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Germination de l'ascospore de la truffe

J"ai publié déjà l^' les résultats que j'ai obtenus sur la culture pratique de la truffe : j'aborde aujourd'hui le côté scientifique de cette question par l'étude de la germination de l'ascospore.

" -> «. j ' Si Ton examine avec attention, à un fort grossissement; l'ascospore

échinulée du Tuber melanosporum, on peut se rendre compte que sa

structure est assez compliquée.

A l'intérieur, le protoplasma contient des gouttelettes d'huile, ainsi qu'un grand nombre de petits corps arrondis : il est renfermé dans une membrane incolore, et cette cellule constitue l'ampoule germinative de la spore. Autour de cette ampoule, on aperçoit une membrane épaisse, d'un brun foncé, qui est recouverte de piquants de la même couleur. C'est cette membrane externe qui donne à la spore son aspect caractéristique, lorsque celle-ci est arrivée à maturité.

Quand on plonge des fragments de truffe dans des tubes d'eau ordinaire stérilisée, afin d'obtenir la germination de l'ascospore, on remarque, au

(1) Voir page S.

bout de quelques jours, si les spores sont Lien mûres, qu'un certain nomljre d'entre elles se sont transformées : c'est au fond des tubes d'eau, au milieu de petits cristaux de carbonate de chaux, (jui s'y sont déposés, que l'on peut recueillir ces spores qui ont commencé à germer ; on les trouve souvent dans des tubes d'eau où les filaments germinatifs ne sont pas visibles à l'œil nu. J'ai pu ainsi observer un grand nombre de spores à différents états de développement, ce qui m'a permis de reconstituer les phases de la germination.

On remarque d'abord (fîg. 1) que la spore se décolore sur le côté, à égale distance des deux pôles : la membrane externe brune se dissout en cet endroit et l'ampoule germinative, primitivement enfermée, se trouve mise à nu sur une certaine surface.

Il est facile de se rendre compte de la structure de la membrane externe, au fur et à mesure qu'elle se résorbe et se décolore : les piquants conmiencent d'abord par s'émousser, puis ils n'offrent bientôt plus que l'apparence de mamelons ari'ondis ; la couche brune continuant à se liquéfier, on aperçoit des cellules polyédriques, aux points de jonction desquelles se dressent les piquants. Lorsque la coloration brune a complètement disparu, il ne reste plus qu'une membrane jaune, formée par une assise de cellules régulières. Le liquide, provenant de la résorption de l'enveloppe, colore en brun l'intérieur de l'asque.

On peut encore observer la constitution cellulaire de la membrane externe, quand on colore la spore incolore de certaines espèces de truffes, qui restent blanches à l'intérieur (7'. sostivum par exemple).

La constitution de la membrane externe de la spore amène la conséquence suivante : la distinction, que l'on fait entre spores échinulées et spores alvéolées dans les diverses espèces de truffes, ne dépend que de la disposition de la couche brune et du nombre des piquants qui recouvrent la membrane externe de la spore : la constitution de celle-ci est toujours la même, mais les cellules peuvent être visibles ou ne pas l'être, d'où un aspect différent.

Dès que l'amponh^ germinative est mise à nu sur une certaine surface, elle grossit et fait saillie au dehors de l'enveloppe rigide qui l'enserrait (fig. S, 8) ; la croissance se fait dans une direction opposée au côté où l'enveloppe externe ne s'est pas résorbée. Puis l'ampoule prend une forme

sphérique et son volume, en y comprenant l'enveloppe qui lui reste accolée, est plus considérable que celui de la spore dont elle provient : on la trouve toujours en cet état au dehors de l'asque, dont elle atteint souvent la taille.

A ce moment, on aperçoit assez facilement, en coupe optique, la constitution cellulaire de la membrane externe [ûg. 4, 5); celle-ci est en effet plus épaisse au voisinage des deux pôles de la spore, et les cellules qui la forment y présentent d'assez grandes dimensions.

