ACTE DE FONDATION DES MONASTÈRES DE VÉZELAY
ET DE POTHIÈRES.
(Tridait da manascrit 106 de la Bibliothèqiie d'Auxerre.)
Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Gérard, fondateur do Pothières et de Vézelay, et en suivant les privilèges de Tautorité apostolique et royale, confirmant et corroborant eux-mêmes ce dit testament pour toujours.
A tous les fidèles du Christ, attendant la vie bienheureuse en raison de leur piété, de leur charité et de leur vive espérance, à .tous ceux qui partout demeurent unis chrétiennement par l'obéissance aux commandements de Dieu, aussi bien ceux qui viendront plus tard qu'à ceux qui existent aujourd'hui et en même temps à tous ceux qui vivront d'ici la fin des temps dans le lien de la charité chrétienne, et qui se succéderont, ainsi les uns aux autres. Elevé à la dignité de comte par la volonté divine et la mansuétude royale, je fais savoir qu'ayant résolu, d'un commun accord et d'une commune volonté, avec ma très chère et très aimante épouse Berthe (parce que semblablement inspirés par Dieu, nous avons eu la même pensée) de fonder avec nos biens et nos possessions, un lieu dans lequel Dieu serait perpétuellement honoré ; comme d'autre part les pieuses largesses de nos seigneurs et maîtres, qui nous ont si libéralement comblés d'honneurs et de biens (à savoir notre empereur et seigneur Louis, la reine Judith notre glorieuse maîtresse, et leur fils, également notre seigneur et maître, le roi Charles, qui ont eu soin de nous faire tenir de très grandes possessions), je fais savoir qu'il nous a semblé très juste, étant en cela excités par leur amour, de fonder un lieu dans lequel seraient adressées de continuelles et solennelles supplications pour leurs généreuses offrandes et aussi d'incessantes prières à Dieu pour le salut de leurs âmes. Car nous ne sommes pas oublieux de leur bienveil-
GÉHARD DE ROUSSILLOIf . 53
lance envers nous, c'est-à-dire de Notre Seigneur Louis et Maître aujourd'hui régnant.
Mais nous souvenant ainsi de nos ancêtres et de nos parents, savoir, Luithard et Grimilde, et aussi Hugon et Oava de très douce mémoire, et encore de leurs aimables enfants fils et filles, vivants et morts, lesquels nous étaient unis par le sang, par l'aiTection ou les alliances naturelles, et entre tous Leufroy et Adalard, très nobles comtes, nous avons voulu également que dans ce même lieu que nous établissons avec Taide du Christ, nous avons voulu qu'il soit fait pour eux de continuelles prières, comme propitiation de leurs péchés, et aussi que leur souvenir y fût éter^^ nellement rappelé dans la suite des temps.
C'est pourqnoi nous avons réglé que pour ces parents d'une part, aux* quels nous succédons de droit naturel, et d'autre part pour tous les autres ci-dessus nommés, et enfin pour tous nos amis et généralement pour tous les fidèles, perpétuel souvenir durerait en ce même lieu, en môme temps que prière continuelle serait faite pour tous et à perpétuité.
Moi gentilhomme Gérard, et avec moi ma très chère femme, par pieuse et croyante dévotion, établissons et avons construit ce monastère et demeure des serviteurs de Dieu, dans ce lieu convenable et apte à la fin que nous nous proposons, et par nos largesses et l'oiTrande de notre fortune et de tous nos biens, avons procuré à ce monastère tout ce qui est dû au culte de Dieu, selon les exigences d'une pieuse et prévoyante précaution, et tout cela selon les ressources dont Dieu nous a fait disposer, donnant ainsi à Dieu une générosité semblable à celle qu'il a lui-même eue pour nous, tout ce qui nous appartient, et lui rendons par là de justes actions de grâce. Et ainsi est fondé et construit le lieu de notre dévotion, en l'honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ, en vénération des bienheureux apôtres Pierre et Paul, sur la rive de la Seine, dans un endroit situé en face de la ville appelée Poultières par les anciens, dans le territoire de Laccoîa en Bourgogne, pour que là cette vénérable demeure soit visitée par les fidèles et y reçoive leurs vœux et supplications, et que la viô céleste y soit toujours pratiquée avec ardeur et attendue avec empressement par des religieux vivant sous la règle des instituts du bienheureux Benoît. Et à ce monastère avons donné les domaines suivants : 1» le domaine de Poultières, dans le voisinage duquel est situé ledit monast^e ; et dans ce domaine tout ce qui nous appartient par droit d'héritage, tout ce qUe nous a donné notre seigneur le roi Charles, tout ce que nous y avoiis ajouté à nous même par acquisitions légitimes, et en plus tout ce qui en dépend et tout ce qui s'y rattache de quelque manière que ce soit ; 2o au territoire de Sens, le domaine de Sixte avec toutes ses dépendances et tout ce qui s'y rattache ; le domaine de Moncicica avec toutes