‹ Gérard de Roussillon, histoire et légendeChapitre 5 sur 15 · GÉRARD DB ROUSSILLON · texte numérisé non relu

GÉRARD DB ROUSSILLON

L^église de Pouthières n'eut jamais Fimportance de celle de Vézelay. Les dévastations et l'incendie en ruinèrent la nef; mais le chœur était encore, d'après les vieux historiens de la Bourgogne» c magnifique, pavé en marbre blanc et entouré de belles colonnes c aussi en marbre blanc, > ce qui parait annoncer un placage d'un goût douteux. Le corps de logis abbatial subsiste encore intact. C'est une belle et vaste construction dans le goût des grands hôtels élevés au siècle dernier. On y remarque, dans le grand vestibule, deux chapiteaux sculptés, dont les dimensions annoncent qulls portaient les grandes arcades de la nef. Ils sont de style roman et d'un caractère original. L'ancienne cuisine voûtée a été transformée en salle de billard.

Le propriétaire actuel du domaine de Pothières est M. Doé Léon et il en fait les honneurs aux visiteurs avec la plus exquise bienveillance.

Quant au village, t la ville appelée Poulthières par les anciens » dit le comte Gérard dans sa charte de fondation des deux monastères, il compte à peine aujourd'hui 600 habitants. Le chemin de fer de Châtillon à Bar-sur-Seine y a établi une station. Pothières doit évidemment son nom à sa situation topographique : poul (pied) et thière (montagne). Le mont Lassois, en effet, domine ce village établi à ses pieds. Malgré son nom actuel de Pothières^ les paysans lui maintiennent à peu près son nom original et logique. Ils le nomment Pouthières, preuve nouvelle de cette toute puissance de la tradition que j'aurai à invoquer plus d'une fois.

Le mont Lassois, lui, est appelé dans le pays la Moniaçne Saint- Afarcel, du vocable sous lequel est placé une antique église, seule construction restée debout sur ce long plateau qui porta la ville gallo-romaine de Latiscum, ancienne capitale du pays Lassois. On le nomme aussi la Moniagne de Vix, du nom d'un village assis à ses pieds sur le versant opposé à Pothières, ou plus simplement la Montagne, parce qu'elle fut le chef-lieu primitif du bailliage de ce nom, qui confinait au Tonnerrois.

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Vue à distance et des points éloignés qu'elle domine, la montagne ressemble à une pyramide régulière dont on aurait détaché le sommet. Celui-ci qui, de loin, paraît absolument horizontal, porte cependant deux plateaux : le plateau inférieur où s'élève l'église dédiée à Saint-Marcel et servant de paroisse aux villages de Vix et d'Etrochey, assis à ses pieds, et le plateau principal ou supérieur. Le dernier est devenu digne d'attention depuis l'exhumation des preuves parlantes de l'antique Latiscvm. Nous la devons à un esprit aimable et éminent, non moins jaloux d'étaler ces preuves au grand jour, que de retrouver les traces du château de Gérard. J'ai nommé M. Gustave Lapérouse, à Châtillon-sur-Seine, ancien conseiller général de la Côte-d'Or et qui a laissé de si bons et honorables souvenirs dans l'arrondissement de Sens, dont le gouvernement impérial lui avait confié l'administration.

Latiscum fut détruite à l'époque des invasions par les Vandales, lit-on dans Histoire et légende du pays ie la Montagne^ par M. Mignard. Gérard la releva de ses ruines t may il ne fu pas si fors € comme devant et l'on tint le cuens Gérard toute sa vie de son « patrimoine, et i demeura comme en sa propre maison » ajoute le manuscrit, de Beaune. On y lit tout un chapitre sur le mont Lassois, sur le château de Rous.sillon, sur son puits t le plus mer- € veilleux qui fut oncques », sur la bataille livrée par Charles-le- Chauve au pied de cette forteresse, récits amplifiés de la chronique de Vézelay et où la fiction parait s'être substituée très souvent à l'histoire véritable. Je n'ai donc point à m'y arrêter, mais à exposer comment viennent d'être rendues au jour les fondations présumées du château rédifié par Gérard de Roussillon.

