PRÉPARATIFS DE NAVIGATION
A cange qui m’emportait vers Damiette contenait aussi tout le ménage que j'avais amassé au Caire pendant huit mois de séjour, savoir : l’esclave au teint doré vendue par Abd-el-Kérim; le coffre vert qui renfermaïit les effets que ce dernier lui avait laissés; un autre coffre garni de ceux que j’y avais ajoutés moi-même; un autre encore contenant mes habits de Franc, dernier encas de mauvaise fortune, comme ce vêtement de pâtre qu’un empereur avait conservé pour se rappeler sa condition remière !, puis tous les ustensiles et objets mobiliers dont 1l avait fallu garnir mon domicile du quartier cophte, lesquels consistaient en gargoulettes et bardaques propres à rafraîchir l’eau, pipes et narghilés, matelas de coton et cages (cafas) en bâtons de palmier servant tour à tour de divan, de lit et de table, et qui avaient de plus pour le voyage Pavantage de pouvoir contenir les volatiles divers de la basse-cour et du colombier.
Avant de partir, j'étais allé prendre congé de madame Bonhomme, cette blonde et charmante Providence du voyageur. « Hélas ! disais-je, je ne verrai plus de longtemps que des visages de couleur; je vais braver la peste qui règne dans le delta d'Égypte, les orages du golfe de Syrie qu’il faudra traverser sur de frêles barques; sa vue sera pour moi le dernier sourire de la patrie | »