Pendant le développement de l'ampoule, la membrane externe, qui n'a pas été détruite, reste attachée à celle-ci; par suite de l'augmentation de volume de la sphère, les parties de cette membrane, qui occupaient les pôles de la spore, se trouvent rassemblées en un point de la sphère (fig. 7): puis, la résorption de l'enveloppe se faisant à l'équateur de la spore primitive, il ne reste plus de la membrane externe primitive que deux calottes hémisphériques brunes, séparées l'une de l'autre et accolées à la sphère germinative (fîg. 8 et 9).

Les deux hémisphères sont assez rapprochées l'une de l'autre, d'un côté de la sphère; une plus grande distance les sépare de l'autre côté. Leur membrane cellulaire se dépouille complètement de la matière brune et des piquants qui la recouvraient primitivement : elle devient jaune, d'après la coloration des cellules qui la composent.

La membrane de la sphère est colorée aussi en jaune et est très finement chagrinée. A l'intérieur on aperçoit des gouttes d'huile et de nombreux petits corps arrondis de couleur jaune.

Quand on observe, en coupe optique, la sphère germinative, placée entre ses deux calottes hémisphériques (fig. 10), on distingue entre la membrane cellulaire de ces dernières et la sphère une cavité de forme hémisphérique; cette cavité communique avec l'intérieur de la sphère par une ouverture régulière, qui s'est creusée dans la membrane. Il se produit encore d'autres ouvertures à la surface de la sphère; quelquefois il n'y en a qu'une seule placée entre les deux ailes (fig. 12).

J'ai pu observer dans certaines préparations (fig. 11) le mode par lequel se fait la communication entre la sphère centrale et ses deux calottes symétriques. Par chacune des ouvertures qui débouchent dans celle-ci, la sphère envoie un tube de même diamètre que l'orifice : le tube s'épanouit, en prenant la forme d'un cornet acoustique, et s'applique par son extrémité

éviisée contre la paroi cellulaire dont il recueille très probablement le contenu, car les cellules sont ouvertes à l'intérieur de la cavité hémisphérique. On dis lingue très bien ces tubes de communication, car lorsque tout l'appareil en question est immergé dans l'acide lactique des préparations, il reste de l'air dans ces conduits et ceux-ci restent longtemps avant de s'imprégner de ce liquide. Ces conduits se détruisent après un certain temps, et on n'en distingue plus que les débris autour des ouvertures donnant accès à la sphère.

Dans les phases suivantes du développement de cet appareil compliqué et très caractéristique, on aperçoit à l'intérieur de la sphère un fdament formé d'articles courts et renflés, (|ui s'y est développé (fig. 11 et 12) : celui-ci est constitué par des cellules cubiques, irrégulières et bossuèes, à pans coupés, qui deviennent plus ou moins nombreuses selon l'activité du bourgeonnement. 11 occupe la partie centrale de la sphère et y forme une masse compacte qui ne remplit pas toute la cavité; à l'intérieur de cet amas cellulaire, il reste toujours un espace vide, ce qui lui donne dans les préparations l'aspect d'une couronne.

Lorsque ces cellules si)nl très nombreuses (fig. 15), on aperçoit à rintérieur de la sphère un grand nombre de cellules ovoïdes; il semblerait alors que ce sont dos spores ovales, irrègulières, noyées dans du mucilage. Mais ces petits corps restent toujours groupés au centre de la sphère où ils offrent un contour défini sans s'écarter les uns des autres; quand on fait varier le point, on aperçoit qu'ils sont réunis et forment des filaments cloisonnés et ramifiés, composés de cellules très courtes. Bientôt d'ailleurs (fig. 16;, ce massif de cellules présente à la surface des ramifications terminales très visibles, on est donc amené à conclure, bien que ce fait paraisse extraordinaire, que l'ascospore de la Iruife a formé un œuf à l'intérieur de sa cellule germinative transformée; l'ampoule incolore, qui se trouvait à l'intérieur de l'ascospore, est devenue une oo(jone, une partie de la membrane cellulaire externe, (|ui occupait les pôles de la spore, a formé des anlhcndies.

