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Gerson

Depuis que ce livre a été honoré du plus précieux suffrage, celui de l'Académie française, et aussi celui du public adolescent pour lequel il a été écrit, quelques observations relatives à la nature et à la forme de l'ouvrage sont venues inquiéter l'auteur en un point sur lequel il lui serait pénible de se sentir coupable. On s'est demandé si avoir placé Gerson, cet imposant person-

nage du xv" siècle, dans une action imaginaire, fictive, ce n'avait point été enlever au vénérable chancelier de l'Église et de l'université de Paris quelque chose de la solennelle gravité de sa vie et du mâle intérêt qu'elle doit inspirer. L'auteur s'est interrogé religieusement pour savoir de sa conscience s'il mérite le reproche d'avoir rapetissé et amoindri la grande figure de Gerson, en la plaçant au milieu d'un cadre légèrement orné. Il pense que ce reproche, qui serait grave, il ne l'a point encouru. Il n'est aucun des détails de la vie officielle du chancelier, du prêtre ou de l'ambassadeur, qui ne soit scrupuleusement conservé ici dans sa vérité historique. Le riant et pieux tableau qui ouvre le livre, et qui pourrait être composé, a été tracé par Gerson lui-même dans une de ses œimvs mystiques où il raconte celte touchante

scène de son enfance; les pathétiques circonstances de sa mort à Lyon au milieu des enfants, son frère nous les a conservées dans une lettre précieuse ; et quant aux traits de la vie intime, de la vie de famille, que l'histoire ne nous a pas transmis, l'auteur pouvait avec assurance les tracer d'après ceux qui se trouvent ineffaçablement empreints dans des écrits tour à tour austères, poétiques, intrépides, affectueux, purs, pleins d'onction et de grâce. Ce n'était donc que des reflets qu'il fallait fixer avec soin pour compléter le portrait du chancelier et le faire vivre pour tous, pour les grands comme pour les petits, vers lesquels il descendit plus d'une fois des hauteurs de la théologie, de la politique et de la morale. Puisse le nom de Gerson, ce nom si saint qu'il plane comme un transparent mystère sur le Ama nesciri

de l'Imitation, devenir de plus en plus populaire par la lecture des pages qui suivent ! Tel a toujours été le sincère vœu de l'auteur.

26 janvier 1844.

DE

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