‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 56 sur 123 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» rAmérique pour goûter le plaisir des larmes * » l'espace de deux minutes 1 Bea^ucoup de gens » éprouvent un sentiment d'indignation en » voyant la cendre du Tasse sans autre abri ni » indication qu'une pierre longue et large d'un » pied et demi , placée dans un recoin d'une » petite église. Pour moi , je ne voudrais pas » du tout trouver cette cendre sous un mauso- » lée. Tu comprends le monde de sentiments » qu'éveille le contraste entre la grandeur du » Tasse et l'humilité de sa sépulture. Mais tu » n'as pas idée d'un autre contraste, de celui » qu'éprouve un œil habitué à la magnificence » et à l'immensité des monuments de Rome, » lorsqu'il les compare à la petitesse et à la » nudité de ce tombeau. On éprouve une triste » et dé daigneuse consolation à penser que cette » pauvreté suflSt pourtant à intéresser et enthou- » siasmer la postérité, tandis que l'on considère » les plus splendides mausolées de Rome avec » une parfaite indifférence pour la personne à

> Gœthe a chanté la volupté de la mélancolie ( Wonne der Wehmuih ). « Ne séchez point , ne séchez point, ^ phurs d*un » amour éternel ! — Hélas ! Tœil ne fût-il séché qu*à demi , — » comme le monde lui apparaît vide et mort! — Ne séchez point, » ne séchez point, — pleurs d*un amour malheureux! 9 [GedicfUe,)

i 22 LEOPARDI , SA VIE ET SES OEUVRES.

» laquelle ils ont été élevés. On ijie demande » même pas &on nom, ou, si on le demande, » c'est pour avoir le nom du monument. Près » du tombeau du Tasse est celui du poète » Guidi, qui voulut reposer « propè magnos » Torquaticineres>y^comme\^dài Tinscription. » Il a eu bien tort. Il ne m'est pas resté pour » lui-même un soupir. A peine ai-je jeté un » coup-d'œil sur son monument, dans la crainte » d'émousser les sensations que j'avais éprouvées » devant la tombe du Tasse. La rue même qui » conduit à ce lieu dispose l'âme aux impressions y> du sentiment. Elle est toute bordée de maisons » occupées par des manufactures. On y entend » le bruit des métiers et autres outils, le chant des » femmes et des ouvriers occupés au travail.

» Dans une ville oiseuse, dissipée, sans ordre, » comme sont les capitales, on, aime à voir le » spectacle d'une vie recueillie, réglée et vouée à ) » des professions utiles. Même les physionomies » et les manières des gens qu'on rencontre dans » cette rue ont un je ne sais quoi de plus simple » et de plus humain qu'ailleurs ; elles reflètent les » habitudes et le caractère des gens qui vivent » dans le vrai et non pas dans le faux, c'est-à- » dire, qui vivent de travail et non pas d'intrigue,

Page 1