‹ GérômeChapitre 21 sur 126 · L'ATELIER DE LAROCHE · texte numérisé non relu

L'ATELIER DE LAROCHE

que le patient devait s'engager à corriger par tous les moyens possibles — et même impossibles, — sous peine d'exclusion. A un nouveau qui portait un nez énorme, Cham déclara en lui barrant de bleu son appendice : « Je veux bien vous recevoir... nez en moins, c'est-à-dire que vous devrez vous présenter ici ayec la marque bleue de ma correction tant que vous n'aurez pas réduit votre nez à une dimension convenable... Jamais vous ne pourriez dessiner une tête « d'ensemble » avec un nez pareil! »

Les nouveaux récalcitrants étaient ficelés à une perche dans la pose d'un cul-de-jatte et transportés sur la place de l'Institut où ils restaient en détresse, exposés à la curiosité des passants, jusqu'à ce que « une bonne âme » les détachât.

Les moindres occasions prêtaient à la plaisanterie. Un jour de réception à l'Institut, des plantons à cheval s'échelonnaient dans la cour. L'un d'eux posté près du

vitrage de l'atelier Delaroche, très intrigué par le vacarme, risquait de temps en temps un regard de ce côté. Les élèves s'en aperçurent, ouvrirent un carreau du vitrage, engagèrent la conversation.

« Tu t'embêtes là, mon vieux... Tu devrais venir avec nous. Comme on n'est pas encore de l'Institut, on s'amuse... »

Le pauvre diable souriait, impassible.

ce Et puis nous avons un modèle de femme ».

L'œil du planton s'anima :

« Oui, quelque chose de gentil... Oh! tu peux regarder, mon brave : ça ne coûte rien... En te dressant sur tes étriers... »

Le cavalier obéit, passe la tête par le vitrage, se penche à l'intérieur... Aussitôt les rapins l'empoignent, lui frotte le visage de bleu de Prusse, lui coupent les crins de son casque... On imagine quel effet produisait, dans la cour, la tenue peu militaire du planton et le scandale que souleva son apparition lorsque, la face bleue et le casque

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