous. Sans remords et sans peur, il soutint ses compagnons par ses paroles et par son exemple, et, quand il mourut, le bruit se répandit aussitôt que ses gardiens l'avaient laissé mourir de faim. On l'honora comme un nouveau martyr, à côté de Hus et de Jérôme de Prague '. Etait-ce là la reconnaissance que devaient attendre les Utraquistes; étaitce là la récompense du zèle qu'avait déployé Michel pour mettre la couronne sur la tête de Vladislas? La colère du roi n'avait pas même été désarmée par cette mort: il refusait à la diète la mise en liberté des compagnons de Michel, ne l'accordait qu'à l'intervention d'un évêque étranger, de mauvaise grâce et incomplète.
La popularité de Vladislas, très atteinte déjà par sa conduite pendant la guerre, ne résista pas à ces incidents. Les diètes retentissaient d'aigres récriminations, les plus modérés perdaient patience et les partisans les plus obstinés du roi se détachaient de lui. Cà et là, dans les villes, des émeutes éclataient, et celles dans lesquelles les Utraquistes étaient le plus nombreux, essayaient de se rapprocher pour la défense du calice menacé. Cette agitation tumultueuse
I. Nous avons le récit d'un des compagnons de captivité de Michel, Venceslas de Slany. Il a été publié dans les Anciennes Chroniques tchèques, 111, p. 5o3, et dans le Vybor z literatury tcheskc, p. 879.
iSS RKVF.IL Dl: PARTI rTRAQriSTn
n'ctlVa}ait pas les Catholiques : ils n"\ \()\aic'nt que les dernièies convulsions de l'ai^onie. De quelle défense était capable un parti qui n'avait ni chefs ni organisation? Les Utraquistes comprirent les causes de leur infériorité, et, en face d'un péril imminent, ils résolurent de sortir à tout prix de cet état de dispersion qui les livrait à toutes les surprises.
Kn i47(S, les seigneurs calixtins demandèrent à Vladislas la permission de convoquer leurs coreligionnaires en assemblée générale : le roi n'osa pas refuser. On s'aperçut alors combien l'hérésie tenait encore au sol par des racines profondes : de toutes les parties du royaume accoururent les laïques et les clercs, si nombreux queVladislas s'étonna, dit-on, de n'avoir jamais réuni une assemblée pareille quand les plus graves questions politiques étaient en jeu. Toutes les salles de l'Université furent trop petites pour une telle affluence, et l'Assemblée délibéra dans la cour, en plein air. Les maîtres et les prêtres exposèrent l'objet de la réunion, rappelèrent les promesses toujours renouvelées et toujours violées, les Compactats contestés, la nomination de l'archevêque éternellement différée, l'ordination refusée aux candidats utraquistes et les cures désertes; ils opposèrent aux serments de Vladislas les encouragements prodigués aux catholiques, les églises profanées, les défenseurs de la vérité jetés en prison et mourant dans les supplices. Les plaintes succédaient aux plaintes, et chacune d'elles retentissait douloureusement dans l'àmc des assistants et réveillait des colères mal éteintes. Au milieu de l'émotion générale, quelqu'un entonna un cantique, « Fidèles chrétiens », qui était comme le chant de ralliement des Utraquistes et qui avait été interdit. A ces accents, mêlés déjà à tant de journées glorieuses et sanglantes, les esprits s'exaltent : quelques-uns éclatent en sanglots, d'autres veulent courir aux armes; la délibération tournait à la démonstration et la réunion menaçait de finir par une émeute. Les seigneurs, qui avaient répondu de l'ordre, ramenèrent le calme et obtin-
ASSEMBLKF, DK I470 1 5q
rent que l'on renvoyât à une commission l'étude des résolutions à prendre. Mais, avant de se disperser, tous les assistants jurèrent de sacrifier leur vie et leurs biens pour la défense de la loi divine et ils se présentèrent devant le roi pour lui exposer leurs griefs. Vladislas eut là sans doute la vision de la véritable Bohême, hérétique et révolutionnaire, que lui cachaient ses courtisans, et il eut peutêtre le pressentiment des dangers de cette œuvre de restauration catholique qu'il avait entreprise avec tant de légèreté.
