‹ Gérard de NervalChapitre 36 sur 77 · SAINT-GERMAIN CAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

SAINT-GERMAIN CAGLIOSTRO

Ces deux personnages ont été les plus célébrée cabalistes de la fin du xvine siècle.

Le premier, qui parut à la cour de Louis XVety jouit

CACLIOSTRO 203

d'un certain crédit, grâce à la protection de madame de Pompadour, n'avait, disent les mémoires du temps, ni l'impudence qui convient à un charlatan, ni l'éloquence nécessaire à un fanatique, ni la séduction qui entraîne les demi-savants. Il s'occupait surtout [d'alchimie, mais ne négligeait pas les diverses parties de la science. Il montra à Louis XV le sort de ses enfants dans un miroir magique, et ce roi recula de terreur en voyant l'image du dauphin lui apparaître décapitée.

Saint-Germain et Gagliostro s'étaient rencontrés en Allemagne dans le Holstein, et ce fut, dit-on, le premier qui initia l'autre et lui donna les grades mystiques. A l'époque où il fut initié, il remarqua lui-même le célèbre miroir qui servait pour l'évocation des âmes.

Le comte de Saint-Germain prétendait avoir gardé le souvenir d'une foule d'existences antérieures, et racontait ses diverses aventures depuis le commencement du monde. On questionnait un jour son domestique sur un fait que le comte venait de raconter à table, et qui se rapportait à l'époque de César. Ce dernier répondit aux curieux :

— Vous m'excuserez, messieurs, je ne suis au service de M. le comte que depuis trois cents ans.

C'est rue Plâtrière, à Paris, et aussi à Ermenonville, que se tenaient les séances où ce personnage développait ses théories.

Ca'gliostro, après avoir été initié parle comte de Saint- Germain, se rendit à Saint-Pétersbourg, où il obtint de grands succès. Plus tard, il vint à Strasbourg, où il acquit, dit-on, une grande influence sur l'archevêque prince de Rohan.

Tout le monde connaît l'affaire du collier, où le célèbre cabaliste se trouva impliqué, mais dont il sortit à son avantage, ramené en triomphe à son hôtel par le peuple de Paris.

Sa femme, qui était fort belle et d'une intelligence élevée, l'avait suivi dans tous ses voyages. Elleprésidaàce fameux souper où assistèrent la plupart des philosophes du temps, et dans lequel on fît apparaître plusieurs personnages morts depuis peu de temps : selon le système de Cagliostro, il n'y a pas de morts. Aussi avait-on mis douze couverts, quoiqu'il n'y eut que six incités : d'Alembert, Diderot, Voltaire, le duc de Ghoiseul, l'abbé de Voisenon et on ne sait quel autre, vinrent s'asseoir, quoique morts, aux places qui leur avaient été destinées, et causèrent avec les conviés, de omni re scibili et quibusdam aliis.

Vers cette époque, Cagliostro fonda la célèbre loge égyptienne, laissant à sa femme le soin d'en établir une autre en faveur de son sexe, laquelle fut mise sous l'invocation d'Isis.

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