SCENE IV
GEORGES, MARIE, MARIETTE. (Mario en:re avec résolution, puis à l’aspect de Georges elle s’arrête soudain.]
MARIE
Je me croyais plus forte! Mou Dieu ! oserai-je lui dire...
> GEORGES
Approchez sans crainte, Marie... je ne pouvais plus aller à vous, soyez ben te, vous qui êtes venue à moi.
MARIETTE
Oui, n’ayez pas peur, mam’zelle, vous êtes chez des amis... Quant aux importuns, ils ne vous surprendront pas ici; je vais fermer la porte. ’ 1
MARIE
Vous m’avez écrit, Georges?
GEORGES
Pour vous demander pardon d’un emportement dont je n'ai pas e te maître; pouvais-je commander à mon indignation, quand votre mam, qui in était si cruellement refusée, on la voulait donner à un misérable que la conscience publique a flétri? Je vous le jure, Marie, en accablaut des noms de lâche et de traître celui qui osait
aspirer à vous, ce n’est pas mon amour méprisé, c'est votre honneur que je vengeais.
MARIE
Il ne m'appartient plus, Georges, d’être heureuse et fièredu soin
que vous prenez de cet honneur Désormais, je dois renoncer à
votre généreux appui, car vous n’avez plus le droit de me défendre.
MARIETTE
Mon Dieu! que dit-elle?
GEORGES
Voilà d’étranges paroles !... Et s’il était vrai... Mais non, non, je m’abuse... Tenez, Marie, je dois vous en prévenir... Repuis hier ma pauvre télé est affaiblie... J’ai, par moment, comme des hallucinations, des vertiges.. è si bien que j’entends des choses
3 u’on ne me dit pas sans doute... que vous ne pouvez pas me ire... vous qui autrefois m’avez donné cet anneau en me disant : C’est le gage d’uue promesse sacrée ; vous «pii me répétiez hier encore : Georges, je vous appartiens! Georges , je ne puis être qu’à vous!...
MARIE
C’est vrai, j’ai dit cela, et en parlant ainsi, j’étais sincère alors; mais depuis...
GEORGES. '
Depuis?
MARIE
Je me suis parjurée !
GEORGES et MARIETTE.
Oh!
MARIE, haut.
Cet aveu vous indigne... (a part.) Ah ! s’il vous faut de la force pour l’entendre , il me faut à moi bien du courage pour le faire. (Haut.) le comprends vos souffrances, et je n’ai pas même le droit de vous dire que je les partage. Je pouvais vous écrire cela, Georges ; mais vous n’auriez pas cru à ma lettre.
GEORGES
Non, pas plus que je ne crois à vos paroles... je ne m’explique pas le jeu cruel que vous vous faites de mes torlures... mais par bonheur, ce ne peut être qu’un jeu... Oui, ce n’est qu’up jeu, n’est-ce pas?
marie.
Etait-ce un jeu de votre part quand vous êtes venu me dire hier : je ne veux pus vous associer à ma misère... Anneau, serment, je vous rends tout, Marie?
GEORGES
J’avais fait alors le sacrifice de mon bonheur, mais votre noble refus m’.a rendu toutes nus espérances.
MAIIIE.
Mon refus vous a créé des droits que je ne méconnais pas, Georges, vous êtes maître de mon sort, mais vous êtes généreux ; c’est ronflante en votre générosité que je viens vous dire : Oublions le passé, je ne peux plus vous appartenir... Georges, je vous en supplie, relevez-moi de mon serment, rendez-moi mon anneau.
MARIETTE
Elle ose le lui redemander!
GEORGES
Voyons, Marie, voyons... dites-moi toute la vérité, je veux la savoir; car il n’est pas possible que vous pensiez ce que vous me dites, vous ne pouvez pas froidement m’ôler mes illusions, m’enlever ma dernière espérance, me briser le cœur. Une séparation, mais vous savez bien quelle n'est pas possible aujourd’hui. A quelle violence obéissez-vous, pauvre enfant? quels sont vos ennemis?,., nommez-les-moi. Il faut que je.* les connaisse pour vous en délivrer.
• MARIE
Non, Georges, non, ne faites pas un nouvel éclat, imprudent, inutile, car il pourrait vous perdre, et ne changerait rien à ce que j’ai résolu... C’est horrible à vous dire, mais croyez-le cependant, ce n’est pas à une persécution exercée contre moi, que je cède ; mon père ne m’a fait aucune menace pour me contraindre au mariage qu’il désire... Ma mère, elle-même, est pour vous; c’est moi, moi seule, que vous devez accuser de parjure, car c'est moi qui, la première et volontairement, ai prié le baron d’Angerville de présenter à tous comme son gendre futur le comte de Valledo.
GEORGES
Lui?... c’est impossible !... vous le méprisiez hier, vous ne pouvez pas l’aimer aujourd’hui?
MARIE
Je ne prétends ni expliquer mes sentiments, ni justifier ma conduite; ainsi ne m’interrogez pas, Georges, et surtout, ne me demandez pas compte de ce mariage, mais faites-moi libre aujourd’hui, pour qu’il s’accomplisse demain.
Demain!... vous vous donnerez à lui, volontairement?
MARIE
Oui, volontairement.
MARIETTE
Mais si c’était vrai, ce que vous dites là, mademoiselle, il faudrait aussi vous haïr et vous mépriser, vous que je m’étais si biea accoutumée à aimer et à bénir.
GEORGES
Si c’était vrai, Marie I... mou pardon même ne vous sauverait pas de la malédiction de Dieu !
MARIE
Tout est vrai... méprisez-moi, Mariette... mnudissez-moi , Georges ; mais, encore une fois, je vous le demande à genoux : reudez-moi mes serments, rendez-moi mon anneau!
GEORGES
Votre serment, reprenez-le Marie, soyez à celui qui est bien digne de vous, car c’est justice que toutes les trahisons s’allient.
MARIE
Quant à votre anneau, je le garde comme un témoignage de votre perfidie, comme la preuve irrécusable de vos mensonges; oui, je le garde cet anneau pour avoir le droit de vous maudire toujours, pour vous ôter l’espoir d’être jamais pardonnée.
MARIE
Georges ! Georges! v
GEORGES
Plus rien, Marie, non, plus rien. (U porte la main à sa poitrine», étouffe un cri de douleur.) Oh ! (il entre rapidement dans la maison.)