Avant de se séparer, l'assemblée utraquiste avait réorganisé le Consistoire. Il gardait à sa tête Koranda et était composé de douze membres, élus par les Etats. Il avait pour mission de représenter la tradition, de combattre les sectes et de ramener à la pure doctrine hussite ceux qui s'en étaient écartés : sous son autorité supérieure, des doyens surveilleraient les simples prêtres et maintiendraient dans les rangs du clergé la discipline et l'union. A côté du Consistoire, un comité de six laïques, désignés aussi par les Etats utraquistes, assurerait le respect de ses décisions et veillerait à ce que les lois et les privilèges qui protégeaient les Calixtins fussent sincèrement observés.
Un grand pas venait d'être fait : désormais les Catholiques n'avaient plus devant eux des individus ou des paroisses dont l'isolement paralysait la force de résistance, mais un parti solidement constitué, dont la politique était conduite et les destinées protégées par des directeurs régulièrement désignés. Cependant les effets du synode de 1478 ne fuient pas immédiats, et, les années suivantes, les Catholiques et le roi continuèrent leur active propagande. Les réclamations du Consistoire et les protestations des directeurs n'auraient eu chance d'être écoutées que si elles s'étaient appuyées sur des forces matérielles redoutables : — où était l'armée dont disposaient les Calixtins? La disette de prêtres dont ils souffraient augmentait sans cesse : le pape avait renouvelé l'interdiction d'ordonner les prêtres utraquistes, les cures vacantes devenaient toujours plus
igO l'ÉVÊQUE de SANtOfttN
nombreuses, et, dans un temps assez court, il semblait inévitable qu'elles revinssent au parti hostile à la Réforme. Les espérances des Catholiques furent détruites par un incident imprévu et presque romanesque.
Au mois d'août 1482, le bruit se répandit tout à coup qu'il était arrivé à Pisek un évêque, un véritable évêque, muni de tous les pouvoirs épiscopaux, et qui ordonnait sans difficulté les candidats utraquistes. Tabor, diverses autres villes l'avaient appelé, et il avait été reçu à Kralové- Hradets (Kœniggrœts) en grande solennité. — Quiconque connaît l'état du clergé italien à cette époque, apprendra sans la rnoindre surprise que divers évêques, besogneux et légers de scrupules, avaient accueilli, sans trop de difficultés, les jeunes gens tchèques qui leur demandaient l'institution canonique : tout au plus exigeaient-ils quelques concessions de pure forme pour se mettre à l'abri des poursuites de la justice pontificale. Cette complaisance s'explique tout naturellement par les bénéfices qu'elle rapportait, c'était une forme nouvelle de la Simonie alors générale; il n'est pas impossible cependant que des mobiles plus nobles soient intervenus parfois : peut-être certains prélats, favorables à la réforme de l'Eglise, assez inexactement renseignés d'ailleurs, éprouvaient-ils quelque regret de l'inflexibilité de la Curie et quelque S3'mpathie pour la malheureuse nation condamnée à la perdition éternelle. — Il vivait alors à Mirandole un évêque de Santorin, Augustin-Lucien; à diverses reprises, des jeunes gens venus de Bohême lui avaient demandé la consécration : il ne les avait pas repoussés, et il avait persisté dans son indulgence même après que les interdictions plus rigoureuses des dernières années avaient détourné les autres prélats italiens de semblables pratiques; il s'était attiré par là d'abord de sévères remontrances, puis diverses peines disciplinaires. Il partit pour la Bohême '.