Les premières fouilles ordonnées par M. Lapérouse avaient pour objectif le château dont le nom demeure pour toujours associé à celui de son illustre possesseur. Au centre environ du plateau supérieur, un léger exhaussement du soi en marquait l'emplacement suivant la tradition. Les premières fouilles concentrées sur ce point furent heureuses. On ne tarda pas, en effet, à retrouver, à

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ras de Tancien sol, les substructions d'un vaste édifice en forme de parallélogramme, divisé en une douzaine de salle de dimensions différentes, mais disposés en carrés parfaits. Seulement Taspect de ce plan et Tappareil de la construction accusaient nettement l'époque gallo-romaine.

Plus de doute dès lors ; si là s'élevait réellement le château de Roussillon, son fondateur avait utilisé, pour les approprier à sa nouvelle construction, les restes d'un palais romain, lequel dut à son tour remplacer un ancien oppidum gaulois. Cette version n'a rien d'invraisemblable et se fonde sur un grand nombre de cas analogues.

Il restait à exploiter le « puiis merveilleux » dont, selon l'auteur du poème Wallon dans la description du château de Gérard :

Nulz très plus biaux verrez ne finit avant ce puis Ne vit nulz n'est plus bel n'en plus fort lieu seoir.

Je ne puis mieux faire à cet égard que de publier les intéressantes et précieuses indications dont je suis redevable à M. Gustave Lapérouse lui-même :

Gérard de Roussillon, m'écrivit-il le 26 avril 1884, compte encore dans le Ghâtillonnais tant de mémoires fidèles, que j'ai toujours recherché, avec le plus grand intérêt, tout ce qui peut faire connaître son véritable rôle et se rattacher à l'histoire de sa vie, si mal connue encore. Je n'eus donc pas de peine à décider quelques-uns de mes parents et amis à entreprendre des fouilles parmi les débris qui couvrent l'emplacement de l'ancien oppidum de Latiscum, et nous avons pensé qu'un des premiers points à explorer était le fameux puits mentionné dans la légende.

« Il nous parut que ce puits, maintenant comblé, avait dû l'être « avec les décombres répandus à la surface du plateau. En effet, € son ouverture était encore très apparente. Il n'y avait qu'à 6 creuser et à enlever des terres rapportées, ce qui eut lieu. Mais € au bout de quelque temps nous abandonnâmes l'entreprise, € parce que les fouilles, arrivées à une certaine profondeur, non-

seulement devenaient dispendieuses, mais pouvaient entraîner des risques pour les ouvriers que nous employions. Ce fut l'avis de mon brave Marcel, de Vix, très familier avec ce genre de travaux. Marcel dirigeait ceux-ci et il fallut me ranger à son avis, qui était de les suspendre.

c Depuis, la Société archéologique de Châtillon s'étant fondée, je crus devoir signaler à son attention les deux lieux antiques que renferme notre arrondissement : Yoppidum de Zatiscum et VertUium, ville gallo-romaine détruite au milieu du m* siècle (actuellement Vertault). A cette fin, notre Société obtint une subvention du ministère de l'intérieur, sur l'avis de la Commis^ sùm des monuments historiques. Les fouilles ont commencé à VertUium seulement, où elles ont été très fructueuses. Mais je ne désire pas moins, pour ma part, que les fouilles de Zatiscum soient un jour reprises. »

Mais il faut nous arrêter encore à l'église solitaire qui couronne le plateau inférieur du mont Roussillon, car on assure qu'elle servait de chapelle au château de Gérard. Cette version paraît admissible, du moins pour le fond du collatéral sud dont les murs, en petit appareil régulier, rappellent tous les caractères de la taille et la disposition des pierres qui entraient dans la construction des murs romains et qu'imitèrent les constructeurs carlovingiens. Très petites et étroites sont les baies des fenêtres et les cintres qui les couronnent reposent directement sur les pieds-droits de la maçonnerie.

Le collatéral droit appartient donc très probablement au temps du comte Gérard et lui peut être attribué. Mais à ces parties du IX* siècle sont venues s'ajouter des parties beaucoup moins anciennes et qui paraissent appartenir au xn* siècle avec le clocher carré du transept.

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