‹ Gérard de NervalChapitre 12 sur 16 · R D IH' NERVAL · texte numérisé non relu

R D IH' NERVAL

Souriait <l;»n> TO8 veux :

Flambeaux tHeinls «lu mon.!.-.

Rallum-'z-\ous aux efeut,

Svhio s'était mariée, et la Reine de Saba était « au tombeau. » Celte double mort avait été le double coup de marteau gu! avait fêlé à jamais le cœur de Gérard. En vain voyagea-t-il, espérant ainsi dompter l'âme révoltée en fatiguant le corps : le souvenir, impitoyable, fut son compagnon de route. 11 aurait bien «là le prévoir, lui, l'éditeur de Ronsard qui avait dit :

Pauvre sot que je suis, qui pense qu'un voyage, Tant soit-ii eslranger, m'arrache ilu courage : i - ici enchamé qui dans mon cœur TÎvroît,

Kl .le >ur mon cheval en ttoppe me suivroit. . .

Il aurait bien dû le prévoir, lui encore, le traducteur d'Horace qui avait dit, longtemps avant l'amant de la ■ ln'llc Angevine, » de L'adorable Marie :

Post equiteut stdet atra cura.

Sun atra cura — noir, mai? cher souci—

était celle belle comédienne dont il avait une fois senti les longs cheveux d'or effleurer ses joues et à laquelle son âme était fiancée pour l'éternité. L'amour du peintre Colonna pour la belle Laura, — aimée jusque par delà la mort !

Il la pleura longtemps, en vers et en prose, à Paris ei à Cologne, en France et en Italie, en Hollande et en Allemagne, sous les bosquets du Prater de Vienne et sous les ombrages du parc de Schœnbrunn, sur les rives du Bosphore et le long du canal de Bruges : il s'était juré à lui-même, comme Horace, d'aimer toujours sa Lalagé au doux sourire, à la voix plus douce encore :

Dulce riâentem Lalagen amabo Dulce loqueiilem,

D'ailleurs, la saveur âpre — quoique divine— du baiser qu'il en avait reçu, comme Alain Charlier de Marguerite d'Ecosse, lui défendait d'oublier.

GÉRARD r> 1 NI' H VAL. 103

Il disait :

Je suis le ténébreux* le \<ui, L'inconsolé, Le prince d'Aquitaine à la lour abolie : Ma seul.- itoUe est morte, et mon luth constellé Porte le Sokil noir de la Milancolie.

Dans la nuit du tombeau, lui qui m'as consolé, Rends-moi lePausilippe et la mer d'Italie, 1 a fleur qtii plaisait tarxl à mon cœur dêsoli . pampre à la rose s'allie.

s-je Amour ou Phœbus, Lusignan ou Dyrou ? . Mon front est rouge encore du baiser de la reine ; J'ai rôvé dans la grotte où nage la sirène.. .

Et j'ai, deux fois vainqueur, traversé l'Achéron : Modulai. t lour à tour sur la lyre d'Orphée Les soupirs de la sain'e et les cris de la fée.

Le libraire Tonquet, qui avait publié la satire dialoguée de Gérard de Nerval contre l'Académie et les académiciens , lui avait dit : « Jeune homme, vous irez loin! » Et, comme rajoute avec tant d'enjouement Gérard, le destin avait donné raison à ce brave homme en donnant à son édité la passion

des longs voyages. Entre deux sonnets pour Y Artiste ou deux articles pour la Presse, ce noble esprit, frère de Joubert qui aimait en effet à voyager dans des espaces ouverts et à se jouer dans des flots de lumière, s'en allait droit devant lui, toujours ebargé de son cber souci, — son seul bagage. Il partait au moment où ses amis s'y attendaient le moins, sans y songer lui-même, comme pour obéir à l'irrésistible besoin de se fuir. Volontiers il eût fait comme cet original qui, un jour, après avoir demandé à sa femme trois œufs sur le plat pour son déjeûner et être sorti prendre l'air, était parti pour les Indes, et, de retour après quelques années, avait dit en entrant cbez lui : « Les œufs sont-ils prêts?... » Gérard partait, sans se préoccuper des choses ordinaires de la vie qui, parfois, se rappelaient brutalement à son attention. Le billet en vers, daiô de Strasbourg, et adressé à Alexandre Dumas, à Francfort, en est la preuve.

Nous devons des pages nombreuses ,

lihRARD DE NERVAL. 10.")

toutes humoristiques, à ce besoin ambulatoire. Après ses FUtés du Feu et ses Ilium&nés je placerai immédiatement sa Lorely et ses antres impressions de voyage, qui ont un accent à part dans notre littérature contemporaine et qui, à cause de cela, méritent de rester, de survivre à tant d*œuvres •lu même genre signées de noms plus éclatants que le sien.

Dumas aussi a voyagé. Ses nombreux volumes de touriste sont amusants, assurément, comme tous ceux qui sont sortis de sa plume féconde, — une Mère Gigogne littéraire ! On y rencontre beaucoup d'esprit — et même quelques gasconnades.

Mais l'esprit ne suffit pas pour sauvegarder une réputation d'écrivain : tant de yens en ont qui n'écrivent pas! Il faut autre chose que n'a pas l'auteur de Monte-Cristo et qu'avait Gérard de Nerval : le style, qui est la sertissure naturelle des idées, ces diamants, — des cailloux quelquefois. Gérard de Nerval était ^n ; , ; : m; > : ce ne

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