I. Avait-il été attiré par des promesses? — Rien ne le prouve. Koranda déclare qu'il n'avait reçu de Bohème aucune invitation; Lucien lui-même,
l'évêque de santorin igi
Quelles étaient les véritables causes de la résolution de Lucien? Les documents que nous possédons sont trop incomplets pour nous permettre de les démêler. Il ne paraît pas qu'il y eût en lui l'étoffe d'un martyr, ni même celle d'un ambitieux de grande envergure. Les événements suivants nous le montrent médiocre et hésitant, sans influence, perdu au milieu de difficultés qu'il n'avait pas soupçonnées. Mais, qu'il eût cédé aux séductions imprudentes d'une fantaisie brouillonne ou aux inspirations d'une âme tendre et d'une piété sincère, que ce fût un aventurier ou qu'il eût entrevu le rôle d'un apôtre, l'arrivée d'un prélat, revêtu des pouvoirs indélébiles de l'épiscopat, était un coup de fortune pour les Utraquistes. Les Catholiques, dont la déconvenue était extrême, se répandirent en récriminations ; Vladislas essaya d'effrayer Lucien S et la cour de Rome envoya au chapitre de Prague l'ordre de l'arrêter (juillet 1482). Ce n'était pas si aisé. La satisfaction des Utraquistes égalait l'indignation de leurs adversaires. Ils avaient vu en Lucien une sorte d'envoyé de Dieu et dans son arrivée une manifestation miraculeuse de la volonté céleste : dans les villes où il paraissait, il était accueilli au milieu d'un enthousiasme superstitieux. Les chefs du parti jugèrent le moment opportun pour compléter leur œuvre de 1478. Dès cette époque, quelques villes s'étaient rapprochées, la formation d'une ligue avait été agitée, mais sans aboutir: les négociations furent rouvertes et vivement poursuivies. L'initiative partit de deux villes qui s'étaient toujours distinguées par leur ardeur belliqueuse et leur dévouement
dans une lettre au roi, dit qu'il a été décide par la conviction que les Tchèques étaient injustement traités, par la bonne impression qu'avaient produite sur lui leurs candidats. Il n'est pas douteux, d'autre part, qu'à la diète de 1478 on avait fait allusion à la possibilité de gagner un évèque italien. Augustin-Lucien eut grand soin d'apporter les documents qui établissaient sa situation. — Sur cet incident important, v. Palatsky, t. V, p. 214 et suiv., et Frind, p. 80.
I. Sa démarche, répondait-il aux protestations de l'évêque, lui paraissait insolite, peu conforme aux traditions. S'il voulait, comme il le prétendait, rétablir la paix entre les deux partis, pourquoi s'était-il tout de suite si nettement prononcé pour l'un d'entre eux ?
LIGUE DE ZATETS
aux doctrines nouvelles, Zatets ' et Kralovë-Hradets \ La faiblesse relative de leur population, peut-être aussi quelques imprudences et un penchant connu pour les sectes radicales les avaient rejetées au second plan pendant la seconde période des guerres hussites : au moment du péril, elles reprenaient leur rang. Le i5 juin 1482, Zatets forma une ligue avec les villes voisines, Kralové-Hradets l'imita deux jours après, et elles invitèrent les seigneurs et les chevaliers à se joindre à elles. Les membres de la ligue s'engageaient à protéger l'évèque de Santorin et à défendre contre toute attaque leurs privilèges religieux; quelquesuns des plus grands seigneurs et des plus hauts fonctionnaires du royaume adhérèrent à l'Union. Avant cependant de recourir aux moyens extrêmes, ils offrirent encore une fois la paix aux Catholiques, leur demandèrent de renoncer à une politique de provocation qui les exposait à de fâcheuses représailles. Les Catholiques affichèrent une extrême surprise : comment les soupçonner de méchants desseins! Que désiraient-ils? — la concorde, l'union. Quand on les pressa de donner une preuve visible de leur bonne volonté en adhérant aux Compactats, ils se dérobèrent : ils étaient soumis au Saint-Siège et, dans toutes les matières de foi, il leur était interdit de prévenir ou de dépasser ses instructions. Les Utraquistes savaient ce qu'ils voulaient : les représentants de l'Église romaine n'abdiquaient aucune de leurs prétentions; de plus longues tergiversations auraient été coupables et dangereuses. Vladislas, par entraînement et par imprudence plus encore que par conviction, avait, en quelques années, compromis aussi maladroitement à l'intérieur qu'à l'extérieur les résultats du règne dePodiébrad : les rancunes assoupies étaient réveillées; deux partis en armes, prêts à s'entredéchirer; l'autorité royale,
1. Zatets (Saatz), sur l'Ohrzc (Egcr), au nord-ouest de la Bohême, 9000 habitants; elle avait toujours été une des forteresses du parti radical.
2. Kralové-Hradets (Kœniggrœtz ou mieux Kœnigingractz), au confluent de rOrlitse (Adier) et de l'Elbe, à l'est de la Bohème, vers la frontière de Silésie ; 6000 habitants,
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annulée par les factions exaspérées, dont aucune n'avait une confiance entière dans le souverain, et dont les chefs se disputaient la direction suprême des affaires publiques. Les forces, dont il n'avait pas su faire usage pour niaintenir l'intégrité du territoire, allaient s'épuiser dans de nouvelles dissensions intestines.
