L'ANCIEN MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHÈQUE D'AUXERRE
La Bibliothèque d'Auxerre possède, autrefois, Tune des plus belles copies que Ton connaisse du poème de Gérard ; les bibliophiles la désignent sous le nom du Manuscrit de Sens, parce qu'il appartint pendant des siècles au Chapitre métropolitain. L'abbé Lebeuf l'avait consulté, il le fit prêter à Lacume de Sainte-Pallaye, lequel dut, selon son habitude, le couvrir de précieuses annotations, comme il le fit de l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. La Révolution inventoria la Bibliothèque du Chapitre de Sens, dont ses livres lee plus précieux furent envoyés à la Bibliothèque d'Auxerre.
L'exemplaire du poème de Gérard faisait partie de cet envol, avec plusieurs autres manuscrits précieux, lorsqu'il y a une soixantaine d'années un inspecteur de l'État visitant les bibliothèques publiques, survint à Auxerre et se fit remettre cent trente-deux ouvrages imprimés et trente-et-un Qianuscrits, les meilleurs assurément, « pour être déposés, disait-il dans * sa lettre au Préfet de l'Yonne, entre les mains de M. le Ministre de ( l'intérieur Chaptal, » puis suivait l'indication des livres t choisis » suivant l'expression du soi-disant Commissaire du Gouvernement et parmi bquels figure, au n® 4, le Bornant de Gérard de Roussillony in-4<».
C'était une spoliation véritable, car bien qu'à cette époque nos dépôts littéraires ne fussent encore considérés qu'à titre d'établissements provisoires, le docteur Prunelle s'appropria plusieurs des manuscrits qull ùt remettre au Ministre de l'intérieur.
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Quelques années après, Prunelle oioUranl, légua k eetle de Montpellier, sa viile nalale, sa propre bibliothèque, dans laquolla figurait son butin d'Auxerre. De celte spoliation hardie, MM. I.epére et Ciiérest ont publiés l'uB et l'autre dans le Bulletin it la Société des-Sciencet de l'Yonne, année 1856, p. 549, un récit très détaillé et susceptible d'être consulté avec fruit, car en vertu de décisions Judiciaires récentes, la prescription trenlenairB n'est pas applicable aux vols commis au préjudice des établissements publics.
On peut regretter que notre éminent compeiriote, M. Lepère, pendant son séjour au ministère, n'ait point songé aux moyens, qui sans doute lui eussent été faciles, de faire réintégrer à notre Bibliothèque les précieux ouvrages que celle de Montpellier détient induement. D'autant plus que l'œuvre qui nous a été ainsi soustraite, est absolument locale et fort dépaysée dons le pays des troubadours !
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