Je n'ai pu observer les phénomènes de la fécondation; il faudrait [JOur cela suivre le développement en cellule, ce qui ne sera possible qu'à la prochaine récolte des truffes, à moins qu'on n'étudie le développement des truffes d'été. Je dirai néanmoins, à titre d'indication, que j'ai cru distinguer dans

quelques préparations les éléments mâles et les éléments femelles ; les premiers se forment probablement dans les cellules qui constituent la paroi des calottes hémisphériques, qui seraient ainsi des anthéridies. J'ai aperçu dans le liquide de préparations, provenant de tubes d'eau exempts de bactéries, un grand nombre de petits corps bacillaires au voisinage d'anthéridies écrasées; j'en ai vu aussi qui étaient disséminés à l'intérieur de quelques oogones, à l'exclusion d'autres cellules ou corps arrondis. — • J'ai vu aussi, en écrasant des oogones où l'œuf n'était pas développé, mais où se trouvaient un grand nombre de petits corps arrondis, sortir de chaque oogone une grappe formée de petites sphères jaunes (fîg. 19), reliées entre elles par un ligament extrêmement ténu ; il y en a une quarantaine, quelquefois un plus grand nombre dans les oogones. Ces sphères, ayant la même dimension, ressemblent à des gouttelettes d'huile, mais elles ont un contour défini et résistant; dès qu'elles sont en liberté, elles ne se séparent pas, mais elles restent reliées par le ligament qui les entoure; certaines d'entre elles sont allongées et divisées en deux par une cloison transversale. Elles étaient disposées dans l'oogone en une masse présentant la forme d'une sphère creuse. Y a-t-il fécondation d'une de ces cellules dans l'oogone ou plutôt de i:»lusieurs, ce qui semble assez vraisemblable? Doit-on les considérer comme des oosphères? L'observation fixera ce point dans l'avenir.

J'ai pu voir d'une façon très nette dans des oogones de petites dimensions (fig. 18, 18', 18"), la sortie des filaments germinalifs, qui sont les ramifications terminales des filaments constitutifs de l'œuf : les anthéridies se détachant après la formation de l'œuf (on en trouve un grand nombre dans les tubes d'eau : elles sont isolées et gardent une forme très reconnaissable en raison de leur membrane grillagée), l'oogone présente à sa surface un certain nombre d'ouvertures (fig. 13, 14) par lesquelles les filaments germinatifs peuvent sortir facilement.

Dès que ces derniers sont sufiisament développés, il est impossible de se rendre compte de leur origine par l'examen d'une préparation : ils sortent, en effet, d'un peloton embrouillé de filaments enchevêtrés, au milieu desquels on n'aperçoit plus que quelques débris de la membrane jaune de l'oogone.

Je déci'irai pruchaineiuent les mycélium truffîcrs que j'ai obtenus, ainsi que les formes conidiennes qui en dérivent et qui m'ont servi à faire mes semis dans le sol. Depuis 5 ans, je n'ai jamais cessé de m'occuper de cette question, bien que mes occupations journalières m'aient rendu la tâche difficile.

Je rectifie aujourd'hui une assertion que j'ai faite dans le pli cacheté qui a été ouvert à la séance de l'Académie des Sciences du 4 Mai 1903 : je n'ai pu le faire dans cette séance, car au lieu d'y voir faire une communication sur mes recherches, j'ai dû me contenter de demander l'ouverture de ce pli, daté de Décembre 1900. Le mycélium truffier blanc, que je cite, ne provient pas de la truffe de Bourgogne {T. uncinatum) : c'est le filament germinalif d'une ascospore échinulée'" et non alvéolée.

Parmi les numl)reux myct'lium truffîers que je possède, les uns sont blancs (c'est le plus grantl nombre), les autres ont une coloration gris noirâtre : tous proviennent de la germination d'ascospores échinulées.

