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[Il y a, écrivait-1l pour l'acquit de sa propre conscience, dans l'âme des hommes qui jouent les destinées de leur pays, des drames plus profonds que des intrigues galantes et des niaiseries du protocole.
Ces drames, 1l les a vécus dangereusement. Dans l’exercice de son mandat, 1l ne s'est jamais départi d’une règle tracée ne varielur. Elle le montre obsédé par les grands problèmes de la patrie mutilée et de la réintégration des provinces perdues : mais 1l se refusait à devancer la justice immanente : ( Notre but ne change pas; mais les moyens dépendent des circonstances. » Ce fut un axiome sur lequel il ne transigea pas, même au prix de son ambassade.
S1l navait pas recu des instructions contredisant celles que son chef se réservait de négocier par-dessus sa tête et à son insu, 5 il n'avait pas été handicapé par les dénonciations venimeuses qui lui enlevèrent son calme et son autorité, l'Alliance n'aurait pas souffert des contresens, des abus et des folies qui l'ont fourbue. En succombant, elle a ruiné de fond en comble l’Empire russe, et l'Empereur, avec toute sa famille, a péri misérablement pour avoir mal accordé l'instrument légué par son glorieux père. La France vit et vivra. Mais l’impéritie des casse-cou qui sabotèrent l'Alliance n’en a pas moins frayé la route de Paris à cmquante-deux corps d'armée allémands dans le mois d'août 1914. Si nos régiments de jéunes soldats, saignés à blanc et indomptables, n'avaient pas tenu sur la Marne un quart d'heure de plus que ceux de Guillaume Î[, nous aurions, nous aussi, disparu sur la carte d'Europe, pour avoir lâché la bride aux extrémistes du panslavisme.
Plus de la moitié des manuscrits de Georges Louis roule sur ces rapports mouvants de la France et de la Russie. Sa préoccupation fondamentale fut de manier
avec souplesse les pactes qui nous liaient. Il les a fouillés sous tous leurs aspects, classant les hypothèses favorables ou malheureuses dont il faut être averti pour n'être jamais surpris. Depuis les premiers linéaments de l’AL lance au berceau, à travers sa croissance, il en a suivi les hauts et les bas, les arrêts et les progrès, jusqu’à complète élaboration de ses articles successifs, incessamment modelés pour que la statue se dressât parfaite, et l'outil bien en main, utilisable au mieux dans les cas prévus et imprévus.
Le premier contact, pris en 1891, par un échange de lettres, porte brillamment les noms de Ribot., Laboulaye et Giers. Ces initiateurs se bornèrent à concentrer l’Entente cordiale sur toute question capable de compromettre la paix générale et sur les mesures s'imposant aux deux gouvernements au cas où cette paix serait en danger. En 1892 un grand pas de plus est fait : une convention militaire est signée. L’honneur en revient au général de Boisdeffre : elle est rendue définitive par la volonté de la Russie. En 1899, la convention militaire de 1892 et 1893 devient perpétuelle de fait, étant destinée à durer autant que l'accord de 1891, à subsister aussi longtemps que les intérêts généraux et permanents des deux nations resteront solidaires. En 1900, Delcassé s'attache à étendre l'Alliance : elle n'assurera plus seulement la paix générale, mais { le maintien de l'équilibre entre les forces européennes ». Îl s'agissait d'opposer au besoin la force à un agrandissement de l'Allemagne aux dépens de la monarchie austro-hongroise.
Dans la même année, des mesures militaires sont examinées pour mettre à l'unisson les deux Etats-Majors au cas où les deux gouvernements décideraient de se porter un appui mutuel en vue d’une guerre avec l'Angleterre.
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En 1901, ces mesures prennent corps pour le cas d’une
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convention contre | Angleterre. Le Livre Jaune français publié en 1918 est muet sur ces dernières dispositions. Elles prouvent un certain éclectisme qui importe à l’histoire, et dont la conversation suivante du comte Witte avec Georges Louis nous donnera peut-être la clef :
France et Russie.
25 octobre 1911
C. Witre. — La France et la Russie ont commis une grande faute en se rapprochant étroitement de l'Angleterre. Mais cette question demanderait de longs développements dans lesquels je ne puis entrer aujourd hui. Cette entente avec l'Angleterre, c'est ce qui irrite l'Allemagne. Jamais elle ne s’y fera. Ne croyez pas cependant que je sois l'ennemi de l'Angleterre, au contraire.
G. Louis. — C'est la politique allemande qui nous a obligés à nous rapprocher de l'Angleterre.
C. Wirte.— Vous avez raison là-dessus. Le rapprochement avec l'Angleterre n'en a pas moins été une faute. Mais la faute qui domine tout, c est celle que vous avez commise en nous laissant nous engager dans une guerre avec le Japon. Si M. Delcassé était intervenu et avait démontré à | Empereur qu'il fallait éviter cette guerre, quelle était contraire au but de l'AÏliance entre la France et la Russie, l'Empereur aurait compris et n'aurait pas fait la guerre. J al fait tout ce que Jj ai pu pour l empêcher, mais, voyant que je n y réussiSsaIs pas, je me suis retiré.
G. Louis. — M. Delcassé ne croyait pas que la guerre éclaterait.
C. Wirre. — C'est ce que l’on m a dit lorsque je suis venu à Paris. Il se trompait, et cette erreur a été funeste.