‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 99 · CHAPITRE YHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YHI

extrêmes. Jeune, il avait conservé trop de ibi, homme fait , il avait recouvré trop de calme et trop bien pesé ses forces pour essayer de lutter corps à corps avec le nom redoutable du Dieu vivant et personnel qu'il avait jadiâ adoré avec tant de ferveur. Tendue à ce diapason , sa lyre se fût brisée. Il s'est bien jugé lui-même, et mieux peut-être qu'il ne le pensait, en se comparant au Passereau solitaire qui , perché au faîte d'une vieille tour , regarde la parure printanière des champs et l'épanouissement de la vie universelle sans se mêler aux ébats des autres créatures, et gazouille une sorte de monologue plaintif dont les dernières notes s'éteignent avec le jour. Cette voix» n'est pas assez puissante pour imposer l'attention à l'indiflFérent qui passe ; celui qui l'écoute d'une oreille distraite croit l'avoir déjà entendue cent fois ; il faut s'approcher et écouter à loisir pour en apprécier la grâce native et la modeste originalité.

Je ne commettrai pas la faute, j'allais dire le crime, dé. soumettre les poésies lyriques de Leopardi à une froide et méthodique analyse dans le seul but d'y chercher des réminiscences, des points de comparaison, et de disperser dans de nombreux parallèles les membres du poète.

94 LEOPàRDI , SA VIE ET SES OEUVRES.

L'esprit le plus original est rempli d'idées qui appartiennent à tout le monde et qui , déjà exprimées sous mille formes, ne s'immobilisent dans aucune. Les idées qui constituent le thème poétique de Leopardi, la fuite du temps , le rapide déclin de la vie humaine, le néant de nos joies et de nos espérances, l'accord ou le contraste des passions de Têtre pensant avec le symbolisme changeant de la nature inanimée, sont de ce nombre et l'on ne saurait y toucher sans évoquer une foule de réminiscences. Est-ce à dire que Leopardi soit allé les prendre dans tel ou tel recoin de sa mémoire, que tel passage procède de Lucrèce, d'Horace ou d'Ovide, tel autre deByron ou de Chateaubriand? Dans les détails même, où l'on peut d'ordinaire surprendre avec plus d'évidence le labeur de l'imitation, les poésies de Leopardi peuvent supporter l'examen du critique le plus décidé à faire preuve de sagacité et d'érudition. Tout au plus trouverait-il que, en comparant sa pensée dominante à une toîir isolée dans une plaine déserte, le poète rappelle René rencontrant une colonne debout dans le désert « comme une grande pensée dans une âme que les ans et le malheur ont dévastée » ou que, dans Le soir du joiXr

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