L’AIMABLE INTERPRÈTE
Je n’avais envie ni d’aller acheter un habbarah ni de faire une simple promenade; il m'était venu à l’idée qu’en prenant un abonnement au cabinet de lecture français, la gracieuse Mme Bonhomme voudrait bien me servir de truchement pour une première explication avec ma jeune captive. Je n’avais vu encore Mme Bonhomme que dans la fameuse représentation d'amateurs qui avait inauguré la saison au Teatro del Cairo ; mais le vaudeville qu’elle avait joué lui prêtait à mes yeux les qualités d’une excellente et obligeante personne. Le théâtre à cela de particulier, qu’il vous donne l'illusion de connaitre parfaitement une inconnue. De là les grandes passions qu’inspirent les actrices, tandis qu’on ne s’éprend guère, en général, des femmes qu’on n’a fait que voir de loin ?.
Si l’actrice a ce privilège d’exposer à tous un idéal que l’imagination de chacun interprète et réalise à son gré, pourquoi ne pas reconnaître chez une jolie, et, si vous voulez même, une vertueuse marchande, cette fonction généralement bienveillante, et pour ainsi dire initiatrice, qui ouvre à l'étranger des relations utiles et charmantes ?