HISTORIETTES
Un poète en ses vers avait dit des merveilles
Des brioches d'un pâtissier :
Ses brioches étaient brioches sans pareilles ,
Et lui seul savait son métier.
Le pâtissier narquois, mais content de lui-même, Au poète, en cadeau, porta, le jour des Rois,
Une brioche d'un grand poids.
« Merci ! » dit le poète. O ciel ! il devient blême
Et fait éclater son courroux
Quand il aperçoit, par-dessous,
Une page de son poème.
« Ah ! dit le pâtissier, de grâce, calmez-vous ;
« Ai-je mérité vos reproches ?
m Convenez que tous deux nous sommes gens experts :
— tOZi - « Sur mes brioches , vous , vous avez fait des vers ; « Sur vos vers je fais des brioches. »
Saint François de Sales, un jour, Entretint fort long-temps de matière pieuse
Une princesse de la cour.
Certaine dame curieuse, Indiscrète et bavarde, après cet entretien, Lui dit : « Je vous y prends ; n'est-ce pas qu'elle est belle ? »
— « En vérité, je n'en sais rien, n
— « Rien ?... et depuis tantôt vous parlez avec elle !
g Vous l'avez vue, homme de bien !
« Seulement n'est-ce pas qu'elle est un peu fardée ? »
— « Je l'ai vue , il est vrai , mais non point regardée. »
A bord du Ruteland, monsieur Rinn, l'aumônier, Vit le vaisseau battu d'une affreuse tempête. Il s'approcha du timonier, Dans le danger homme de tête :
— « Sommes-nous en péril ? » L'autre lui répondit « Si le Diable, à votre requête,
a Ne change pas ce vent maudit ,
« Nous arrivons avant minuit « Tous au ciel... » A ces mots, l'aumônier qui l'observe S'écrie épouvanté : « Que Dieu nous en préserve ! »
Requin le professeur, le docte médecin ,
Promenait un ami dans son vaste jardin ,
Et lui montrait les fleurs , les arbres et la serre :
— « Oh I docteur, depuis l'an passé,
« Comme vos arbres ont poussé I
« Ils font l'éloge de la terre ;
« Vraiment ils sont d'une vigueur !
« Oh I comme ils ont poussé ! » — « Parbleu, dit le docteur,
« Ils n'ont pas d'autre chose à faire. »
A la paume François premier Jouait avec un moine, à défaut d'un guerrier. Le moine renvoyait la balle avec prestesse. A l'un des meilleurs coups le roi, fort satisfait ;
« C'est un coup de moine , parfait ! » S'écria-t-il. Alors le moine avec adresse : « Pardon ! il ne tiendrait qu'à sa Suprême Altesse « Que ce coup fût un coup tfabbé. r « Devant moi, dit le roi frivole, « Jamais impunément un bon mot n'est tombé. » Il promit l'abbaye, et tint à sa parole.
Auguste, un jour, causait avec un courtisan. « Le bruit court , lui dit-il , Empereur plein de gloire , « Que vous me voulez faire un splendide présent? » Auguste répondit : « Gardez-vous de le croire ! »
« Qui donc est là, dans l'entrepont ? » Criait un patron de navire.
« Il me semble que j'entends rire...
a Ah ! c'est toi! que fais-tu ?» — « Moi ? rien, Monsieur, » répond Le gros mousse Arsène Dupont.
— « Où donc est Tom ? est-il malade ? »
— « Oh ! non, Monsieur, non, le voici, b
— « Paresseux Tom, arrive ici !
« Que faisais-tu, petit maussade ? 0
— « Moi ?... j'aidais à mon camarade. »
Un évêque , ami des procès , En avait une cinquantaine, Et mettait son bonheur, six jours de la semaine, A s'occuper de leur succès.
Pendant la sainte Quarantaine, Le roi , qui l'estimait , crut combler ses désirs
En ordonnant de les éteindre.