11 m'est difficile actuellement de dire à quelles espèces ces filaments appartiennent ; j'ai traité en effet, chaque année, un nombre considérable de truffes afin d'en oljtenir le filament pour mes semis en grand dans le sol, et je ne m'attachais qu'à choisir des truffes de la meilleure qualité comestible, sans les déterminer botaniquement, ce qui m'eût pris trop de temps. Le seul terme de comparaison que je possède pour différencier ces mycélium, c'est l'ascospore qui a germé dans les tubes d'eau.

Les filaments gris sont nettement cloisonnés; leur coloration tient à leur membrane, qui est cutinisée; ils germent d'ascospores plus petites et de forme plus arrondie que les spores donnant des filaments blancs; les piquants sont légèrement recourbés à l'extrémité. Ces filaments (qui présentent les mêmes formes conidiennes que les blancs) proviennent de

(1) Je dis, dans ce pli, ijuc j'ai nblenii daus des cultures pures de ce mycélium blauc des Irulïes do dimensiou très réduite, mais adultes : c'est par l'exaniea de leurs spores, atrophiées et non colorées, car elles n'étaient pas recouvertes par la couche brune, que j'avais cru retrouver la spore alvéolée du T. uncinatum. Les récoltes, que j'ai obtenues depuis dans le sol, me permettent aujourd'hui de faire cette rectification.

trufïes sauvages, que m'adressait des e^^•i^ons de Sarlat un rabassier de la

région.

Les filaments truffiers blancs proviennent de truffes récoltées en Vaucluse; les spores étaient échinulées, franchement ovales, de grande dimension, avec des piquants rigides. Parmi tous ceux que j'ai obtenus, quelques-uns représentent des variétés différentes de truffes, car leurs formes conidiennes, bien qu'analogues entre elles, offrent des différences de coloration; l'étude approfondie des formes conidiennes de la truffe permettra de fixer des variétés que l'examen du tubercule ne suIFit pas à caractériser.

Néanmoins, ces divers mycélium truffiers blancs ont tous à l'état stérile le même aspect et la même structure; il sera très facile demies reconnaître. En effet, d'après l'examen auquel s'est livré M. Matruchot, maître de conférences à l'École Normale Supérieure, à qui j'avais communiqué mes résultats et mes tubes de culture dès Tannée 1901, ce mycélium blanc ne serait autre qu'un Mortierella; il semble en effet, au premier abord, qu'il ne soit ])as cloisonné; son calibre est irrégulier, certains filaments sont assez gros, tandis que d'autres sont excessivement fins; ils sécrètent dans les cultures de nombreuses gouttes d'huile, il semble même qu'ils aient comme cette Mucorinée des chlamydospores, ainsi que des conidies isolées, etc.

Bien que M. Matruchot soit très qualifié pour parler de la structure des Mortierella, qu'il a étudiée tout particulièrement >^', je soutiens que ce mycélium blanc qu'on retrouvera facilement l'hiver prochain , en suivant mes indications, provient de la truffé. Quand on veut distinguer les cloisons d'un filament excessivement fin, avant de le colorer il est bon d'enlever le contenu des cellules, et cette précaution est surtout utile lorsque le protoplasma contient de nombreuses gouttes d'huile qui prennent la forme des cellules : en plus des réactifs ordinairement usités, l'essence de térébenthine et l'èther. en dissolvant la matière grasse, permettent d'établir la preuve en question : on voit alors que ce filament blanc présente des cloisons très régulières.

J'ajouterai, dès maintenant, que la forme conidienne qui apparaît toujours la première, lorsqu'on cultive tous ces mycélium truffiers, est la forme Monilia, qui est brune, jaunâtre ou grise, suivant l'espèce de truffe.

(1) L. MAïuuciior : Sur une structure particulière du protoplasnia cliez une Mucorinée. Reo.gcii, Uo/aniqiic, tome XII.

