‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 77 sur 99 · CHANTRE XVII · texte numérisé non relu

CHANTRE XVII

Cicéron qui eût essayé de se dégoûter ainsi du seul fruit qu'il espérât retirer de toute une vie de labeurs ! Leopardi restreint tout d'abord le débat à la gloire littéraire qu'il déclare , sur la foi des anciens , inférieure à la gloire attachée aux grandes actions. Mais du moins, ces lauriers de second ordre sont-ils plus faciles à cueillir ? Tant s'en faut. Que de travaux pour se former à l'art d'écrire ! que d'obstacles à surmonter , que d'envieux àréduire au silence, avant de pouvoir parvenir jusqu'au public avec quelque cHance d'être jugé sans prévention ! Et encore ce public, quel est-il? Le gros des lecteurs bâille sur les livres ou admire de confiance. Pour j uger du style, qui seul donne l'immortalité aux ouvrages, il faut une science , et ceci restreint considérablement le nombre des connaisseurs. Si l'on songe qu'à côté de la forme il y a le fond , et que chaque genre d'ouvrage exige du critique une compétence spéciale , on voit combien est restreint le tribunal qui décide de la réputation des auteurs. En est-il plus équitable? D'abord, le critique même compétent juge, -^ et en cela il est homme, — d'après l'impression du moment , d'après les goûts que lui ont faits l'âge ou les circonstances. Jeune, on aime le brillant ; vieux , on est insen-

sible. C'est dans les grandes villes que Se font les renommées, et là, le cœur et l'esprit sont plus ou moins blasés. Le premier jngemént, ^ aini^ faussé, risque de devenir définitif V cat; Vil est vrai que les bons ouvrages ont' besoin ffëéétéltis^ et ^ne sont appréciés qu'aVec le temps , 'il' est vrai àuâsî qu'aujourd'hui on ne relit "guère. EriÔiiV ' supposons le cas le plus favorable :; Voilà' Pêéri-^^ vain ; grâôe au suffi^a^e de iiuëlt^ùés 'côtitétnjfd-i rains, assur'é de passer â TéM de grand hôtmiiëi auprès dé la postérité. Qu'est-ce' 'qtf^iit^^^aiïd^ hoinmô? Un nom qui bientôt nie reptésentè plui; rien. L'idée du beau changé àvecle temps, "^etlë^^ rerio'mnièes littéraires' sont k la' toetcr de ^ëà'Vâ-^ nations : quïint' aux oeuvres scientifiques; éîléè ' sont infailliblement dépassée^ ' et tÀibKèlés'. 'Lé plus médiocre 'mathématicien de' n6s''jôtirà''0û sait plus que 'Galilée et Ne^bn. Donc/làglbir^ef' est une vaine ombf^è et le génie , idont c31ë eèsV l'unique récpmpeïisë.,'le gèni'e est un •présent funeste â qui' le reçoit. ' ' ' ^ ^ ^:''''

Tel est le fragile tissu d*ari^umentsdslnfe^lé^uBl^ Leopardi semble vouloir enlacer ét'j^aràlyiset'lai plus noble des passions humaines. On n'y peut toucher sans le déchirer, tant la trame en est légère. C'est qu'il est impossible d'écrire contre

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