L'évêque au désespoir accourt, vraiment à peindre : « Ai-je donc mérité d'être au rang des martyrs ? a Sans procès, ô mon roi, je serais trop à plaindre ; « Laissez-m'en cinq ou six pour mes menus plaisirs. s
Un ami d'un docteur anglais Lui disait : « Souffrez mon langage ; « On glose sur votre ménage; « Surveillez, entre nous, votre femme de près. »
— a Ma femme ? surveiller ! répondit-il , jamais !
« J'aime assez qu'avec moi Ton ruse,
« Et qu'on me trompe habilement ; « A certaines erreurs je trouve un agrément,
a Et je hais qui me désabuse.
« Voyez , en un jour de loisir , « Devant l'escamoteur la foule s'ébahir , « Admirant de son art les magiques prestesses. « Croyez que ces badauds auraient moins de plaisir, « Si de ses tours adroits ils savaient les finesses. »
Deux habitants de Bath , quelque peu pris de vin ,
Eurent dans une auberge une vive querelle.
L'un d'eux, pour se venger, vint la nuit, sans chandelle ;
Sur la porte de l'autre il écrivit : Gredin.
Celui-ci, le matin, outré de cette offense,
Va pour en demander raison.
La servante de la maison, Voyant son grand courroux, est d'abord interdite : Puis calme lui présente un papier, et l'invite A transcrire à son maître... « Oh ! non, dit-il, oh ! non :
« Je venais seulement lui rendre sa visite,
« Car, hier, sur ma porte il a laissé son nom. »
Avant de rentrer dans Paris
Louis-Quinze un jour, à Vincennes,
Dit à son ministre Vergennes :
« On parle bien souvent de Whigs et de Torys ;
« Je confesse mon ignorance, « Et veux savoir entre eux quelle est la différence. »
Le ministre avec un souris :
« Sire, je puis répondre à votre confiance. « La différence est nulle entre ces deux partis ;
« C'est l'ambition sous deux faces ,
« L'aptitude à changer de front ; 0 Tous les Torys sont Whigs quand ils veulent des places ,
« Les Whigs Torys quand ils les ont. »
Un milord paria qu'un de ses serviteurs
Était le plus grand des mangeurs ;
Mais, le jour de l'expérience , Malgré lui, dès l'aurore , il partait pour Florence,
Avec grand soin recommandant
Au fidèle Toby Laurence,
Son secrétaire confident, Que le soir sans retard il lui mande, il écrive Le succès du combat... Et milord recevait, Au cinquième relais , cette courte missive : « Grand était l'intérêt , car la lutte était vive ; « Mais , au dernier moment , votre homme l'emportait « D'une dinde truffée et d'un cochon de lait. »
Un musulman d'un grand mérite, Mais indiscret, rêva qu'il avait les faveurs
De la sultane favorite.
Il le dit, et bientôt la voix des délateurs Instruisit le visir de ce crime effroyable. Le visir au sultan dénonça le coupable Et des lois sur sa tête appela les rigueurs ;
Pour lui le cas était pendable.
Ali, qui pesait tout et craignait les erreurs, Ali judicieux décerna, magnanime,
L'image d'un supplice à l'image d'un crime.
Il fit assembler son Conseil, Et prononça l'arrêt, affectant un air sombre : « A toute offense il faut un châtiment pareil ; « Qu'on prenne le songeur ; qu'on l'expose au soleil ; « De cent coups de bâton que l'on frappe son ombre. »
Fatigué de la vie un pauvre laboureur, Deux fois, le même jour, retiré de la Seine Par le courage d'un pêcheur, Se pendit aux branches d'un chêne.
Le pêcheur était brave... et simple par malheur ! Il laissa le pendu mourir , et quand le maire Vint, dûment averti, constater le décès : « Quoi ! dit-il au pêcheur, vous étiez là tout près, « Et sous vos yeux cet homme a pu, dans sa misère, « Se porter sans obstacle à ce dernier excès ! » Le pêcheur ébahi dit au fonctionnaire : « Ma foi î je l'ai tiré deux fois de la rivière,
« Et quand je l'ai vu s'accrocher, « Comme il était trempé, j'ai dû le laisser faire.