Extrait des comptes rendus de l'Académie des Sciences (Séance du 4 Mai 1903) :

« M. Emile Boulanger cloniando l'ouverluro d'un pli cacheté, déposé par lui le 10 Décembre 1900, et. donnant les premiers résultats de ses recherches sur la culture de la trulFe.

« Dans une lettre adressée à M. le Secrétaire perpétuel, l'auteur déclare qu'il a maintenant réussi à créer un nombre considérable de truffières, dans les bois des environs d'Etampes, après y avoir semé, deux ans auparavant^ les formes conidiennes de la trulTe, qu'il avait obtenues.

« Le pli cacheté est ouvert en séance, par M. le Président, et renvoyé à la Section de l'otanique » .

Extrait des comptes rendus de l'Académie des Sciences (Séance du 11 Mai 1903) :

« Le pli cacheté qui avait été déposé le 10 Décembre 1900 par M. Emile BoLLANCEK, ct qui a été ou\'ert, sur sa demande, dans la dernière séance, contenait la note suivante, sur la culture de la truffe :

« 11 y a deux ans que j'ai obtenu la germination de l'ascospore de la truffe dans un liquide aqueux stérilisé. Je suis arrivé à ce résultat au mois de Janvier 1899, et, depuis cette époque, j'ai réussi à l'obtenir à nouveau un grand nombre de fois.

« J'ai pu cultiver ainsi le mycélium provenant de la germination de la spore, et le reproduire dans des milliers de cultures pures ; j'ai ainsi un grand nombre de cultures de Tubcr mda)iosporum (truffe du Pèrigord) et de T. ancinalani (Iliatin (truffe de Bourgogne).

« Le mycélium de ces champignons se développe bien sur tranches de carotte, sur tranches de carotte plongées en terre calcaire, sur terre calcaire seule, sur terreau, enfin sur tous les milieux ordinairement usités à la culture des mucédinées, mais la présence de carbonate et de biphosphate de chaux facilite le développement,

« L(> mycélium de T. melanosporiim est grisâtre et très fin ; bien que ce soit un filament rampant, il atteint en culture sur carotte une hauteur de un à deux centimètres et souvent même trois centimètres. 11 forme, dans les cultures vieilles de un ou deux mois, des amas gélatineux très caractéristiques, rappelant vaguement les sclérotes des Botrytis, mais d'un volume beaucoup plus considérable.

« Le mycélium jeun(> est très résistant; on a de la peine à l'arracher du subslratuiii (piand, i)our le semer, on veut le prendre au moyen du fil do platine.

« Le mycélium du T. uncinatum esl entièrement blanc ''*, d'un blanc neigeux; le fdament est très fm et soyeux. Il sécrète clans les cultures de nombreuses gouttelettes d'huile qui, suspendues dans la masse filamenteuse, donnent au champignon l'aspect d'une nmcorinée.

« Après un mois de culture sur tranche de carotte, ce mycélium donne naissance à un grand nombre de périthèces, qui restent au début de leur développement; ceux-ci sont très petits, jaunâtres et mesurent de 1/2 à 3/4 de millimètre de diamètre. Ces débuts de périthèces sont formés de faux tissu, sans qu'il y ait trace de quebjue organisation.

« Dans certaines cultures sur carotte, après un à deux mois de culture, j'ai ol^servé des périthèces beaucoup plus avancés dans leur développement : leur taille atteignait un centimètre de diamètre, leur consistance était charnue, la coloration brunâtre; en examinant au microscope l'intérieur de ces masses charnues, j'y ai trouvé des asques à quatre spores, peu nombreuses, mais absolument semblables, comme aspect et comme dimensions, à celles du Tuher uncinatum normal.

« J'ai obtenu aussi la forme conidienne de ce champignon dans des cultures additionnées de sels de potasse ; le mycélium, luimitivement blanc et stérile, était recouvert d'un grand nombre de spores brun(^s; ce champignon est alors brun rougeàtre et ressemble assez comme coloration à une culture (ï Acrostalaçjnius cinnabarinus . Le fdament ramifié porte sur de courts rameaux des spores agglomérées en capitules par un mucilage à la façon des Stacliylidiam. Je décrirai ultérieurement cette forme, ainsi qu'une autre forme monilienne qui semble lui être connexe.