Comme en 1448, le sort de la guerre fut décidé, avant même qu'elle eût commencé, par un coup de surprise. Il y a quelque exagération à prétendre, comme quelques historiens, que Prague sauva encore une fois à ce moment le Hussitisme : en dépit des progrès et des espérances de la réaction, l'Utraquisme n'était pas encore si affaibli que son salut dépendît d'une seule ville; ce qui est vrai, c'est que la révolution qui rejeta dans le parti calixtin la capitale du royaume, lui assura une supériorité si évidente que les Catholiques renoncèrent aussitôt à leurs projets et ne songèrent plus qu'à sortir aux meilleures conditions possibles d'une lutte mal engagée.
Les villes royales remontent en Bohème à la seconde moitié du xni^ siècle et aux derniers Przém^'slides ; leurs premiers habitants furent en général des Allemands que les souverains attirèrent sur leurs domaineii pour augmenter leurs revenus et pour se préparer des alliés contre les seigneurs. Les villes dès lors jouissent d'une autonomie très étendue et elles ne relèvent que du roi, sans pouvoir être aliénées ou engagées, ce qui, au mo3en âge, est le signe distinctif de la liberté. — Charles IV^ les protégea, favorisa leur développement, confirma ou étendit leurs privilèges et mérita d'être appelé leur nouveau fondateur. Mais chez lui la générosité était toujolirs prévoyante et il ne sacrifiait pas à une popularité passagère les intérêts supérieurs de la couronne et du pays. Ces villes, nées de la volonté royale et dans lesquelles les princes avaient en général trouvé de dociles auxiliaires, ne se lasseraient-elles jamais de leur obéissance? Après avoir été un secours, ne deviendraient-elles pas un danger? Mises en goût d'indépendance, ne contesteraient-elles pas aux souverains les
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derniers et maigres droits qu'ils s'étaient réservés? — Sans violence, grâce à la confiance qu'il inspirait et à l'ascendant qu'exercent toujours une intelligence claire et une volonté ferme, il les amena à renoncer, en échange des franchises qu'il leur prodigua, à celles de leurs prérogatives qui étaient de nature à affaiblir l'unité du royaume ou l'autorité légitime de la royauté. Il transforma les communes autonomes en bonnes villes, pourvues à la vérité des plus larges immunités.
L'ordre de choses établi par Charles IV, comme tous les régimes justes et raisonnables, reposait sur l'équilibre des classes et des pouvoirs, et, comme presque toujours aussi, cet équilibre assez précaire était surtout maintenu parla vigilance et la sagesse d'un homme. Charles IV disparu,/les diverses ambitions qu'il avait modérées se réveillèrent aussi exigeantes et exclusives, et les castes rivales ne songèrent plus qu'à se tailler la plus riche part possible dans la succession laissée vacante par l'abdication de la couronne. Les villes ne se préoccupèrent pas plus que les seigneurs des nécessités générales de gouvernement et des intérêts communs du royaume. La révolution religieuse, qui coïncida avec une très vive réaction contre l'élément étranger, parut tout d'abord devoir compromettre leur influence ; en réalité, elle n'atteignit que leurs classes dirigeantes, le patriciat, la haute bourgeoisie allemande, depuis quelque temps menacée dans ses prérogatives par les corporations tchèques. Dans la plupart des cités, les anciennes familles s'étaient prononcées contre la Réforme, elles furent expulsées dès les premières années de la guerre, et leurs biens confisqués ; la prépondérance passa au petit peuple slave et utraquiste, et les villes se jetèrent à corps perdu dans le mouvement '.