« Bonnement j'aurais crains, Monsieur, de lui déplaire « En l'empêchant ainsi de se faire sécher. »
A mendier dans Londre Osbey fit sa fortune En s'adressant toujours aux femmes du bon ton. Flatteur persévérant, il avait pour chacune Un compliment taillé sur un nouveau patron :
« Madame, disait-il à Tune, « Au nom de cet éclat qui n'a pas son pareil... »
A l'autre : « Au nom de ces lèvres de rose... »
— '< Au nom de la bonté que la grandeur impose... »
— « Au nom de ces beaux yeux, plus beaux que le soleil !.. »
— « Au nom de ces cheveux d'ébène... »
— « Au nom... » C'était toujours frais, galant, varié.
Le pied mignon, le port de reine, La taille faite au tour, rien n'était oublié : Le mendiant chez lui rentrait, la bourse pleine.
Un beau malin ( alors nous étions en Grimée ) La diane sonnait et réveillait l'aimée :
Il fallait prendre un bastion.
« Mangeons, dit un Français, préparons la victoire. » « Moi, reprit un fds d'Albion, « Je ne saurais mangei* ni boire
« Quand je ne suis pas sûr de la digestion.
On peut être un bon général , On peut être un sabreur , gloire de sa patrie ,
Sans viser à l'Académie ;
Témoin ce fragment de journal , Trouvé dans les papiers d'un brave maréchal :
Dix-sept mai, — Ce jour-là revue.
Sur la place du Bastion,
Je veux faire l'inspection u
De toute arme... en grande tenue.
Lundi, je passerai devant les régiments,
Et verrai les hommes absents :
Qu'on batte aux champs , comme d'usage. Tous les chefs d'escadron, mardi, dans leurs rapports,
Exactement marqueront l'âge
Des hommes qui, par mariage,
Ont une femme dans le corps.
— nu —
Vingt-deux. — J'ai vu tous les services : Le long de la caserne il est des immondices... Le chef de poste en doit être averti ; Ces ordures extérieures Disparaîtront pour samedi, Ou je le mets dedans pour quarante-huit heures.
Le docteur Samuel Busby Parmi ses écoliers eut l'espiègle Derby. Celui-ci trouve, un jour, attendant qu'on la serve, De raisins bien ambrés une grappe en réserve ; De la manger tout seul il conçoit le dessein. On ne le voyait pas, il la prend et s'écrie:
« Par ces présentes je publie
« Le mariage très-prochain
« De ma bouche et de ce raisin.
« Si quelque parent ou voisin « Sait un empêchement, qu'il parle; je le somme
« De le déclarer, ou soudain
« Le mariage se consomme. »
Bientôt tout le raisin dans sa bouche a fondu.
Le docteur avait entendu.
Il paraît, saisit sa férule, Et du petit gourmand imitant la formule : « Ma férule sous peu compte se marier
« Au derrière d'un écolier, « Coupable de larcin, et qui Derby se nomme.
« Si quelque parent ou voisin « Sait un empêchement, qu'il parle; je le somme
« De le déclarer, ou soudain
« Le mariage se consomme. »
— « Je m'oppose, dit le voleur, « A semblable union. » — « Pourquoi ? » dit le docteur.
— - « C'est qu'il faut l'accord des parties. »
Désarmé par ce trait d'esprit,
Samuel fit grâce et sourit.
Ce vieux maître aimait les saillies.
Une chanteuse, de Hambourg, A l'Opéra de Pétersbourg, Dans le siècle dernier, eut un succès immense. Avec les applaudissements S'accrut bientôt son exigence ; Elle voulut qu'une ordonnance
Augmentât ses appointements :
Plus de chant désormais sans un double salaire. La fîère Catherine en fut d'une colère !..
Et, montant sur ses grands chevaux « Allez dire à cette bégueule « Qu'elle touche, elle toute seule, « Plus d'argent que mes généraux. »
A celui qui porta ce message, l'actrice Répondit d'un ton dédaigneux :
« Allez dire à l'Impératrice « De faire chanter ces Messieurs. »
Dans un restaurant d'Angleterre Se trouvait un filou. Son fils lui dit : « Mon père , « La nuit est venue, il est tard, « Prendrez-vous le thé ?» — « Non, moutard, « Je ne prendrai que la théière. »