CHAPITRE lY
masses populaires, lentement travaillées et poussées à l'action par une idée commune. C'est bien un disciple d'Alfieri qui s'écrie : « Je succomberai seul. Accorde-moi , ô ciel , que mon< sang soit un feu pour les cœurs italiens. »
Le souvenir des guerres médiques se présenté de lui-même à quiconque veut opposer le droit à la force brutale, la valeur au nombre. C'est ainsi que nous le retrouvons sous la plume de Dante , aux yeux duquel l'Hellespont « est encore un frein à tous les orgueils humains S>,dans les odes patriotiques de Pétrarque * et dans les Sepolcri de Foscolo. Leopardi a rajeuni ce thème avec sa science philologique. L'hymne ' funèbre de Simonide est une restitution d'un chant fameux du poète de Ceos. D'autres ont remarqué déjà' la prédilection de Leopardi pour le grand lyrique grec dont la renommée, si ses œuvres n'avaient été à peu près anéanties par le temps, balancerait aujourd'hui comme autrefois celle de Pindare. Le secret de cette prédilection n'est pas difficile à pénétrer. Simonide était un patriote ardent , qui s'éleva un des premiers
* Dante, Purgatoire, ch. xxviii, 74.
3 Pétrarque, Camone H,
3 V. Sainte-Beuve, Portraits contemporains^ IV, p. 378.
à ridée de la solidarité entre tous les peuples helléniques, un cœur accessible aux grandes émotions et parfois même aux tristesses intimes de la vie. Tandis que Pindare, le poète hiératique , chantait avec plus d'art que de spontanéité les exploits nationaux auxquels ni lui, alors dans toute la vigueur de l'âge , ni ses compatriotes les Thébains n'avaient pris part , ou se hâtait , suivant sa coutume, d'attribuer à l'intervention des dieux une bonne moitié du succès , le vieil ami de Thémistocle et de Pausanias, malgré ses soixante-dix ans , retrouvait toute la verve de sa jeunesse pour célébrer les héros des Thermopyles et de Marathon ; à quatre-vingts ans il chantait Artemisium , Salamine , Platée , et expirait à quatre-vingt-dix ans en envoyant un souvenir attendri aux guerriers tombés à la bataille de l'Eurymédon. Leopardi était fait pour comprendre cet homme-là. Aussi a-t-il pieusement recueilli dans ses vers la substance des fragments de Simonide épars dans l'Anthologie et librement imité ce débris de l'hymne aux compagnons de Léonidas, conservé par Diodore de Sicile : « De ceux qui sont morts aux Thermopyles , glorieux est le sort , belle est la destinée. Leur tombe est un autel. Pour eux^ point