‹ Gerard De NervalChapitre 222 sur 319 · Takbir: glorification · texte numérisé non relu

Takbir: glorification

il invoque la miséricorde de Dieu en faveur du défunt, et, s'adressant aux personnes présentes, il leur dit : « Donnez votre témoignage à son égard »; et ils répondent : « Il fut vertueux. » Ensuite on enlève le cercueil, et si la cérémonie a lieu dans la mosquée de quelque saint célèbre, on le place devant le Maksourah, où grillage qui entoure le cénotaphe du saint. Quelques fakirs et les assistants récitent ici d’autres prières funèbres, et le convoi se remet en marche dans l’ordre précédent jusqu’au cimetière. Ceux du Caire sont pour la plupart hors de la ville, dans les contrées désertes situées au nord, à l’est et au sud de son enceinte; les cimetières dans la ville sont en petit nombre et de peu d’étendue.

Nous allons maintenant donner une description succincte d’un mausolée. Il se compose d’un caveau oblong, ayant un toit voûté; il est généralement construit en briques enduites de plâtre. Le caveau est profond afin que ceux qui y sont inhumés puissent à l’aise se mettre sur leur séant, lorsqu'ils sont visités et examinés par les deux anges Munkar et Nekir. Un des côtés du mausolée fait face à la direction de la Mecque, c’est-à-dire au sud-est; l’entrée est au nord-est. Devant cette entrée se trouve une petite cave carrée, recouverte en pierres la traversant d’un côté à l’autre, afin d’empêcher la terre de pénétrer dans le caveau. Cette cavité ainsi maçonnée est à son tour recouverte de terre. On construit au-dessus du caveau un monument oblong, nommé Tarkibeh, qui est ordinairement en pierres ou en briques; sur ce monument sont placées perpendiculairement deux pierres, l’une à la tête, l’autre aux pieds. En général ces pierres sont d’une grande simplicité; cependant on en voit d’ornées, et souvent celle du côté de la tête porte ‘pour inscription un verset du Coran, et le nom du défunt avec la date de son décès b. Cette pierre est quelquefois surmontée d’une sculpture représentant un turban, un bonnet ou quelque autre coiffure, qui indique le rang ou la classe des personnes placées dans le tombeau. Sur le monument d’un cheik éminent, ou d’une personne de haut rang, l’on érige ordinairement un petit bâtiment surmonté d’une coupole. Beaucoup des tombeaux érigés en l’honneur des notabilités turques ou mameloukes portent des #arkibebs en marbre, couverts d’un dais en forme de coupole, reposant sur quatre colonnes de marbre; alors la pierre perpendiculairement placée du côté de la tête porte des inscriptions

en lettres d’or, sur un fond d’azur. Dans le grand cimetière au midi du Caire, on en voit un grand nombre construits de cette manière. La plupart des tombeaux des sultans sont d’élégantes mosquées.

Le tombeau ayant été ouvert avant l’arrivée du corps, Penterrement n’éprouve aucun retard. Aussitôt le fossoyeur et ses deux assistants tirent le corps du cercueil et le déposent dans le caveau; les bandages dont on l’a entouré sont déliés; on le pose sur le côté droit, ou bien on l’incline à droite, de manière à ce que la face soit tournée vers la Mecque : on l’assujettit dans cette position au moyen de quelques briques crues. Si l’enveloppe extérieure est un châle de cachemire, on le déchire, de peur que sa valeur ne soit un appât pour la violation du tombeau par quelque profane. Quelques-uns des assistants placent doucement un peu de terre auprès et sur le corps; puis on referme Pentrée du caveau, au moyen des pierres de clôture placées sur la petite cavité qui la précède et de la terre qu’on avait déblayée. On procède alors à une cérémonie qui a lieu pour tous, excepté pour les enfants en bas âge, ceux-ci n'étant pas considérés comme responsables de leurs actions. Un fakir y remplit l’office de Mullakin (instructeur des morts) et, assis devant le mausolée, il dit : « O serviteur de Dieu ! O fils d’une servante de Dieu |! Sache qu’à présent descendront deux anges expédiés vers toi et tes semblables. — Lorsqu'ils te demanderont : Qui est ton seigneur ? réponds-leur : Dieu est mon seigneur, en vérité. — Et quand ils te questionneront concernant ton prophète, ou l’homme qui a été envoyé vers toi, dis-leur : Vraiment, Mahomet est l’apôtre de Dieu; — et lorsqu’ils te questionneront sut ta religion, dis-leur : L’islamisme est ma religion; — et quand ils te demanderont le livre qui est ta règle de conduite, tu leur diras : Le Coran est le livre qui règle ma conduite, et les musulmans sont mes frères; — et lorsqu'ils te questionneront sur ta foi, tu leur répondras : J'ai vécu et je suis mort dans la persuasion qu’il ny a de dieu que Dieu, et que Mahomet est l’apôtre de Dieu. Alors les anges te diront : Repose, Ô serviteur de Dieu ! sous la protection de Dieu ! »

Les Égyptiens croient que l’âme reste avec le corps pendant la première nuit qui suit l’inhumation, et que cette nuit-là elle est visitée et examinée par les deux anges indiqués ci-dessus, qui peuvent torturer le corps ?.

La nuit qui suit l’inhumation est nommée Ley/erel Wabsheh (nuit de la désolation), la place du défunt restant abandonnée.

Dès le coucher du soleil, on conduit deux ou trois fakirs à la maison mortuaire, où ils soupent de pain et de lait, à la place où le défunt est mort; ils récitent après le Sourat-el-Mulk (67° chapitre du Coran). Comme on croit que durant la première nuit après l’inhumation l’âme reste avec le corps, pour se rendre ensuite, soit au séjour désigné aux âmes vertueuses jusqu’au jour du dernier jugement, soit dans la prison où les méchants doivent attendre leur arrêt définitif, cette nuit est aussi nommée Ley/er-el Wahdeh (nuit de la solitude ?).

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