‹ Gerard De NervalChapitre 111 sur 319 · JOURNAL DE BORD · texte numérisé non relu

JOURNAL DE BORD

L’humble vérité n’a pas les ressources immenses des combinaisons dramatiques ou romanesques. Je recueille un à un des événements qui n’ont de mérite que par leur simplicité même, et je sais qu’il serait aisé pourtant, fût-ce dans la relation d’une traversée aussi vulgaire que celle du golfe de Syrie, de faire naître des péripéties vraiment dignes d’attention; mais la réalité grimace à côté du mensonge, et il vaut mieux, ce me semble, dire naïvement, comme les anciens navigateurs : « Tel jour, nous n’avons tien vu en mer qu’un morceau de bois qui flottait à l’aventure; tel autre, qu’un goéland aux ailes grises...» jusqu’au moment trop rare où l’action se réchauffe et se complique d’un canot de sauvages qui viennent apporter des ignames et des cochons de lait rôtis.

Cependant, à défaut de la tempête obligée, un calme plat tout à fait digne de l’océan Pacifique, et le manque d’eau douce sur un navire composé comme létait le nôtre, pouvaient amener des scènes dignes d’une Odyssée moderne. Le destin m'a Ôté cette chance d'intérêt en envoyant ce soir-là un léger zéphyr de l’ouest qui nous fit marcher assez vite.

J'étais, après tout, joyeux de cet incident, et je me faisais répéter par le Capitaine l’assurance que, le lendemain matin, nous pourrions apercevoir à l’horizon les cimes bleuâtres du Carmel. Tout à coup des cris d’épouvante partent de la dunette. « Fargha el babr ! fargha el babr ! — Qu'est-ce donc ? — Une poule à la mer ! » La circons-

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