I. L'histoire des villes tchèques a été étudiée avec beaucoup de soin par les écrivains contemporains. M. Roessler {Deutsche Rechtsdenkmceler ans Bœhtnen iind Mœhren), M. Erben {Reg. Bohem.),M. H. Jiretchck, dans sa très belle collection : Codex juris bohemici, ont public les textes les plus importants. L'histoire de Prague, (en tchèque), par M. Tomek, est un admirable monument d'érudition et de critique ; (sept volumes parus jusqu'à Via-
pragi;e 195
Par son ancienneté, sa richesse, sa population, l'étendue de ses privilèges, Prague s'élevait sans contestation audessus des autres cités tchèques. Dès le xin^ siècle, les chartes parlent de sa prospérité avec une sorte de lyrisme, et, à mesure que l'on avance, les documents témoignent de son développement continu et de ses rapides progrès : elle est le « premier membre du corps national, l'honneur et le salut du royaume, la reine brillante, la source d'où le droit se répand dans les autres villes ■ ». La fondation et l'éclat de l'Université, le retentissement des prédications de Bethléem, le séjour de Hus et de ses auxiliaires les plus en vue, avaient encore accru sa renommée. Après la mort de Venceslas, pendant l'intérim de la royauté, les nobles suspects, divisés ou découragés, tout la désignait pour prendre la direction du parti national. Elle ne manqua pas à son rôle, la première croisade se brisa à deux reprises devant ses murailles, et elle commença dès lors à exercer une véritable hégémonie sur le reste du pays.
Peu à peu, les autres villes royales lui reconnurent une sorte de suzeraineté, et sa constitution municipale, étendue à un grand nombre de cités et de cercles, tendit à devenir la constitution du pays tout entier. Ses légions décidaient de la victoire, ses représentants dans les diètes, de la majorité, et ce n'était pas par une vaine forfanterie que les Praguois s'inscrivaient les premiers dans les actes publics, avant les chevaliers et les seigneurs. Un moment il ne parut pas impossible que Prague présidât à une véritable réorganisation démocratique de l'État et que le régime féodal fît
dislasj. Parmi les travaux particuliers, il faut citer surtout les études de M. Tchélakovsky, et en première ligne, — l'Office de sous-chambellan en Bohême (en tchèque), Prague 1881.
I. Cs. la très belle collection : Recueil des sources du droit municipal bohème; i'» partie : privilèges des villes de Prague (1886), qui fait autant d'honneur à M. Tchélakovsky qui la publie qu'au conseil municipal qui en fait les frais. — « Sans elle, toutes les autres cités du royaume seraient comme privées de leur chef; elle est la règle des mœurs, l'exemple et le miroir de la moralité » (privilège de Jean, i3i6, p. 22). — In commodis {civitatis pragensis) et prnfcctibus siciit in octtloriim nostrorum viridario nostra plitrimiim delectatitr icroiitas {pT'i\i\(:ç,c de Charles IV, 1348, p. 85), etc., etc.
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place en Bohème à une constitution plus conforme à la fois aux traditions nationales et aux tendances des sociétés m odernes. Ne bornant plus ses désirs à assurer son autonomie, mais rendue au sentiment delà solidarité nationale, elle pouvait, en confondant sa cause et celle des libertés publiques et en communiquant ses privilèges au reste du pays, préparer une transformation radicale dont les effets auraient été aussi graves et probablement plus heureux que ceux de la rénovation religieuse '.
Ces espérances ne se réalisèrent pas. On était encore en plein moyen âge ; pas plus que les chefs des communes de Flandre ou de la ligue de Souabe, pas plus qu'Etienne Marcel, les chefs populaires de Prague ne s'affranchirent des idées ambiantes : la résolution et la violence ne sont pas incompatibles avec quelque timidité d'esprit. Ils demeurèrent prisonniers de leurs souvenirs et n'eurent en général d'autre but que d'étendre leurs privilèges particuliers et de substituer leur pouvoir à celui de la noblesse. Affaiblie par ses inconséquences, la faction démocratique céda bientôt la direction des affaires aux modérés, et le triomphe de l'ancien système fut marqué par l'alliance de Prague et des Seigneurs et scellé par la victoire qu'ils remportèrent en commun sur les Taborites.
Malgré ce revirement et bien qu'elle eût perdu par sa faute une occasion unique de mettre à l'abri de toute attaque les franchises politiques et religieuses du pays, Prague sortit de la guerre glorieuse et respectée. Ses domaines s'étaient accrus; ses prérogatives, étendues. Non seulement elle était absolument maîtresse de la justice, de la police et de l'administration municipales, mais Sigismond lui avait reconnu une sorte d'hégémonie sur les autres villes royales. C'était dans ses murs que devait avoir lieu l'élection des rois, et, avant d'entrer dans la ville, le souverain était tenu de Jurer qu'il respecterait ses privilèges. Son tribunal examinait en dernier ressort les sentences d'un grand nombre
I, Tchélakovsky, l'Ofïîce de sous-çhambellan, p. 27.