« En résumé, d'après les procédés de laboratoire, j'ai pu obtenir un grand nombre de fois la germination des spores (ascospores) de la trufle [Tuber melanosporum et T. uncinalum).

« Le filament de chacune de ces espèces se développe abondamment dans les cultures sur la plupart des milieux usités.

« L'ascospore du T. uncinatum ayant donné un mycélium bien développé, celui-ci a redonné la trulîe elle-même, dépourvue de goùl, d'odeur et déformée sans doute; mais c'est un périthéce adulte, puisqu'il contenait des asques bien normales.

« Le mycélium du T. uncinatum a présenté aussi une forme conidienne dont les spores sont agglomérées en grand nombre en capitules au moyen de mucilage, cette forme semble voisine des Stachylidium ; j'ai observé aussi une seconde forme conidienne qui semble être un moniJia ou un amblyosporium.

a Après avoir eu ces résultats, j'ai voulu essayer la culture de la truffe

(1) Voir la rectification, page 6.

in silo, en reprodiiisanl les conditions où elle se développe dans la nature. J'ai acheté, dans le cours de l'hiver 18U9-1ÎI00, des terrains sis à Morigny- Champigny,près Étampes, au lieu dit les Blandards; j'en possède aujourd'hui une dizaine d'hectares. J'en ai ensemencé 2 hectares 5 au cours du printemps et de l'été 1000, et j'espère obtenir un résultat dans h^ cours de l'hiver 1901-1902, si ce n'est dans le courant de l'hiver actuel (1900-1901'.

« Les terrains où j'ai ensemencé le mycélium de la truffe sont plantés depuis de nombreuses années en bois de chênes; le sol est calcaire et ne contient presque pas de sable siliceux, ni d'argile, mais il est très riche en terreau produit par la chute des feuilles. Gomme composition^ le sol a sensiblement celle des meilleures trullières du Sarladais; j'ai pu vérifier par l'analyse qu'il avait la même composition (|ue le sol des truffières de M. de Bosredon.

« Au printemps de 1901, je compte ensemencer plusieurs hectares, car je disposerai d'une plus grand(> quantité de mycélium le mycélium dont je disposerai à cette époque occupera approximativement de .'îOOO à (3000 vases à culture, d'une capacité de 2 litres chacun ».

Paris, 10 Di'cemhrc 1900.

Extrait du Bulletin de la Société Mycologique de France i' " Sur la culture de la trufEe à partir de la spore ", par M. Emile BOULANGER :

« Depuis l'année 1898 j'ai poursuivi des recherches sur la culture de la truffe, appuyées sur des données scientifiques analogues à celles qui permettent aujourd'hui de livrer au commerce des blancs de champignon de couche, par cultures à partir de la spore.

a Les résultats positifs, obtenus au laboratoire dés l'année 1899, m'ont engagé, d'une part, à déposer à l'Académie des Sciences un pli cacheté exposant ma méthode, et, d'autre part, a (uitreprendre en grand la culture pratique de la truffe.

« Je suis en mesure actuellement de montrer les récoltes obtenues au bout de deux années de cette culture, en déposant sur le bureau de la Société Mycologique de France quelques échantillons de trulfes.

« Je crois devoir, en même temps, donner communication du contenu du pli cacheté déposé en 1900 et dont j'ai demande rou\erture dans la séance du k Mai 1903'".

(1) Séance du 7 mai I'.O'j. Vuir le Bulletin de la Sociclé qui [laraitra en juillet.

(2) Voir page 8.

ft Les résultais scientifiques qui sont i^xposés dans ce document m' doivent pas être considérés comme définitifs; depuis l'époque du dépôt, j"ai continué mes recherches et j'ai pu me convaincre que quelques points de mes premières données avaient besoin d'être revisés. Malheureusement, les conditions d'obtention des cultures de départ sont sous la dépendance des saisons et je n'ai pu poursuivre ces expériences aussi vite que je l'aurais désiré.

