‹ Germanicus: tragédie en cinq actes et en versChapitre 1 sur 62 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

L'histoire de Germanicus est conntie de tout le monde ; mais la mienne ne Te^t pas même des personnes qui ont pris la peine de récrire.

Deux biographies^ entr'autres, ont donné un précis de ma vie. L'une, celle à'E^mery ^nfi contient que des erreurs sans conséquence * comme sans malveillance} il n'en est pas ainsi de l'autre , celle des frères Michaud, honnêtes gens qui exploitent de compte à demi les réputations des vivans et des morts.

Le moyen le plu5 simple de relever toutes les erreurs qui peuvent servir de base à l'opinion publique est , je crois ; de dire la vérité* La notice suivante sera dictée par elle j tout honnête homme , qui veut fflc juger en connaissance de cause , doit la Consulter. Il m'en coûte d'entretenir le public de moi; mats ceux qui à ce sujet ont pris l'initiative ne m^en fontils pas un devoir ? Je tiens à l'estime de tnea contemporains; je tiens à ma réputati4[>n f je n'ai plus d'autres biens*

TJ ATT 1-ECTEUA.

Antoine • Vincent Amault est né à Paris en 1766 } il a été élevé au collège de Juilly. En 1785, I^adame , épouse de Monsieur v, Louis XYIII ) ^ lui fit délivrer un brevet de secrétaire de son cabinet 9 titre purement honorifique. En 1789 , il acheta de M. Silvestre, aujourd'hui nliembre de rinstitut , une charge de premier valet de la garde-robe dans la maison de Monsieur ^ charge fort chère ^ et dont il a perdu la finance.

Entraîné j dès Tâge le plus tendre ^ dans la carrière des lettres par un penchant irrésistible, Amault débuta en 1791. au Théâtre- Français par sa tragédie de Marins à Min-turney et en 1792 il donna celle de Lucrèce^

Au mois de septembre de la même année, Amault y qui n'avait pas embrassé les opinions de la révolution, pas$a en Angleterre, et de là à Bruxelles , où il fut accueilli par le prince Auguste d^Aremberg , auquel il ayaît été rel^ommandé pî^r Pabbé de Montesquiou.

En rentrant eu frauce , il fut arrêté à Dun- \ .ketque, cqnune émigré , et ne sortit de prison

. qu'iefft vl^tu d'uue décision du Comité du Salut \ putJîc y qui , eu égard à sa qualité d'homme

de let^es j déclara la loi sur Tépiigration non fippUcable à ce piréyenu*

Exclusivement occupé de la littérature, et

, vivant presque toujours à la campagne depuis

son jpetour en France , Amault fit successive-

AU IiECTEXJR. Vlj

ment représenter , en 1794 , à TOpéra , l'acte d\JHoratius Codés j au théâtre de Favart y JPArosine et Mélidore^ drame lyrique, en trois actes et en veî*s j au théâtre de la République y Quintius Ciûcinnatus , tragédie en trois, actes ; en 1795, Oscar y tragédie en cinq actes ; en 1 799 y Les Vénitiens y tragédie en cinq actes. Le sujet de cette dernière pièce est tiré d'un recueil intitulé Soirées Littéraires où l'abbé Coupé l'a consigné ; et où il est probable que l'abbé Christophe ou l'abbé Mathieu , en faveur du«: quel les frères réclament , Ta trouvé comme moi. C'est la tragédie des Vénitiens j et non celle dlOscar, qui est dédiée au général Bonaparie. L'épître dédicatoire est imprimée en tête de cette tragédie (1).

Amault avait été accueilli avec distinction à Milan par I^ général en chef. Chargé par lui d'organiser dans les îles Ioniennes un gouvernement provisoire , cette mission honorable lui avait donné les moyens de faire agréable^ ment le voyage d'Italie j voyage pendant lequel la tragédie des Vénitiens a été composée (a)..

(1) Elle contient le& sentiment de Tauteur^.

(2) Traité avec distinction ^ avec affection mâme y par rhomme quUl admirait^ il est tout naturel, q^a^ijl

tiij ATT liECTEUR.'

