‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 10 sur 123 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mûr dégoûté des hommes et des gouvernements, | désespérant du salut de l'Italie , suspect à tous les partis, et n'ayant gagné à tant de vicissi- f tudes qu'une hypocondrie communicative.

Du reste , il faut le dire, Giordani^ comme tous les patriotes itahens de cette génération trompée et résignée, souffrait moins encore de ses mécomptes personnels que des douleurs de la patrie. Les temps étaient durs pour l'Italie. . ♦Napoléon l'avait traînée brutalement à la re- l morque de là France; mais, du moins, il l'avait délivrée de cette multiplicité d'institutions incohérentes qui la tyrannisaient avant lui : sous son sceptre, les Italiens voyaient approcher la réalisation de l'unité nationale, le rêve de tous leurs penseurs depuis Dante , et ils étaient tentés de bénir la main de fer dont l'étreinte puissante allait rapprocher pour toujours les membres dispersés de la patrie. Ce dur noviciat, au bout duquel ils entrevoyaient obscurément une ère d'indépendance et de grandeur, réservait même quelques consolations à leur amour-propre. Bonaparte n'était pas pour eux un étranger ; il était de sang italien, et son génie attestait les puissantes facultés de la race à laquelle il appartenait, de cette race qui, toujours opprimée, avait produit pourtant

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les plus grands généraux du monde , Jules César,A. Farnèse, Piccolomini, Montecuculli et le César du xix® siècle. Enfin, ceux même que rien ne consolait de la servitude se disaient que, s'ils étaient esclaves, ils Tétaient avec la moitié de l'Europe. Mais lorsque TEmpîre, deux fois abattu par la coalition, se fut écroulé , la désillusion des Italiens fut amère. Le congrès de Vienne découpa l'Italie en morceaux et les distribua aux princes déchus qui attendaient dans l'exil le moment de remonter sur leurs trônes. Victor-Emmanuel P^ rentra à Turin , Ferdinand IV à Naples , Pie VII à Rome ; des princes autrichiens régnèrent à Florence et à Modène; enfin, les deux tiers de la vallée du Pô furent annexés , sous le nom de royaume Lombard- Vénitien, à la monarchie autrichienne. L'Italie, comme le disait dédaigneusement M. de Metternich , n'était plus qu'une « expression géographique. »

Et pourtant, cette idée, cette passion de l'unité italienne, que le vieux diplomate se flattait d'avoir extirpée ou convaincue d'impuissance , elle faisait palpiter encore les plus nobles cœurs de la péninsule. Les uns, espérant contre toute espérance , organisaient sur toute

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