‹ Georges LouisChapitre 4 sur 145 · A VER · texte numérisé non relu

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nalités en vedette, les favoris de l'hérédité, du maître ou de la brigue électorale, s’adjugent les honneurs avec les bénéfices de‘cette capacité subordonnée, de ce dévouement effacé jusqu’à l'abnégation. -

À ce lustre, qui fut longtemps celui de Georges Louis, des circonstances tragiques joignirent d’autres gloires. À une heure critique, avec autant de courage que de sagacité, 1] lutta jusqu’à se sacrifer lui-même, pour la meilleure

direction, pour la fortune de la France en péril. On passa

outre, mais sans entamer son intransigeante franchise :.

(On peut toujours perdre une ambassade, disait-il en recevant l'avis de sa révocation : on n a jamais le droit de perdre son pays. » Sa disgrâce reste étroitement liée aux origines lointaines de la guerre. [l en est virtuellement inséparable : elles ne seront dégagées en plein que si les bases de sa doctrine, les causes de sa résistance et de ses révers sont tirées de la nuit où elles dorment pour la tranquillité de persécuteurs lotis et bien pourvus.

Ces origines se dérobent encore, enveloppées de brume et d'invraisemblances, bizarrement embiouillées ou SyS= tématiquement faussées. Comme elles, l'image de Georges

ouIS se présente À nos regards sous les traits estompés d'une ébauche incomplète, saisie vaguement au passage et confusément retenue. Beaucoup d’ombres y voilent une lumière pourtant vive et brûlante. Son rayonnement ineffaçable, en dépit de noirceurs hostiles, attire invinciblement les regards. Elle perce les nuées que des mains expertes et perfides ont assemblées pour mieux en éteinre l'éclat, Acharnement auss: malintentionné qu’oiseux | Il atteste le prix inestimable de ce qu une jalousie alarmée s’obstine à cacher, et l'attention, excitée par cette malaresse, s'attache aux malheurs inexpliqués d’un amassadeur dont la chute soudaine demeure un’ Secret d'Etat, Sans avoir eu le retentissement des causes en

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vogue et la consécration tapageuse de la popularité, elle éveille des échos d'une sonorité extraordinaire.

Nul publiciste renseigné ne les traite à la légère : nul politique, s 1l n est pas novice, n'oserait y être indifférent. Ils ont le privilège rare de communiquer aux âmes éprises de clarté historique le frisson d'un mystère émouvant sur la question la plus propre à nous passionner. Entouré d'incidents inoubliables, où toutes les roueries s’allièrent contre une volonté intrépide, sans l'abattre, 1l est associé par sa nature à nos préoccupations les plus obsédantes. La génération contemporaine veut être fixée : elle réclame le redressement d'une iniquité qui a trop duré, d'une fiction diplomatique rétrécie par l’omission des impondérables d’où notre destinée a dépendu.

La route vers le contrôle efficace de ces données imparfaites n'est pas très accessible, Elle est barrée par des obstacles inférieurs, l'hypocrisie rituelle du formalisme administratif et l'obstruction de remords inavoués, qui fuient le dialogue avec un mort cyniquement poignardé. Les deux mfluences, dissimulées et concertées, tendent à masquer la perspicacité de Georges Louis. Elles rabaisseralent volontiers son duel magistral au cas médiocre d’un vulgaire employé, dont les déboires découlent d'une difficulté banale avec ses chefs hiérarchiques. Cette mesquinerie abjecte ne prévaudra pas contre la force souveraine des faits.

Sans doute, aux environs de la maison close du Quai d'Orsay, il est risqué de rappeler, même sous forme d'allusions, les scènes épiques de 1912 et de 1913, quand trois acteurs de marque se coalisèrent contre un seul adversaire, pour faire virer dangereusement la politique euro-

; péenne : alors conspirèrent ensemble Isvolsky, Sazonoff, | et derrière le rideau, dans la pénombre, M. Poincaré. * Automatiquement, le trio, que gênait l'œil aigu de Geor-

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ges Louis, se solidarisa aux dépens de l'observateur trop clarvoyant, Le combat inégal se termina par la disqualification de sa franchise et de ses conseils. Pourquoi et comment ? Quomodo vir cecidit à C’est le sujet de ce livre, la péripétie capitale, le centre et le nœud du drame, dont les dessous, la préparation et le développement nous échappent, non par l'effet du hasard, mais d’une machination soigneusement combinée,

e sombre roman, couvert de ténèbres, n'en est que plus troublant, Un groupe d'eëprits chercheurs s'en est emparé ; 1ls se tourmentent pour en pénétrer le sens, avoir le dernier mot. Ils ne cessent de scruter les anomales étranges d’un épisode obscur sur lequel la Justice Immanente réserve son arrêt définitif, Quiconque ne se paie ni de phrases ni de vaînes palinodies, devine que la crise souterraine et sourde, où Georges Louis fut vaincu, a fait plus d'une victime. En défendant avec une persévérance inflexible l'autonomie de son pays, 1l s'est immolé Pour notre salut à tous. Celui de la France et de la civil; sation vacilla le jour où il tomba, La portée amplifiée de son infortune personnelle s’est élargie à l'infini : ses suites sont immenses, universelles, incalculables.