En 1798 , Amault fit partie de i'eitpéditioa d'Egypte j non comme officier ^ mais sans qualité j mais sans fonctions ; il n'est pas allé jus^ qu'an terme de ce voyage. Retenu à Malte par les soins que réclamait de lui la santé d'un ami en danger ; ce danger passé y il partit pour la France , sur la Sensible ^ frégate française de 36 canons ^ laquelle fut rencontrée et prise à Tabordage par le Scahorse y frégate anglaise de 5o. Le capitaine Janus Footy qui <rommandait ce dernier bâtiment y n'abusa pas de la victoire : brave homme dans toutes les acceptions de ce mot y il usa envers ses prisonniers y et particulièrement envers l'auteur de cette notice^ qui m'a pas eu d'autre tablecomme d'autre chambre que celle de ce capitaine f il liisa^ dis-je y envers s^% prisonniers des procédés les plus généreux. Rendre ce témoignage à le^ mémoire de cet excellent homme ( car on dit qu'il n'existe plus ) c'est payer une dette d'honneur.

Amavlt n'avait pris aucune part active aux révolutions qui s'étaient succédées en France j arriva Z? 18 Brumaire.

Nommé en 1800 par le Ministre de l'intérieur chef de la division d'instruction publique , il a gardé cette place jusqu'à l'organisation de l'Université , où il était à la fois conseiller ordinaire et secrétaire-général.

Pans l'intervalle qui s'est écoulé depuis

1800 y époque 4^ sa nomiiiatioB ^ et tSiS ^ époque de sa suppression , ses occupations adrministratives ne lui firent pas négliger les lettres. Il donna en i8o3, au Théâtre-Français Dom^ JPèdre ou le Roi et le Laboureury tragédie en cinq actes , laquelle fut sifïlée , comme le relate véridiquement la Biographie dei5 frères. La Rançon de Duguesclin ou les Mœurs du quatorzième siècle ^ comédie en trois actes ^ représentée au même théâtre en ;i8i4 9 n'y fut pas plus heureuse,' ainsi que les frères le relatent aussi. Cette dernière pièce est imprimée; on peut voira quel point elle a mérité sa disgrâce. Scipion , consul ^ drame héroïque en nu acte, n'a été représenté qu'à l'école de Saint-Cyr , par les élèves , pour lesquels Amault l'avait fait d'après les désirs d^ua ministre.

f omme chef de Finstruction publique , Arnault composa les ouvrages çuivans : 10 , en 1804 , JDe C Administration des établïssemens ^^Instruction publique ^ et de la Réorganisation de t Enseignement j ^ao ^ en i8o5 , 1806 , 1807 et 1809, quatre Discours sur le système d'Enseignement adopté alors.

Membre de l'Institut dès 1799 , il a lu dans les séances publiques de la classe à laquelle il appartenait, des fragmens de Zénobie y et un acte des Guelfes et des Gibelins , tragédies inédites : il a lu aussi plusieurs fois des fables,

réunies depuis dans un vol unie pui>Iié à Paris en i8i2.

Dégagé de toute obligation par Tabdicalion faite à Fontainebleau en 18149 Arnault alla jusqu'à Compiègne au-devant du Roi, qui le traita ayec bienreillance. II ne réclama rien de ce que le départ des princes lui ayait fait perdre.

Il continu 4 à exercer ses fonctions à l'Université, jusqu'au mois de février 181 5, époque où , d'un trait de plume , l'abbé de Montesquiou dépouilla un père de famille des restes d'une fortune fondée sur des titres littéraire^ et acquise par quinze ans de travaux administratifs, arriva le 20 mars.

Pendant l'intervalle qui s'écoula dq>uis celte époque jusqu'au retour du Roi , chargé provisoirement de P administration générale* de £ Université y Arnault a été nommé de plus rnembre du conseil général du département de la Seine , et député du même département à la chambra de cette époque : c'est la seule législature dont il ait jamais fait partie.*

Les détails donnés par les /hères , sur sa conduite et ses opinions dans cette chambre , sont généralement vrais, à cela près qu'il n'a jamais travaillé au journal intitulé Yln^ dépendante

Atr IiHCTEUB..' X)

Amault est du nombre des trente-huit personnes exilées^ d'abord de Paris , puis du rojaume.

