‹ Gerson; ou, Le Manuscrit aux enluminuresChapitre 1 sur 22 · Gerson; ou, Le Manuscrit aux enluminures · texte numérisé non relu

Gerson; ou, Le Manuscrit aux enluminures

Depuis que ce livre a été honoré du plus précieux suffrage, celui de l'Académie française, et aussi celui du public adolescent pour lequel il a été écrit, quelques observations relatives à la nature et à la forme de l'ouvrage sont venues inquiéter l'auteur en un point sur lequel il lui serait pénible de se sentir coupable. On s'est demandé si avoir placé Gerson, cet imposant person-

nage du xv^ siècle, dans une action imaginaire, fictive, ce n'avait point été enlever au vénérable chancelier de l'Église et de l'université de Paris quelque chose de la solennelle gravité de sa vie et du mâle intérêt qu'elle doit inspirer. L'auteur s'est interrogé religieusement pour savoir de sa conscience s'il mérite le reproche d'avoir rapetissé et amoindri la grande figure de Gerson , en la plaçant au milieu d'un cadre légèrement orné. Il pense que ce reproche, qui serait grave, il ne l'a point encouru. Il n'est aucun des détails de la vie officielle du chancelier, du prêtre ou de l'ambassa- ; deur, qui ne soit scrupuleusement conservé] ici dans sa vérité historique. Le riant eo pieux tableau qui ouvre le livre, et qui\ pourrait être composé , a été tracé par \ Gerson lui-même dans une de ses œuvres j mystiques où il raconte cette touchante

scène de son enfance ; les pathétiques circonstances de sa mort à Lyon au milieu des enfants, son frère nous les a conservées dans une lettre précieuse; et quant aux traits de la vie intime, de la vie de famille, que l'histoire ne nous a pas transmis, | l'auteur pouvait avec assurance les tracer d'après ceux qui se trouvent ineffaçablement empreints dans des écrits tour à tour austères, poétiques, intrépides, affectueux, purs, pleins d'onction et de grâce. Ce n'était donc que des reflets qu'il fallait fixer avec soin pour compléter le portrait du chancelier et le faire vivre pour tous, pour les grands comme pour les petits, vers lesquels il descendit plus d'une fois des hauteurs de la théologie, de la politique et de la morale. Puisse le nom de Gerson, ce nom si saint qu'il plane comme un transparent mystère sur le Atna nesciri

de V Imitation y devenir de plus en plus populaire par la lecture des pages qui suivent ! Tel a toujours été le sincère vœu de l'auteur.

26 janvier 1844.

LA PRJÈMIÊRÊ ÉDITION

« Venez à moi en toute confiance, venez à « moi. Nous ferons l'échange de nos biens spi- « rituels : je vous donnerai la science, vous <( me donnerez la prière. Doux échange, em- « brassement de pieuse grâce , ils nous conso- « leront dans les misères de l'époque présente. « Nous prierons les uns pour les autres, et € nous réjouirons nos anges. » Telles sont les douces paroles qu'il y a plus de quatre siècles adressait aux enfants l'illustre Gerson, chancelier de l'Église et de l'université de Paris.

Suaves exhortations, elles étaient l'écho de celles de Jésus disant : Laissez les petits ejifants venir à moi; et Gerson, à l'exemple de son maître, faisait descendre sur ces innocentes créatures les bénédictions les plus puissantes en leur enseignant à être bons, pieux, honnêtes à toute épreuve. Pour leur donner cette éducation salutaire, il n'avait qu'à vivre sous leurs yeux. Cette éloquente leçon de l'exemple que leur offrait sa vie de haute et courageuse vertu, nous avons espéré qu'il nous serait possible de la renouveler pour la génération actuelle, en essayant de ranimer Gerson et de le montrer grand et humble , savant et modeste , doux et fort; de le montrer tel qu'il fut aux enfants de nos jours.

Difficile résurrection des jours écoulés, quelque imparfaite que soit notre œuvre , elle aura du moins le bon résultat de faire voir et sentir partout la main de la Providence , qui n'abandonne jamais le monde, même à l'heure des plus rudes épreuves. Ces épreuvgs , la France en éprouva-t-elle jamais de plus amères que sous le déplorable règne de Charles VI? Eh bien, au milieu des hommes fous, égoïstes,

ignorants, ambitieux, pervers, il sera consolant de voir un homme pur, honnête, éclairé, levant sa tête calme et sereine, comme un phare au milieu d'une mer troublée par plus d'une tempête. Phare admirable, immobile au milieu du danger, ainsi que le fanal dont aucune rafale ne peut atteindre la clarté qui sauve, il bravera tout pour faire son devoir, éclairer ces vagues qu'a soulevées l'orage, montrer le droit chemin et dire la vérité aux hommes.

Prêtre pieux, grand consolateur, à tel point que les générations saluent en lui l'auteur de Vlmitation; puissant médecin des maladies de l'âme, ainsi que le qualifie un de ses innombrables panégyristes , Gerson , dans un siècle où le clergé était frappé de plus d'une cause de discorde et de dissolution, brille comme l'astre précurseur de nos jours, où nous voyons l'Église si dégagée du siècle, si lumineuse, si grande par sa pureté. La peinture des époques mauvaises, et les rapprochements que de tels tableaux appellent k faire avec des temps plus beaux qui ont succédé, ont, ce nous semble, quelque chose d'utile, de salutaire, de bienfaisant pour l'âme, quelque chose qui console du

passé et donne foi dans l'avenir : tel puisse être l'effet de la lecture de ce livre 1 II sera doux peut-être d'y suivre le cours de la vie de Gerson, coulant calme, toujours reflétant le ciel au milieu dés écueils de la vie publique ou de ceux de la vie privée. Fleuve majestueux , il traversera, sans y prendre de souillures, les sombres événements de l'histoire; il versera, en passant , les fraîches eaux de la charité sur les cuisantes douleurs de la famille, et ira enfin , touj ours plus transparent, touj ours éclairé d'un reflet plus divin, se répandre, mais non se perdre, dans l'océan de l'éternité. Remontons ses ondes magnifiques jusqu'à leur source ombreuse : voyons d'abord le grand homme enfant.

Page 1