‹ Georges et Marie drame en cinq actesChapitre 89 sur 97 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Pourtant, mon Dieu ! j’ai fait ce que je devais faire... je ne pouvais pas... je ne veux pas le tromper.

MARIETTE

Vous ne le trompez pas quand vous lui dites que vous en épousez volontairement un autre? Il a pu vous croire parce que l'effet, de la surprise, l’émotion de la douleur ça bouleverse tant qu’on se laisse facilement abuser... Mais moi, on ne me trompe pas.... Vous > aviez beau vouloir paraître fermeet assurée, je vous ai vu tressaillir et trembler... 11 se dit avec désespoir : Elle m’a quitté sans me donner une larme de regret... Vous... n’avoir pas de larmes pour lui... c’est que vous les reteniez alors. Oh ! j'ai bien deviné... tenez, la preuve, c’est que vous pleurez maintenant.

MARIE

Eh bien! oui, devant vous, je ne m’en cache pas... je le voudrais que je ne le pourrais plus... j’ai tant souffert pour qu’il ne voie pas mes larmes... Mais de grâce, par pitié, Mariette, ne dites pas à Georges que vous m’avez vue pleurer... ne lui dites pas que je l’aime plus que je ne l’ai jamais aimé peut-être... il croirait qu’on me sacrifie... il espérerait encore, et il ne faut pas qu’il espère... mon sort est fixé, il doit s'accomplir.

• MARIETTE

Vous voulez que je me taise, mam’zelle?... Est-ce que c’est possible!... Songez donc, il n’y a peut-être que la certitude d’être aimé de vous qui puisse le sauver.

Le sauver? voilà deux fois, Mariette, que vous prononcez ce motlà... deux fois qu’il me glace de terreur... Quel malheur redoutezvous donc? est-ce que la vie de Georges est en péril?

MARIETTE

Est-ce que vous-même vous n’avez pas vq les progrès de sa pâleur et de sa faiblesse, depuis hier?

MARIE

Les larmes que je n’osais répandre faisaient un voile sur mes yeux... je n’ai rien vu.

MARIETTE

Monsieur Paul, qui a veillé Georges toute la nuit, a bien essayé de me rassurer, mais il n’a pas mieux réussi à me cacher son inquiétude que vous, votre amour et votre douleur... Et ce matin, cet ami qui est venu, soi-disant pour le voir, je le connais bien ; c’est le docteur Hersant, qu’il avait appelé en consultation.

MARIE

Le docteur Hersant... moi aussi je le connais... je l’ai vu un soir au chevet de ma première amie d’enfance... Nous nous disions :

elle vivra... lui, il a dit: plus d’esj»oir... elle lendemain nous accompagnions au cercueil... Oh ! c'est un terrible juge, entre la vie et la mort. (Reprenant avec vivacité.) Et vous dites qu’il est venu ici?... Ici, pour Georges?... et vous ne savez pas quel arrêt il a prononcé?

Non !... je n’ose m’informer.

MARIE

Oh ! je l’oserai, moi.

MARIETTE

J’entends monsieur Paul qui vient avec Georges... écoulons, mam’zelle, écoutous. (An moment où Paul et Georges sortent de la maison, Mariette entraîne Marie sons le bosquet.)

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