Depuis son exil , cherchant des consolations dans les lettres, auxquelles il avait dû ses plaisirs , il a publié , à Bruxelles , une se* conde édition de ses Fables , édition augmentée d'un tiers ; et il vient de donner aux Français sa tragédie de Germanicus. Il a en portefeuille plusieurs autres ouvrages terminés, au nombre desquels est une tragédie de Lycurgue; il «travaille à une tragédie intitulée les Prétoriens , et , de concert avec les libraires de Hollande , il prépare des éditions de divers classiques français.

Pendant les dix-sept ans qu'Arnault a fait partie de l'Institut, ce eorps l'a nommé deux fois son président, et membre de la commission du dictionnaire. Arnault était aussi as- "Sociéde plusieurs académies , soit françaises, soit étrangères, et notamment de Tlnstitutde 'Naples, et de l'Académie de la langue espagnole , à Madrid , où il avait été emmené dans le temps par l'ambassadeur français. C'est au sujet de son admission , dans celte dernière société^ qu'il prononça , sur les rapports qui devaient exister entre les savans de la France et ceux de l'Espagne, un discours que les journaux du temps ont recueilli»

Telle, est Ja vérité ; je l'ai dite dans toute la

xij Av mctbur;

sincérité de mon cœur. Si, d'après cet exposç, j'ai mérité les malheurs dont je suis assailli de toute part y du moins est- il faux qu'ils aient été mérités par d'autres causes.

Surpris très- jeune par la • révolution , et plutôt dominé par des ^^ffections que par des opinions ^ j'y suis constamment resté étrâu'ger. Je n'ai fait , quoique disent les frères , . aucun ouvrage pour les fêtes données par les gouvernemens révolutionnaires. Si l'on m'y eût contraint, peutH^tre aurais- je cédé, comme tant d'autres , à qui il serait lâche de faire un crime d'avoir chanté sous le couteau ; mais je n'ai pas été dans cette triste nécessité. Les seuls ouvrages que j'aie composa pour des fêtes publiques , datent de 1807. Ils consistent en un chant lyrique , exécuté à l'Institut , et en plusieurs cantates exécutées , soit à la Ville , soit au Tuileries. Ces morceaux , qui me furent demandés par les autorités 4» ^e cé^ Jébraient pas les malheurs du monde, nuais des é vénemens qui furent alors regardés comme un bonheur. Un bon citoyen peut les avouer.

Si les frères prétendent m'en feiire un re*prx>che , je les invit^ à se rappeler qu'ils étaient alor^ mes collaborafceurs.

On tue représente tantôt comme flatteur ^ tantôt comme censeur de Napoléon : je n'ai été ni l'un ni l'autre. Eloigné de lui depuis^ son élévation , à dater de cette époque je ne l'ai

iâ«a

Atî LËCTEUB.. Xiij

guère vu qu^èn audience publique. Alors^comme autrefois en particulier , quand il m'adressait la parole 9 je répondais avec une liberté justîjiiée. fnur d!ancieiinés relations ; mais sans ja-* mais blesser les convenances. Ce n'est donc pas ^ lui f mais au générajl Leclerc^ son beau-frère^ i|V^c qui j'a^vais été lié, que j'ai fait la réponse inexactement rapportée dans la Biographie des .^Ij^i^f. Cet officier^ qui , peut-être, n'avait pas dMts sfn art un mérite supérieur à celui que je puis avoir dans le mien, m'avait dit un jour assez désobbgeamm^nt , en compagnie nombreuse s ^^ voilà donc, toi qui te crois un poète après R.4$cifie et Corneille i Te voilà donc , lui répliquai-)? , toi qui te crois un général après Turenne et Condé i Cette réponse était aussi jnite queméritée j les plaisanteries du général LeclerQ n'étaient pas justifiées pair àe^ victoires*