« Aussi n'aurais-je pas, dès maintenant, entretenu la Société de ce sujet si je ne m'y voyais obligé iràv une communication récente faite sur le même sujet à l'Académie des Sciences.

« Je me borne donc, mes expériences étant encore incomplètes, à publier le texte du ])li cacheté déposé en 1900.

« En ce qui concerne les résultats pratiques obtenus, je puis, dés maintenant, annoncer que dans lo hectares de bois situés aux environs d'Etampes, j'ai provoqué la formation de oOOO places truffières par les opérations suivantes :

« 1" Germination de l'ascospore de la truiîe par semis aseptique de fragments internes du tuliercule dans des tubes d'eau ordinaire stérilisée;

(( 2" Multiplication du mycélium ainsi obtenu sur tubes de carotte cuite, additionnée de terre calcaire.

« C'est dans ces conditions que se produisent les formes conidiennes, qui permettent une grande dilution de la semence ;

« 3° Préparation d'un engrais minéral, contenant G "/oo de sulfate de potasse et une égale quantité de superphosphate de chaux. — Emulsion de conidies dans cet engrais^ qui sert ensuite à imprégner des carottes crues que l'on enfouit au pied des chênes. — Le sol est ensuite saupoudré de l'engrais précité, semé en poudre.

« C'est dans ces conditions que j'ai pu, sur les places ainsi ensemencées, obtenir à la récolle de l'hiver 190:.^- 1903 les truffes que j'expose aujourd'hui et dont la grosseur varie entre celle d'une noisette et celle d'une noix. Ces trutïés, dont les plus petites sont elles-mêmes bien formées et présentent des ascospores typiques, ont en outre les qualités de parfum qu'on rencontre dans les sortes commerciales; elles ont d'ailleurs été récoltées avec l'aide de chiens truffiers.

« Je dois à la vérité de rappeler que, pour ce qui concerne la partie scientifique de ces recherches, j'avais pu en 1893-1895 me familiariser avec la technique de culture des champignons dans le laboratoire de M. Costantin à l'Ecole Normale Supérieure, et je dois remercier M. Matruchot, préparateur du cours à cette époque, des conseils qu'il a bien voulu me donner

pour l'élude des quelques espèces qui m'unl penuis de l'ouniir des dounées nouvelles à la littérature mycolog-ique '^'.

a Ces relations bienveillantes m'ont engagé à lui connnuniquer en 1901, après le dépôt de mon pli cacheté, les premiers résultats de mes recherches sur la truffe, en lui remettant les tubes de culture qui avaient servi à mes expériences.

a Les conclusions de cet examen, telles que M. Matruchot a bien voulu me les formuler de vive voix, n'ont pas été de tous points conformes aux miennes. Je me propose donc de reviser sévèrement mes procédés et être en mesure, à la prochaine saison de germination, d"api)orter sur cet intéressant sujet des données plus complètes ».

Extrait des comptes rendus de l'Académie des Sciences (Séance du 2 Juin 1903) :

Sur les caractères botaniques du viyceUum trnflier. — Note do M. Lmiis Mati'ucliot,

présentée par M. Gastoo Bon'nier.

a La publication du contenu d'un pli cacheté de M. Emile Boulanger, faite dans le numéro des Comptes rendus du 11 Mai dernier, m'engage à revenir sur l'étude du mycélium truflier, partiellement exposée par moimême dans une précédente note''-'. M. E. Boulanger énonce, en effet, des résultais absolument contradictoires avec ceux que, par une méthode différente de la sienne, j'ai obtenus de mon côté; je crois donc devoir dès maintenant préciser, en les étendant, les notions précédemment fournies par moi sur les caractères fiotanicpies du mycélium truflier tel que je le possède en culture.

