‹ Gerbes glanéesChapitre 18 sur 49 · LA COMPLAINTE D'UN BUVEUR · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE D'UN BUVEUR

en 1854.

Jours funestes ! fatale année !

La face d'un Dieu bienfaisant De son œuvre s'est détournée.

Que ne suis-je mort en naissant !

Plus de raisin (1) ?... douleur insigne J Chantons en chœur un Libéra, Quand nous voyons mourir la vigne Et paraître le choléra.

A l'informe pomme de terre J'avais dit adieu sans regrets ;

(I) M. Monuier, marchand de vin de Bordeaux, avait peint récemment à l'auteur la désolation du Midi, dont les vignes mouraient d'une maladie inconnue , et ne devaient être remplacées que ûôuh un temps éloigné.

Sur elle épuisant sa colère , Dieu pouvait la détruire... mais Plus de raisin?... douleur insigne !

Chantons en chœur un Libéra , Quand nous voyons mourir la vigne , Et paraître le choléra.

Des trahisons d'une maîlresse En buvant je me consolais; J'effeuillais ma verte jeunesse Avec indifférence... mais Plus de raisin?... douleur insigne !

Chantons en chœur un Libéra , Quand nous voyons mourir la vigne Et paraître le choléra.

Infidèle à la politique, A tout régime je buvais ; Je buvais à la République , Je buvais à l'Empereur... mais Plus de raisin ?... douleur insigne !

Chantons en chœur un Libéra , Quand nous voyons mourir la vigne Et paraître le choléra.

Sous une maligne influence, Si , comme d'autres, je rimais, On me sifflait et ma vengeance Était dans ma bouteille... mais Plus de raisin?... douleur insigne!

Chantons en chœur un Libéra , Quand nous voyons mourir la vigne Et paraître le choléra.

Ils disent, grand Dieu, que nos crimes Provoquent de telles fureurs !

Frappe , mais choisis tes victimes ; Épargne du moins les buveurs..* De tes raisins, eux, ils sont dignes ! O mon Dieu , que d'Alléluia Si tu fais refleurir nos vignes, Si tu bannis le choléra !

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