Part. III, hymne I, p. 44, note
10. — Ortes note à cet égard que le théâtre italien subordonne
rence, sobriété, concision, noblesse des personnages, beauté des sentiments, correction de la forme, puissance de vie, harmonie de la composition : telles sont les qualités essentielles de ses drames, méticuleusement construits, œuvre de réflexion plus que d'inspiration, de goût plus que d’enthousiasme,
Ce genre attirait Ortes. Il nous avoue, dans son Diario, que la poésie et la musique furent « ses premières inclinations »!, Les Rime de Marini et de Zappi, quelques drames de Silvani, éveillèrent ses goûts littéraires et, à douze ans, il écrivait son premier dramma per musica *. Ce penchant pour la poésie théâtrale ne se démentit pas avec les années *,
Ami de Vinci, de Leonardo Leo, de Harte, dit le Sartor t, d’Adolfo Hasse — le mari de la belle Faustina qui lui confiait son tambour de basque et lui recommandait Mozart enfant, venu à Venise avec son père — Ortes ne pouvait être que tenté par le nouveau drame où 1a musique soutenait le vers dans sa composition ordonnée et symé-
le poète à l’acteur, celui-ci imposant sa valeur comme ses vices : « nella vera commedia italiana che è quella degli istrioni, il poeta non parla nemmeno, e contento di fornire agli attori il soggetto, i caratteri, la distribuzione e il sentimento delle scene, lascia che essi parlino da sè ; e nei drammi che son le tragedie italiane, dove per la musica concertata non è possibile cantare a soggetto, i poeti e i maestri di musica non fanno che secondare l’umore e le maniere de’ musici. » Riflessioni sopra à Drammi per Musica, p. 13 et 14. Cf. encore p. 15.
1. — « Le mie prime inclinazioni furono per la musica e per la poesia per le quali avea buona disposizione. » Memorie ined. (Cicocna, Trattatelli ined. di Giam. Ortes, p. 10).
2. — « Le Rime del Marini e del Zappi, e alcuni drammi del Silvani, furono i primi libri che io leggessi con diletto; e un dramma per musica, il cui soggetto era l’amore di Antioco per Stratonica, fù la prima cosa ch'io scrivessi di mia fantasia all’éta forse di dodici. »y (Memorie ined., CicoGna, ibid., p. 11).
3. — « Trattandosi di bell’ arti e in particolare di poesia teatrale, alla quale più che ad altra fui sempre inclinato.… » Delle Scienze Utili e delle Dilett. chap. XVIII (Custontr, ouv. cit., t. XLIX, suppl. p. 270).
4, — Dans une lettre à Ciani, annonçant la mort de Harte, il indique toute la peine qu’il éprouve : « io ho perduto un de’ migliori amici e la persona che al presente frequentava più d’ogni altra ». Lett. XXXIV, de Venise, 3 janvier 1784 (CUSTODI, ouv. cit., p. m., t. XXIV, p. 419).
trique pour réaliser un dessein d’harmonieuse esthétique dans la douceur des rimes, la cadence des voix et des instruments !.
Ce drame musical fut du reste la grande vogue du xvirI° siècle. A Venise, surtout, ces mélodies faciles, claires, caressantes, charmaient l'esprit, enchantaient l’âme. Aussi l'importance sociale de ce genre y fut-elle considérable. Le thème en était toujours pathétique et émouvant. Les drames n’allaient pas jusqu’à troubler la sérénité du public, la sensibilité voulant être simplement émue et non pas brusquement heurtée. Le tragique et l’héroïque animaient les personnages. Mais, contrairement à la coutume, Ortes ne mit point dans la bouche de 5es héros ces paroles maniérées, ces propos galants, ces abandons suaves sans respect pour les situations et la vérité psychologique, qui constituaient, dans la plupart des drammi per musica, un mélange de trivialité et d’invraisemblance. De même, il rompit avec l’usage qui acceptait les extravagances les plus inattendues. Il mit plus d'unité dans l’action, plus de force dans l'intrigue. En cela, il faut bien le reconnaître, il apportait une réaction au drame de Metastasio, trop idéalisé, où les idylles pastorales et mythologiques le disputaient à la mièvrerie du style, à la virtuosité verbale, au miracle de l'équilibre, aux gémisse-
1. — Il écrivait à un ami de Rome : « Voi che siete politico, dovreste suggerire ai Romani che per l’avanzamento delle arti dovrebbero spogliarsi del preguidizio di non avere donne cantanti ne’ teatri : parlatene al papa alla prima vostra udienza ». (Publié dans LAMPERTICO, Giam. Ortes e la Scienza econ. al sua tempo, p. 50). On sait que depuis le dernier tiers du xvr siècle, les femmes faisaient partie des troupes de comédiens (PIER MartA CECCHINI, Brevi discorsi intorno alle Commedie, Commedianti e Spettatori.). À Rome notamment, il leur fut permis de reparaître à la scène sous le pontificat de Clément X (A. ADE- MOLLO, 1 Teatri di Roma nel secolo decimosettimo, p. 136). Mais la présence des actrices provoqua la plus vive inquiétude chez les religieux, et, en 1738, presque tous les évêques des Etats du Pape signèrent un manifeste de protestation (De’ Teatri moderni contrari alla professione cristiana, libri due del P. DANIELE CoxciNA dell Ordine de’ Predicatori, In conferma delle sue Dissertazioni De Spectaculis Theatralibus. In Roma MDCCLYV). Ortes faisait donc preuve de libéralisme en prenant le contre pied de cette tendance.
