‹ Gérard de NervalChapitre 64 sur 77 · ANTÉROS · texte numérisé non relu

ANTÉROS

Tu demandes pourquoi j'ai tant de rage au cœur Et sur un col flexible une tête indomptée ; C'est que je suis issu de la race d'Antée, Je retourne les dards contre le dieu vainqueur.

Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le Vengeur, Il m'a marqué le front de sa lèvre irritée ; Sous la pâleur d'Abel, hélas ! ensanglantée, J'ai parfois de Gain l'implacable rougeur !

Jéhovah ! le dernier, vaincu par ton génie, Qui, du fond des enfers, criait : « O tyrannie ! y> C'est mon aïeul Bélus ou mon père Dagon...

Ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte,

Et protégeant tout seul ma mère Amalécyte,

Je ressème à ses pieds les dents du vieux ?dragon.

DELFICA

La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance, Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs, Sous l'olivier, le myrte ou les saules tremblants, Cette chanson d'amour... qui toujours recommence !

Reconnais-tu le Temple, au péristyle immense, Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents, Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents, Où du dragon vaincu dort l'antique semence?

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours ! Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ; La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

Cependant la sibylle au visage latin

Est endormie encor sous l'arc de Constantin :

— Et rien n'a dérangé le sévère portique.

ARTEMÏS

La Treizième revient... C'est encor la première ; Et c'est toujours la seule, — ou c'est le seul moment Car es-tu reine, ô toi î la première ou dernière ? Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ; Celle que j'aimais seul m'aime encor tendrement : C'est la mort — ou la morte... O délice ! ô tourment La rose quelle tient, c'est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux, Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule : As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux : Tombez fantômes blancs de votre ciel qui brûle : — La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !

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