« Qu'il s'agisse du Tuber melanosporum (truffe du Périgord) ou du T. uncinatiim (truflé de Bourgogne), le mycélium truflier peut être caractérisé par la remarquable gradation de couleurs nuancées qu'il présente avec l'âge et par un ensemble de caractères microscopiques très nets.

(< Tout à fait au déljut du développement, le mycélium est incolore; nuus à peine âgé de quelques jours, il devient rose, puis roux clair, puis il se nuance de vert et enfin, âgé de quelques mois, il prend une teinte roux bniudlre caractéristique.

<c Dès le jeune âge, les filaments s'agrègent en cordons; par ramifications et anastomoses ces cordons atteignent un assez grand diamètre, mais à tout âge le mycélium reste friable et facile à détacher du substratum.

(1) Mulnicliolia oiirians, Rcv. fji'n. Ilolan., tnine \ :

Sur le pohMiiorijhisnie du genre Siio7-ot}icliiim, llcv. gt'n. Jioian., t. \II :

Sur une [orme conidienne no\ivelle dans le genre Cliaiomium, Rcv. gèn. Butnn., t. IX;

Action de quelques antiseptiques snr VAs/ierçiillus fumigalus. La Phafmucic Française, 1898.

(2) L. MATurenoT, Germination des spores de Trulles; culture et caractère du mycélium trullier. {Comiiles rendus,

t. IXWVl, 'i mai r.iO!, p. lOOSl).

c( Le mycélium est régulièrement chùsonné. 11 n'est jamais très fin; bien au contraire, le diamètre des filaments peut atteindre jusqu'à 8 f* et 10 f^. ce qui est une taille relativement considérable pour un mycélium d'Ascomycète. Il offre, particulièrement dans le Tuber wicinaium, une tendance manifeste à l'enkystement, surtout dans les portions toruleuses du mycélium, où la membrane présente des épaississements locaux caractéristiques.

« Enfin, ce mycélium ne m'a jamais présenté aucune forme cnnidienne; il donne naissance seulement à des sclérotes en petit nombre et de taille volumineuse, qui ne sont jamais gélatineux, à aucun stade de leur développement.

« En se reportant aux diverses particularités qui viennent d'être énuniérées, on voit que, d'après mes expériences et mes observations :

« 1" Le mycélium de Taber melano^iporum. n'est ni « grisâtre «, ni « fin », ni « résistant » ; il ne forme jamais « d'amas gélatineux )> ;

« 2° Le mycélium de Tuber uncinafmn n'est ni d'un « blanc neigeux », ni « très fin et soyeux » ; il ne donne jamais « de nondjreux petits périthèces ce jaunâtres, restant au début de leur développement et mesurant moins de « 1 millimètre de diamètre » ;

« 3° Les mycélium trulTiers des deux espèces que j'ai étudiées, loin de dilTérer extrêmement l'un de l'autre, se ressemblent l^eaucoup, par tous leurs caractères microscopiques et macroscopiques;

« 4° Enfin, ni Tun ni l'autre de mes mycélium ne donne de forme conidienne et ne rappelle en quoi que ce soit ni les Acrosfalagmus, ni les Slachylidium, ni les Monilia, ni les Amblyosporiam.

« En conséquence, le mycélium truffier que je possède en culture, défini par les caractères botaniques énumérés plus haut, diffère essentiellement des divers mycélium étudiés par M. E. Boulanger, et c'est là en particulier un point que je tenais à mettre dès maintenant en évidence.

« Quant au mycélium obtenu par ^{. Raphaël Dubois {Comptes rendus, 2o Mai 1903), je ne saurais dire s'il est ou non identique à celui que je possède, l'auteur ne donnant aucun renseignement botanique qui permette la comparaison. Toutefois, le fait que ce mycélium fournit dans les ballons de culture « de larges taches blanches » me laisse supposer qu'il s'agit d'un mycélium difTérent ».

ge:fmviiiv.^xioiV

DE

L'ASCOSPORE DU TDBER MELANOSPORDM

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