Mort vers i
APPENDICE. — COMMENTAIRES i2[
la prise d'habit des mains du prieur; ensuite, le jeune cénobite et d'autres moines du couvent demandent au supérieur d'être envoyés en Asie pour prêcher aux Sarrasins la foi chrétienne; et enfin le départ des missionnaires pour le pays du sultan. Plus loin, leur première prédication et leur arrestation ; la comparution des moines devant le sultan, qui ordonne qu'ils soient liés à une colonne et battus de verges. Aussitôt, ils sont garrottés, et deux hommes, les verges à la main, commencent à les frapper. Après, on voit que ces deux bourreaux ont cédé leur place à deux autres et se reposent, le visage altéré, les cheveux en désordre, le corps en sueur. L'art avec lequel le peintre a représenté leur agitation et leur cruauté est merveilleux. La foule les entoure, les yeux fixés sur les moines dépouillés de leurs vêtements. Il y a aussi le sultan, assis à la mode mauresque, entouré de personnages, dans des attitudes variées et portant de riches costumes, tous si bien peints qu'ils semblent être vivants. Puis le sultan ordonne que les moines soient pendus à un arbre. Plus loin, on voit comment on en pendit un, et tout le peuple qui est témoin Tentend prêcher et parler; le sultan commande au justicier qu'ils soient décapités. On voit ensuite la décapitation en présence d'une grande foule de curieux à pied et à cheval. L'exécuteur est accompagné de beaucoup de soldats. Près de lui, une foule d'hommes et de femmes. L'exécution terminée, un ouragan s'élève, avec grêle, éclairs, tonnerre et tremblements de terre ; il semble que le ciel et la terre soient en danger. La population effrayée cherche un refuge. Les hommes et les femmes se couvrent la tête de leurs vêtements, et les soldats se protègent avec leurs boucliers. Les grêlons rebondissent sur les boucliers ; le vent souffle avec fureur. Les arbres sont courbés jusqu'à terre, quelques-uns se brisent, et chacun cherche à se sauver, chacun prend la fuite. Le bourreau tombe sous son cheval et meurt. Aussi, un grand nombre de personnes se firent-elles baptiser. Gomme peinture, l'œuvre me semble magistrale ^ Le peintre fut un maître consommé, doué d'un grand talent, dessinateur
I. De ces fresques de'crites par Ghiberti, rien n'a survécu que deux morceaux, lesquels, ayant été sciés du mur du cloître, ont été placés dans la seconde chapelle de l'église de Sainî-François, à Sienne. {Histoire de la Peinture en Italie, par MM. Crowe et Cavalcaselle, tome II, page i36.)
admirable et versé dans la théorie de son art. 11 peignit deux fresques sur la façade de l'hôpital, et ce fut là son premier ouvrage; Tune représente la Naissance de la Vierge, l'autre sa Présentation au temple, toutes deux parfaitement exécutées. A Sant' Agostino, il décora la salle capitulaire. Les articles de la foi sont représentés sur le plafond ; sur la façade, trois épisodes de la vie de sainte Catherine * : le premier lorsque, dans le temple, elle est amenée devant le tyran pour être interrogée; la sainte a Tair joyeux, comme pour une fête ; la foule se presse à l'extérieur et à rintérieur du temple ; sur l'autel, les prêtres sacrifient aux dieux. Cet épisode est remarquable pour sa facture et pour l'abondance des personnages. De l'autre côté, la sainte discute en présence du tyran et des savants, et elle a l'air de les convaincre. Quelques-uns vont prendre des livres de théologie dans une bibliothèque pour y puiser les arguments qui devraient la convaincre; au milieu, le Christ crucifie entre les deux larrons, et les soldats au pied de la croix. Au palais public de Sienne, Lofenzetti a peint la Paix et la Guerre^; d'un côté on voit les bienfaisants effets de la Concorde : des marchandises transportées au loin, puis déposées en toute sécurité dans les bois, où leurs propriétaires retournent les chercher. Dans l'autre, les troubles qui naissent de la guerre sont parfaitement représentés. Lorenzetti peignit aussi une cosmographie, c'est-à-dire toute la terre habitable. Comme alors la cosmographie de Ptolémée était inconnue, on ne peut s'étonner que celle du peintre soit imparfaite. Dans la cathédrale, on voit trois tableaux de sa main ; à Massa, un grand tableau et une chapelle ; à Volterre, un beau tableau ; à Florence, le chapitre de Saint- Augustin est de lui; à Saint-Procule, un tableau d'auteP et une chapelle; à la Scala, où Ton garde les « gittoti » (?), une très belle Annonciation.
X. Maître Simon ^ fut un peintre excellent et de grande réputation. Les artistes siennois lui accordent la primauté, mais, pour ma part, je
1. Les fragments de ces peintures au-dessus d'une porte du Collège Tolomei sont tellement abîmJs qu'on ne peut guère les juger. {Histoire de la Peinture en Italie, par MM. Crowe et Cavalcaselle.) '
2. Les fresques de la Salle des Neuf, ou de la Paix, furent commencées en iSSy et compléte'es le i3 février iSSg.
3. Deux petits sujets de la. predel la de ce tableau se trouvent à l'Académie des Beaux-Arts, à Florence.
4 Simone Mjirtini, né en i285 (?), mort en 1344.
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trouve qu'Ambrogio Lorenzetti lui est bien supérieur et autrement savant que n importe quel autre. Retournons à maître Simon. On voit de lui dans la salle du Palais*, en haut, une Madone avec l'Enfant dans ses bras et avec beaucoup d'autres personnages autour d'eux, d'un coloris merveilleux. Un autre excellent tableau peint par lui se voit dans le même palais, et sur la façade de Thôpital deux peintures, dont Tune représente le Mariage de la Vierge et l'autre les visites que lui rendent un grand nombre de femmes et de vierges^. La composition est riche en figures et en fabriques. Dans la cathédrale se trouvent deux tableaux de sa main. Au-dessus de la porte de la ville qui conduit à Rome, il commença un Couronnement de la Vierge de grandes dimensions; je l'ai vu esquissé à la sanguine^. Il existe aussi une Madone avec l'Enfant sur les bras; au-dessus de la porte delT Opéra (de la cathédrale), des anges tiennent en volant une bannière au-dessus de sa tête, et beaucoup de saints sont autour d'eux. Simon se fixa à Avignon quand les papes y tenaient leur cour et y exécuta beaucoup d'ouvrages. Maître Philippe * travailla avec lui ; on dit qu'il était son frère.
C'étaient d'excellents maîtres, et leurs peintures furent exécutées avec le plus grand soin et terminées avec beaucoup de délicatesse. Ces peintres siennois travaillaient à Florence, et ils laissèrent de nombreux tableaux.
XI. Il y eut un autre peintre nommé Barna^, qui brillait entre ses confrères. Il orna de fresques deux chapelles de l'église des Augustins^. Une d'elles représente un jeune homme condamné à mourir; craignant la mort, il est accompagné d'un moine qui l'encourage, et de plusieurs autres personnages. On ne peut regarder cette œuvre et beaucoup d'autres œuvres de ce peintre, sans être convaincu de sa grande
1. Sala del Consiglio. La Madone de Simone Martini fut peinte en i3i5. (Voir Commentaire à la vie de Martini : Vasari, édition Milanesi, tome I*^ page 563.)