« Pour me peind te ingrat, dn a imprimé que j'avais joui|de pensions, qu!9 Je n!a(i jatnius re^ ^es. Je viens de faire connaître quelle é{4it «xactementma.poisition. avant la, riévolutiop» :

A une époque plus récentfe , iïidépendam^ ment de la place qui faisaitv la baise de ma for^ tune , une dotatii^n, une a<^tidn dans les bénéfices des journaux > et k. déeoration de la légion d'honneur, me furent accordées : ai- je été ingrat^

' Etranger à toute trahison ^ )*ai ^té au devant du Roi ; mais qtt^uid l'abdication de Fontaine-

XÎV AU LECTEXTH-*

bleau me permettait d'obéir à d'aneîennes affections sans en blesser de plus récentes.

I Etranger à toute trahison , je n'ai eu aucoii rapport arec l'ile d'£lbe ; je le jure sur mon honneur , et j'ai le droit d'être cru.

Ruiné par des événemens qui m'ont enlé^é^ tout ce que j'avais acquis depuis la révolution , sans me rendre ce que la révolution m'avait fait perdre; sans asile , sans autre ressource que mon talent, l'usage m'en est interdit.' Quelques individus implacables font revitre pour moi seul les lois destructives de 1$, propriété j car une industrie quelconque n'est-ellô pas une propriété j et n'est-ce pas annihilerfen moi ma propriété , que de s'opposer à ce que je recueille les produits de mon industrie? Ces principes ne sont pasceulx du gouveroemeat.

Tant que l'intérêt particulier n'a pas compromis l'intérêt public , le gouvernement a respecté les droits du citoyen dans un proscrit, et s'est doublement honoré en cette ciroons* tance. Je le remercie autant d'avoir interdit la représentation de mon ouvrage , que tte.

l'avoir autorisée ; la première mesure était vu acte de justice, la seconde est un acte de. prudence : quelque dommage qu'elle me> porte, je suis assez bon Français pour y applaudir.

Les privations ,. les besoins, le dénuement, Qt tous les maux attachés à la vie errante à

AU LECTEUR.' xr

laquelle je suis condamné > je sais les, supi^ porter; mais ce déchaînement de la calomnie^ qui rédouble au qioment où lafortune semblé jeter sur moi un regard de coiai^as^ion; m£^« ces cris de fureur qui reprochent au gouvernement de m'avoir permis de m'exposer à un succès dont j'ai besoin d'être consolé; voilà ce- que j'ai peine à supporter, voilà ce qui m'afflige; moins parce qu'il m'est douloureux d'être en butte à tant d'injustices après vingt mois de malheur , que parce qu'il m'est pénible de voir quelques Français se signaler aux yeux 4e l'Europe , par un tel défaut de toute générosité.

J'ai expliqué ma vie sans prétendre la jns-^ tifier. Quelqu'opinion que l'on prenne de moi sur ces faits , conforme au caractère et aux passions du lecteur, cette opinion sera du moins la conséquence de la vérité : il peut d'après cette notice dire de moi , en sûreté de conscience , ce qu'elle lui fera penser.

Deux mots à présent sur ma tragédie»

Terminée depuis cinq ans , il y en a bientôt quatre qu'elle a été reçue par la comédie française.

C'est à Tacite que j'ai emprunté mes caractères et mes couleurs. Je me suis pénétré autant que j'ai pu de son génie. L'écrivain qui s'élèverait comme poâte à la hauteur où il

^^mm^tmm^mmmmm

^est placé cômitiQ historien , aurait Ûdt un chef-d'oeuvre^. Je suis loin d'avoir cette pré* tention ; mais H'ai-îe fait qu'un mauvais ou« irrage ? Lisetfr et jugez.

A.-V. Abjtault;

( Le Théâtre représente un vestibule auquel plu-dieurd appartement aboutissent. Sur Vun des côtés est le tribunal oîi siège Germanicus j de Vautre s^élèt^ une Statue d^ Auguste , dçi^ant laquelle est un autel. On aperçoit la ville par^^ dessus tes draperies suspendues aux colonnes qui Serment le péristyle. )

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