‹ Gerbes du Mont-Royal [microforme]Chapitre 36 sur 42 · LE FERMIER ET LE VOLEUR DE BUCHES · texte numérisé non relu

LE FERMIER ET LE VOLEUR DE BUCHES

Un fermier canadien, Bon père, bon époux, sur le tien, sur le mien Intraitable, travaillait ferme Sur sa ferme, Qu'il Chérissait à l’égal de son bien :

Sa femme, ses enfants et Médor son gros chien.

+ Un soir d'hiver, notre homme, : Brave homme s’il en fut, Ayant fini son train, tout comme un gentilhomme Inspectait ses trésors. Soudain il s’aperçut— ‘Ou crut s’apercevoir—qu’une bûche d'érable À sn pile manquait, prés du toit de l’étable. Le fermier ne dit mot, mais n’en pensa pas moins, Et s'en fut se coucher en serrant les deux poings.

Il eut le cauchemar : un voleur, sur sa tête, 8e servant d’une bûche en guise de marteau, Frappait comme deux Tures, en riant, le bourreau ! Et criait: Lève toi, lève toi, grosse bête !

On te vole ton bois ! !

* * »* En sursaut réveillé, notre homme …

(Vous ai-je dit son nom ? Il s'appelait François,

François Tigras, je crois,

Un foft beau nom en somme): :

Notre homme vivement quitte son matelas, Allume la lanterne et part comme une flèche.

a. Arrivé près du tas : :

‘“ Batêche de batêche ! ”

Fait-il tout ahuri, qui me vole mon bois?

Une bûche manquait, deux, trois 1...

‘* Sans doûte le voleur est un larron habi'e ; Le prendre sur le fait n’est pas chose facile : Cependant je le connaîtra, Ou bien mon vrai nom je perdrai, ”’ Murmure le fermier. Prenant une tarrière, En avant, en arrière, Dans la plus belle bâche il creuse un trou profond, Et de sa poire à poudre 11 verse dans le fond Un quarteron de bonne poudre :

De quoi faire sauter le plus fort cabanon.

Choisissant avec soin une ronde cheville, A grands coups de maillet il s’applique à boucher Le trou, puis s’en va recoucher, Content de sa ‘ torpille.

Le lendemain matin ou le surlendemain, Au premier chant du coq, on entendit soudain, Du côté de la rivière,

de tonnerre,

APOSTROPHE AU SONNET \ (sonner)

. Sonnet, montagne à pic, au sommet de laquelle On parvient harassé, suant, soufflant, rendu, Qui donc trône, là-haut, sur ton rocher perdu ? N'est-ce pas une Muse étrangère et cruelle ?

Quand, montant sur ton flanc per un travail ardu, J’aperçois ton sommet qui brille et m’ensoroèle,

: Défiant mes assauts, telle une citadelle, Je voudrais être au bas déjà redescendu.

Mais ton démon m'appelle, et m’excite et m'enflamme : - Et d’une voix de Maître à mes oreilles clame : Monte, Poète, monte, et, hardi, gagne au haut.

Va, sur ce roc perdu tu trouveras la gloire,

"Le bonheur de l’Ivresse, en embrassant bientôt

Le sublime étendard tissé par la Victoire.

FLEUR DES NEIGES (sonner)

Au réveil du Printemps, un soir, de la colline Je gravissais, joyeux, le champêtre coteau, Murmurant doucement un chant de renouveau:

Pendant qu’à l'horizon l’astre du jour s’incline.

’enfuit, courbant l’échine.

Au travers des frimas une fleur I Surgit, monte, grandit sous les yeux d’un bouleau.

Par les baisers discrets d’un Rayon qui scintille, La Fleùr s’épanouit, de tout son éclat brille, Ouvrant au firmament son cœur immaculé.

-Etamines, pistil, unis sans sortilèges, Mais tissés avec art Par quelque ange exilé, Murmurent au passant : ‘‘ Je suis la Fleur des Neiges 1 ”?

TELLUS ET PHÉBÉ (sonner)

La Terre, nous dit on, voudrait mordre la Lune. À cet ardent désir, certes, rien d'étonnant ; Mais ce qui me paraît tout à fait surprenant, C’est que le ‘potiron ?’ soit grugé par la prune !

‘‘ Mortels, n’en doutez pas,” © Phébé se dérobant aux

“ La brisera soudain, à’

‘€ Poursuivra ses débris

CEt je vous dis cela sans mystère, sans pompe ;) Car ce n’est point Phébé que Tellus brisers. Ress

Du mordant, du mordu, qui succombe en ce monde ?

La Terre, à belles dents, la Lune croquers, Comme un simple radis, et poursuivra sa ronde.

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