CHAPITRE Vlï
la veille, achever une protestation amère sur un rhythme plus doux : pour elle. , les cieux sont vides, la terre est un champ moissonné par la mort, la nature une marâtre qu'il ne faut point songer à attendrir, puisqu eUe est inconsciente, aveugle et courbée elle-même sous le joug de la Nécessité. Espérer serait une illusion ; bénir la main qui nous frappe, une lâcheté !
« Ce qui est stoïque n'est pas dramatique», a dit Lessing. Leppardi tient un peu trop à constater qu'il n'attend plus rien de la vie, et que, si quelque chose en tempère pour lui l'amertume, c'est la certitude de la mort. Même après avoir lu les petits chefs - d'œuvre au milieu desquels nous allons nçus arrêter un instant, je regrette toujours que Leopardi n'ait pas écouté quelquefois le bon génie qui lui parlait à cette heure solennelle où , aspirant à pleins poumons l'air tiède et parfumé d'une soirée de printemps, il sentit ses yeux s'émphr de larmes et se mit à demander grâce à la nature.
Elégies de Leopardi. — Lt premier Amour, — Lt dernier chant de Sapho. — Consàho, — Le Songe. — A SihHe. — Poésie de la solitude. — La Vie solitaire, — L'Infini, — La Lune et les Poètes. — Chant nocturne d^un Pasteur errant de PAsie. — Au Printemps, — Hymne aux Patriarches. — Leopardi révolté contre la Providence. — Le Passereau solitaire. — Originalité des Hégies. — Projets littéraires de Leopardi.
Nous avons eu déjà Toccasion de voir quel frémissement douloureux avait excité dans le cœur de Leopardi la première atteinte de l'amour. La longue cantilène qu'il avait écrite en tercets dantesques, dès l'année 1817, ne vit jamais le jour sous sa forme primitive, mais on en retrouve des fragments dans le recueil des Canti, entre autres la charmante élégie intitulée II primo Amore. Le poète raconte comment son âme fut envahie par le rayonnement d'une douce image, comment le souffle de l'amour, pareil au zéphyr qui fait frissonner la chevelure des forêts, éveillait dans son cœur un essaim murmurant de