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Géricault

VANT de mettre la dernière main à un travail étendu sur Géricault, que je poursuis depuis plusieurs années, je me décide à publier par fragments le catalogue de l’œuvre de ce grand

peintre. Deux motifs m’engagent à en agir ainsi. J’ai hâte de rendre ce commencement d’hommage à l’artiste le plus original, le plus puissant de

notre pays et de notre temps; puis j’espère que cette publication anticipée n’aura pas seulement pour résultat de rappeler l’attention du public sur tant d’œuvres importantes, mais qu’elle me vaudra aussi un bon nombre de documents qui existent, qui me manquent et me sont pourtant indispensables pour compléter un travail que je voudrais rendre moins indigne d’un homme pour lequel je professe une entière admiration. Je m’adresse donc avec confiance à tous ceux qui possèdent des peintures, des dessins ou des lettres de Géricault, et en les priant de me communiquer les renseignements qui peuvent me servir, il me semble que je les convie moins à m’aider

CATALOGUE

clans une œuvre personnelle, qu’à concourir pour leur part à donner tout son lustre à l’une des plus grandes gloires de notre école. J’espère d’ailleurs que, malgré son inévitable aridité, on trouvera quelqu’intérêt dans ce premier catalogue, celui des lithographies, que je publie aujourd’hui. La lithographie n’est pas, comme la gravure, une traduction, une interprétation plus ou moins exacte, plus ou moins fidèle de la pensée du maître. Ce que nous avons sous les yeux, c’est son propre dessin, tiré à plusieurs exemplaires, mis par le moyen de l’impression à la portée d’un grand nombre de personnes, et aucune production n’est aussi propre à faire pénétrer dans l’intimité de la manière et du talent d’un artiste. Au temps de Géricault, la lithographie était un art tout nouveau. 11 l’a maniée dès l’abord avec une grande supériorité et on peut dire qu’il en est l’un des créateurs. Chez lui le dessinateur, le compositeur, l’inventeur, surpassent peut-être le peintre, et il trouvait dans ce procédé énergique et rapide le moyen d’exprimer par leurs traits fondamentaux des projets minutieusement étudiés et longuement mûris. Quelques-unes des lithographies de Géricault sont des œuvres accomplies et de la plus haute portée. On ne saurait, sans les connaître, apprécier ce grand artiste tout entier, de sorte que j’ai quelques motifs d’espérer qu’en facilitant une étude pleine de charmes et d’enseignements, ce modeste catalogue me donnera la seule récompense que je puisse ambitionner pour des peines, des soins, des soucis que connaissent seuls ceux qui ont entrepris de pareils travaux. 11 n’existe qu’un très-petit nombre de collections un peu complètes de lithographies de Géricault. Elles étaient peu appréciées, peu recherchées pendant la vie de leur auteur, et même pendant une vingtaine d’années après sa mort, de sorte que certaines planches sont de la plus grande rareté. MM. His de Lasalle, Bruzard, Constantin, Parguez et Jamar sont, à ce que je crois, les seuls amateurs qui les aient recueillies au fur et à mesure de leur publication. La riche collection Bruzard a heureusement passé tout entière au Cabinet des Estampes; les plus belles pièces rassemblées par Constantin appartiennent aujourd’hui à M. le duc d’Aumale; la collection de M. Jamar, acquise par M. deTriqueti, est venue compléter l’œuvre déjà considérable de cet artiste distingué; celle de M. Parguez a été dispersée, et les pièces

DE L’ŒUVHE DE GÉHIC4ULT.

précieuses qu’elle renfermait sont entrées dans le Cabitiet des Estampes et dans les collections particulières. C’est à ces sources peu nombreuses, mais abondantes, que j’ai puisé. Les secours ne m’ont pas manqué pour mener à bonne fin ce petit ouvrage, et si j’ai mal fait, c’est ma faute. Les principaux amateurs de Paris, MM. His de Lasalle, de Triqueti, Marcille. Moignon, Valton, les élèves et les amis de Géricault : MM. Dreux- Dorcy, Léon Gogniet, Montfort, Lehoux, ont mis à ma disposition, avec la plus parfaite obligeance, leurs collections, leur savoir, leurs souvenirs, des renseignements de toute sorte. Mais je dois des remercîments tout particuliers à M. Jamar, qui n’a épargné ni son temps ni sa peine pour m’aider à donner les états de services de son maître vénéré. Si le public accueillait avec bienveillance ce premier travail, je le ferais suivre prochainement des catalogues des tableaux et des dessins qui sont presqu’entièrement terminés.

CATALOGUr.

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