‹ Georges LouisChapitre 131 sur 145 · AA · texte numérisé non relu

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avait donc aucun rafraîchissement entre les deux pays, et M. Poincaré n'a pas eu à rétablir des relations qui n'étaient ni desserrées ni refroidies. Et pourtant Louis s’inquiétait d'une manœuvre qui n était pas sans danger. Isvolsky, qui n’admettait pas le moindre manquement au caractère défensif de notre politique commune pour son pays, pressait le nôtre de dépasser son rôle à propos des Balkans. Affaire d’Isvolsky, mais non de la Russie, encore moins de la France. Notre ambassadeur avisa judicieusement son gouvernement que la méfiance était de rigueur. Dès la première minute, il se douta d'une machination dont certains détails lui échappaient, mais dont la certitude l’indisposait contre des intrigues irrégulières et suspectes. Voilà toute la difhculté au début de 1912! M. Poincaré prit le contre-pied de la ligne à suivre, et, s’il y eut malaise de ce fait, il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même. Pourquoi s'est-il plu à exagérer des ennuis qui: n'existaient pas, pour en créer d'autres par sa faiblesse et ses complicités ? Est-ce une erreur, est-ce un mensonge ? M. Poincaré a dit : « Dans le courant de 1912, nous étions inquiets de cette alliance balkanique sur laquelle nous n'avions obtenu, ni par M. Louis, ni par M. Isvolsky, aucun renseignement précis. » Evidemment cette phrase était désobligeante pour Louis, à qui M. Poincaré ne serait pas fâché de reprocher l'incertitude dont 1l pouvait s’accuser lui-même à bon droit. Les facteurs de la combinaison n'étaient pas à Saint-Pétersbourg : M. Tittoni et Isvolsky vivaient à Paris. Tous deux avaient le secret de l'opération sur laquelle ils s'étaient concertés en connaissance de cause pour faire sauter la paix européenne par l'excitation de la guerre balkanique. Tous deux, inséparables et assidus auprès de M. Poincaré, l'enguirlandaient conjointement, sournettaient avec déférence des occasions de jouer un grand rôle à son ambition. Tantôt

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ERREURS OÙ MENSONCES 281

l'italien faisait valoir l'intérêt pour la France de libérer la Méditerranée en terminant la guerre 1talo-turque : tantôt le Russe se répandait en récriminations sur la fermeture des Détroits qui bloquaient dans la Mer Noire le commerce de la Russie Méridionale : tantôt les deux compères s accordaient à dépeindre sous les couleurs les plus noires le mécontentement des chrétiens balkaniques contre le joug ottoman, et tiraient à leur profit toutes les conséquences de ce désordre : tantôt on ébauchaït le plan d'une alhance à trois ou à quatre soi-disant pour pacifer l'Orient, parfois on flattait la marotte de M. Poincaré, qui aurait voulu présider à Paris une conférence européenne

pour donner du prestige à son gouvernement.

Flatté de l'importance qu Isvolsky et Tittoni réunis

attribuaient à son jugement, il n'était que plus enclin

A ® “ 1 L Le) à conduire seul les affaires où son ambassadeur lu; parais- Sait importun par ses avis, ses remontrances et son expé-

rence, Plus Georges Louis le conjurait d'examiner avec

le recul voulu les propositions russo-italiennes et les arrière-pensées d'Isvolsky, plus il se livrait, moins il avait de chances de deviner les desseins de l'alliance balkanique

que son favori lui cachait avec soin. Il fallut le voyage à

Sant-Pétersbourg pour qu'à la lecture faite dans le

cabinet de Sazonoff il s’écriât : Mais c’est une con- vention de guerre ? Dans quelle mesure Sazonoff était-il Au courant des menées qui de Rome passaient par Paris

pour aboutir à Saint-Pétersbourg? Exactement dans la Proportion où la politique traditionnelle russe, exploitée

à outrance par Isvolsky, avait besoin de troubles orientaux.

Out au contraire de l'adage quieta non movere, elle était

a par définition agitatrice. C’est elle qui, le 12 octobre 1912, dictait la note remise à Poincaré, un peu pour |'effrayer,

un peu pour l'engager : « Malgré le ferme désir de ne pas

| Se laisser entraîner dans une guerre, 1l sera très difficile

+ : vi :

DR ES EL + 282 GEORGES LOUIS DES au Gouvernement impérial de lutter contre l'opinion 1t En publique si les Etats balkaniques se trouvent acculés à À À Ê ” - El e 9 HE © une situation critique. » C'est pourquoi, redoutant l'état Et Se d'esprit de la chancellerie russe, Louis télégraphrait que

Gazonoff avait dit :« Un coup de force de l'Autriche serait $ l’accroc irrémédiable, et déchaïînerait l'opinion russe sans BUT à que le Gouvernement russe puisse l’éviter. » Que de mots DORT | vagues, alliance balkanique, opinion publique russe,

HE © concert européen, salut de la paix du monde etc, etc, : dont les malins tiraient parti sans scrupule pour des buts

à précis et intéressés, tandis que M. Poincaré s’y embrouilla

F2 9 LA: | et s’y égara ! Nous avons trop entendu la seule cloche È russe dans les années qui précédèrent le conflit mondial :

1 eût été bien utile d'entendre aussi la cloche turque. Un

Tire dé nos confrères les plus versés dans l'étude des Affaires He | extérieures, M. Charles Vellay, a recueilli une des notes AR de cette cloche dans une interview d'Hilil Bey qui parut | F Es en décembre 1922 dans la Bibliothèque Universelle et Revue Hi | Suisse :

Di |. Depuis le Traité de Berlin, nous avons toujours trouvé la F: À Russie devant nous.

Me À En 1909. elle créa des difficultés en Arménie, entravant Hat ch l'œuvre de réorganisation militaire de Mahmoud Chevket He | Pacha. | Ha | En 1912, la Russie réconcilie la Serbie et la Bulgarie. Elle na noue la coalition. Elle signe un accord avec la Bulgarie aux Ha | termes duquel, si la Bulgarie entrait en guerre contre la Tur-. De quie au moment fixé par la Russie, celle-ci interviendrait avec rt 2 toutes ses forces pour la soutenir, et, si la Bulgarie entrait en 1 | guerre de son propre mouvement, la Russie lui garantirait À: hs toujours son intégralité territoriale. | un | Au début de 1914, s’ouvrirent les négociations de l'emprunt | qui nous amenèrent à des conversations générales avec la : Us | a SPRRIE a UT

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