‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 23 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» sures ! quelle pâleur livide I que de sang ! en quel » état te vois-je , reine de beauté ! Je le demande au » ciel et au monde : (tites, dites, qui l'a réduite à une » telle affliction? Et pour comble de malheur, elle aies » deux bras chargés de chdnes , de sorte que , les » cheveux épars et sans voile , elle est assise à terre, :» abandonnée et inconsolée, se cachant la face entre ï> les genoux, et elle pleure. Pleure, tu as bien de quoi , » ô mon Italie, née pour dépasser les autres nations 9 et dans la bonne et dans la mauvaise fortune.

» Quand même tes yeux seraient deux sources vives, » jamais tes pleurs ne pourraient égaler ta misère et » ta honte : toi qui fus maîtresse, tu es aujourd'hui » pauvre servante. Qui parle ou écrit sur toi sans dire, » en rappelant ta gloire passée : Jadis elle fut grande, » aujourd'hui elle ne l'est plus. Pourquoi ? pourquoi ? » Où est la force antique ? où les armes et la valeur et » la constance? Qui t'a arraché l'épée ? Qui t'a trahie ? » Quel art, quel effort, quelle puissance si grande a pu » te dépouiller du manteau et du diadème d'or ? Com- » ment ou quand es-tu tombée de si haut si bas ? » Personne ne combat donc pour toi ? personne parmi » les tiens ne te défend ? Des armes, ici, des armes ! » riioi seul je combattrai , je succomberai seul I Accorde- }» moi , ô ciel , que mon sang soit un feu pour les cœurs ]i> italiens.

» Où sont tes fils ? J'entends un bruit d'armes et de > chars et de voix et de timbales ; ils combattent, tes fils, }» dans des contrées étrangères. Écoute, Italie , écoute! » Je vois , ou il me semble voir ondoyer fantassins et

y> chevaux, et la fumée et la poussière, et scintiller les y> épées, comme des éclairs à travers la nue. Tu ne » reprends pas courage? et tu ne daignes pas tourner » tes regards noyés vers cette lutte incertaine? Pour quoi y> combat dans ces champs la jeunesse italienne ? Q dieux ! » ô dieux ! c'est pour une autre terre que combattent » les glaives italiens. Ah I malheureux celui qui suc- » combe en guerre, non pas pour les rivages de sa patrie, » ni pour sa tendre épouse et ses chers enfants , mais y> frappé par les ennemis d'autrui, pour une autre nation, » et qui ne peut dire en mourant : Douce terre natale, » la vie que tu m'as donnée, voici que je te la rends !

» Oh I bienheureux et chers et bénis les âges anti- » ques, alors que les peuples couraient en rangs pressés » à la mort pour la patrie ; et vous , soyez toujours » honorés et glorieux, défilés de Thessalie, où la Perse )) et les destins furent moins forts que quelques âmes » vaillantes et généreuses ! Je crois que les plantes et » les rochers et l'onde et vos montagnes racontent au » passant, d'une voix confuse, comment les invincibles » bataillons couvrirent toute cette grève de corps dévoués » à la Grèce. Alors, le vil et le cruel Xerxès s'enfuyait » par l'Hellespont, objet de risée pour nos derniers » neveux ; et sur la colline d'Anthela, où la sainte.bande » conquit en mourant l'immortalité, Simonide montait, » regardant le ciel et la plage et le sol.

» Et les joues baignées de larmes, et la poitrine hale- 2» tante, et le pied chancelant, il prenait en main la » lyre : Mille fois heureux, ô vous qui offrîtes vos poi- » trines aux lances ennemies pour l'amour de celle qui

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