S il est une vérité confirmée par de longues et cruelles expériences, que l'élite qui pense doit à l'humanité meurtrie, s 1l est une vérité bonne à dire et à redire, embrassant les résultats immédiats et les conséquences illimitées du choc de 1914, c'est qu'il se solde par des ruines sans compensation, par un désastre sans précédent, Pas un étre sur cette terre qui ne souffre du contre-coup des fautes conscientes ou inconscientes de quelques-uns, de ceux qui déchaînèrent le fléau.

uand les gouvernements se sont effondrés, quand les

pilotes, lâchant la barre et perdant la tête, ont fermé les

Yeux pour courir plus vite à l'abîme, avec l'espoir chi:

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mérique d'une solution miraculeuse de leurs embarras, esclaves de leurs rêves ou de leurs appétits, nous avons dû expier cet emballement, subir ce vertige, Tous, petits et grands, riches et pauvres, militaristes ou pacifistes, nous continuons à payer pro parte virili la rançon Individuelle des folies imposées à la collectivité Commises en notre nom, sous notre couvert, par des mandataires aveugles, mfidèles ou mal surveillés, elles sont justiciables des sanctions d’une Chambre Ardente Elle seule moralisera le monde, délibérant sur instructions nouvelles et prononçÇant en dernier ressort. Souhaitons ce débat libérateur quand 1l balaiera l'air, les peuples liront couramment ce que nous épelons aujourd’hui si péniblement. Mais ce tardif amendement n’atténuera pas la rudesse des pénahtés qui accablent avec persistance les foules innocentes. Elles sont les tributaires de la minute impunie où l'incendie imextinguible s'est répandu sur la surface des cinq continents. Jamais les accents de la parole biblique, pitoyable et douloureuse, misereor super turbam, n'’eurent plus de profondeur et de légitimité.

Ï] suffit d'un regard jeté sur les conditions économiques et sociales d'avant-guerre pour mesurer le contraste entre la douceur de vivre dont nous nous sommes dépouillés, entre les paradis perdus, et l’affreux servage qui nous opprime. Mille et mille restrictions, charges et contraintes matérielles, mille peines et blessures morales éternisent l'épreuve, lot uniforme des vainqueurs et des vaincus ! Et à travers quelles angoisses, quelles agonies, quels deuils, quels fleuves de sang et de larmes ! Nous plions, nous trébuchons en traînant les instruments de notre supplice : nous succombons sous notre croix. Courbés sous le fouet de nécessités implacables, nous n'avons même pas la

“consolation que le fardeau de l'héritage soit épargné à nos

descendants. Hélas ! Ils seront aussi lourdement frappés,

et plus injustement que nous, puisqu ils n'ont pas trempé dans l'erreur initiale : delicta majorum immeritus lues ! Toute une race naissante est passible du même châtiment.

Au milieu de cette morne désolation, de cette sécheresse désertique, si nous apprenions tout à coup que le Mal qui a été, qui subsiste, aurait pu ne pas être, quel sursaut, quel réconfort dans les têtes les plus déprimées ! Si le mythe de la guerre fatale cessait d'être une plaisanterie sinistre, quelle révolte ! Et ensuite quelle colère quand il sera prouvé que l'avalanche de calamités dont le terme recule sans cesse, n'était pas un phénomène inéluctable !

Oui, la guerre pouvait être enrayée, contenue à sa naissance, avant son explosion. Elle n'eût pas atteint l: point limite après lequel la fissure funeste, hibre de s'étendre, détermina la rupture d'équilibre. Par là filèrent les éléments perturbateurs, glissant vers le vide insondable. Dans la bataille perdue par Georges Louis contre M. Poincaré, les génies du bien et du mal, les chances de paix ou de guerre se balançaient à égalité. Sous la pression de celles qui l’'emportèrent, tout a été gâché et broyé. Les événements en furie se sont précipités dans la voie ouverte par leur pesanteur irrésistible.

Voilà ce qu’il importe d'établir, ce que nous essaierons de démontrer !

En m'attaquant à cette rude tâche, je me heurte à des préjugés très enracinés : mais je suis tranquille, jai foi que ma démonstration ne sera plus prématurée, qu'elle est même attendue. Les symptômes avant-coureurs d'un renouveau annoncent la détente, l'aurore d'un âge meilleur. Le bon sens et le sens critique y reconquerront leurs droits, que chicane une malignité perverse pour se perpétuer. L'interrègne où nous fûümes débordés par la

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