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moi qui me serais fait tuer pour lui de si bon cœur 1 » La nécromancienne était convaincue qu’on avait pendu Gérard.
87. Page 350. — Arsène Houssaye dit avoir remarqué sur le cadavre certain phénomène physiologique très caractéristique de la mort par suspension, et que l’on put observer toute lajournée que dura l’exposition du corps (Le Livre, 1883).
88. Page 352. — Il lui était parfois arrivé cependant de faillir à la fidélité qu’il avait jurée à la mémoire d’Aurélia, mais toujours ces parjures donnaient lieu aux remords les plus âcres. Houssaye avait compté sur quelque intrigue de hasard pour ramener Gérard dans le cercle des sentimens humains et l’extraire de l’abîme que creusait chaque jour la solitude. Or, un matin, il fut réveillé par son ami, qui venait l’entretenir d’un projet de conquête de la Grèce : il s’agissait de faire voile, sans plus tarder, vers l’île des Sirènes et d’appareiller pour Cythère. Houssaye descendit avec lui, voulut l’emmener au café d’Orsay : ils venaient de rencontrer le poète Édouard L’Hôte, lorsque survint une gentille grisette aux cheveux ébouriffés, « vraie colombe dépareillée dont le vent a frisé les plumes ». « Elle sera du voyage », dit Gérard, qui, après quelques galans propos, avait pris le bras de la belle. L’Hôte les avait quittés pour se rendre au ministère
APPENDICE
des Finances, et le trio rebroussa chemin vers les Tuileries. Gérard voulut commander un déjeuner sommaire et Houssaye en profita pour glisser rapidement quelques louis à la femme en lui disant : « Soyez lui douce ; quand vous n’aurez plus d’argent, vous lui direz de venir me voir avec vous. » Le déjeuner fini, Gérard oublia l’île des Sirènes, mais, rêvant encore de Cythère, emmena sa conquête vers Montmartre. A quelques jours de là, Houssaye le rencontra, seul, flânant sur le quai Voltaire, « Eh bienl et la jolie Vénus des Tuileries ? — Alil répondit Gérard, comme nous avons été heureux de nous quitter 1 »
Une autre fois, — c’est encore Houssaye qui parle, — Gérard emmena celui-ci avec Stadler, à Versailles. 11 devait leur présenter une dulcinée du type biondo e grassotn, auquel du moins il restait fidèle. Écartant la proposition d’un déjeuner aux Réservoirs, il conduisit ses amis dans une guinguette, où bientôt les rejoignit une dame aux contours si opulens que Houssaye en fut effrayé. Gérard leur dit avec émotion les débuts de cette idylle. La belle était éprise d’un maréchal-des-logis de cuirassiers, et Gérard l’avait trouvée, au pied d’un arbre, répandant force larmes sur le départ de ce héros. Il l’avait abordée avec intérêt et s’était si bien employé à la consoler qu’il y était parvenu assez complètement, résultat dont il gardait quelque fierté. Depuis il n’avait manqué, chaque semaine, de lui renouveler son tribut de consolations. Il avait si bien apprivoisé cette nymphe athlétique qu’elle avait pour son poète une aveugle admiration, lisant ses livres tout le jour et lui chantant les vieilles chansons du Valois qu’il lui avait apprises. « N’était son envergure, ajoutait Gérard, je l’emmènerais à Montmartre pour y vivre seul avec elle.... » (Arsène Houssaye, Gérard de Nerval, Souvenirs d'anlan-, Le Livre, bibliographie rétrospective, année 1883.)
De telles aventures ne pouvaient longtemps occuper l’esprit de Gérard, où se dressait bientôt le spectre irrité d’Aurélia : « Je me représentais, dit-il, la vie que j’avais menée depuis sa mort, me reprochant, non de l’avoir oubliée, ce qui n’était point arrivé, mais d’avoir, en de faciles amours, fait outrage à sa mémoire. »
89. Page 355. — Dans sa préface pour leRêveel la Vie (Lecou, 1855), Arsène Houssaye note encore ces détails sur l’aflection réciproque du père et du fils : « Gérard franchissait le seuil paternel avec un grand respect, embrassait le vieux chirurgien, et lui disait, d’une voix qui allait droit au cœur, quel que fût le cœur : Bonjour, mon père. Le dimanche et le jeudi étaient deux jours de fête pour tous les deux. On dînait lentement et on parlait beaucoup. Après le dîner, Gérard secouait un peu la poussière des livres ; quelquefois il conduisait son père au café Turc ; mais il n’y restait pas ; car, dès qu’il avait repris l’air de la rue, il s’envolait sans dire bonsoir. Quand il était à Paris, il ne manquait jamais au dîner paternel du dimanche et du jeudi ; mais que de fois son père l’attendit vainement... On n’en mettait pas moins le couvert de cet enfant prodigue des belles années. Cela le fera revenir, disait le père. Et il dînait tristement avec le souvenir de ce charmant vagabond... »
90. Page 356. — La veille des funérailles, Alexandre Dumas écrivit à Victor Hugo : « Mon bien cher et bien grand, vous savez que notre pauvre Gérard s’est suicidé ou a été assassiné. On l’enterre demain. Arsène Houssaye s’est chargé cH» tous les détails du convoi. Voici ce que je lui ai dit hier : « Mon cher Houssaye, si Victor Hugo eût été à Paris, il eût fait à notre « cher Gérard l’honneur de porter un des coins du drap. Je crois qu’en l’absence » de notre grand poète, il est de notre devoirdelaisserlaplaced’Hugo vacante « et de n’avoir que trois ou cinq porteurs. Je propose, disposez. A vous : « Al. Dumas. » Houssaye a répondu : « Oui, à mardi matin, Arsène Houssaye. » Vous voyez que je ne perds aucune occasion de protester contre
ADDITIONS ET NOTES 387
votre absence. Demain vous serez donc au milieu de nous... Lundi 29 janvier. » (J. Marsan : Correspondance, introduction, note p. 24.)
91. Page 357. — Cette première concession porte le n° 126 057 du registre, et se trouvait dans la 16° division, 4° ligne, du chemin La Bèdoyère.
92. Page 358. • — Charles Colligny (1823-1874) fut secrétaire de rédaction à l’Artiste. Bohème et noctambule, ces traits communs avec Gérard ont servi de thème à Houssaye pour le discours qu’il prononça sur sa tombe. « J’avais donné un tombeau à Gérard de Nerval, dit Houssaye dans V Artiste ; j’ai donné le même tombeau à Charles Colligny, non point par économie, comme le pourraient croire les bourgeois retirés des affaires, mais parce qu’il y avait entre ces deux poètes plus d’un point de ressemblance. Tous les deux, esprits hors ligne d’ailleurs, croyaient que le gaz avait remplacé avantageusement le soleil, etc. » ( l’Artiste , 1875).
93. Page 359. — • Nous copions sur la fiche de situation de cette sépulture : « Labrunie, dit Gérard de Nerval, 49e division, 4° ligne, face 48, n° 8 de la 52° division. » Le registre porte ces mentions : « Complément versé : 375 francs. • — 12 mars 1890: M. Arsène Houssaye a posé une colonne sur la sépulture et restauré la pierre tumulaire. — 29 novembre 1907 : M. Henri Houssaye a fait ouvrir le caveau. »
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