ments amoureux en ton mineur, emmêlés de fioritures de toutes sortes.
Mais avant d'aborder l'étude de son Théâtre, examinons quel était le sentiment d’Ortes sur ce genre si à la mode, tel qu’il apparaît dans ses Réflexions sur les Drames musicaux :. La question n’est pas sans intérêt puisque Ortes se trouve ainsi amené à poser certaines règles — par lui du reste strictement observées — aui permettraient seules, à son avis, de procurer un plaisir véritable au spectateur ?.
Dans ces Réflexions, Ortes précise, dès l’abord, ce qu’il entend par dramma per musica.
C’est « la représentation de quelque action merveilleuse de conception et de forme poétiques, d'expression musicale et chorégraphique, accompagnée de décorations picturales, afin d’émouvoir plus efficacement et avec plus de
1. — Riflessioni sopra à Drammi per Musica. Aggiuntovi una nuova azione drammatica. Venise MDCCLVII, Giamb. Pasquali. Le drame est intitulé Calisso Spergiura. L’exemplaire que possède la Marciana contient quelques adjonctions de la main d’Ortes, par exemple, p. 23, un addendum manuscrit sur feuillet; p. 40, une note marginale ; p. 42, une adjonction manuscrite en fin de page. Enfin, l'ouvrage contient après le dernier feuillet, (p. 103 verso) un addendum manuscrit qui renvoie à la page 16 de l'étude, ligne 10. En écrivant ces Réflexions, Ortes, une fois de plus, imitait son maître Guido Grandi, qui, en 1691, composa un Traité de la Musique théorique et pratique, en 3 Livres. Il refit du reste ce Traité en 1695, avec une précision toute géométrique, et le divisa en 24 propositions : D. Guidonis Grandi Logometria musica sive de musicorum intervallorum propositionibus. Ortes en parle dans sa Vita del P. Guido Grandi, p. 11. Rappelons, enfin, qu’en 1733, Benedetto Marcello, dans un esprit identique à celui qui poussait Ortes à écrire ses Réflexions sur les Drames musicaux, avait publié son Teatro alla Moda.
2. — Ortes faisait en somme pour les drami per musica, ce que Metastasio avait fait pour les opéras, lorsqu'il posait en loi impérative la nécessité de six personnages, tous amoureux, pour permettre au musicien tous les contrastes ; réalisait une variété heureuse en ne faisant jamais chanter deux airs de suite au même personnage, ni, successivement, deux airs de même caractère, ou recommandait de terminer chaque scène par un air, le premier et le deuxième acte s’achevant par des airs plus importants. Chacun des trois personnages principaux, le primo soprano, la primadonna et le ténor devaient chanter cinq airs, de cinq caractères différents : un air passionné, aria patetica ; un air de bravoure ; un air uni, aria parlante ; un air de demi-caractère ; un air de joie, aria brillante. Enfin, il
charme que dans les autres représentations théâtrales, les passions et l’âme des spectateurs » !.
Il pose ensuite pour principe que le théâtre ne doit pas avoir pour objet la reproduction des actions humaines courantes, mais bien exagérer ce que l’on peut rencontrer dans la vie, et ce que l’on y rencontre du reste quelquefois ?. Tout homme en effet est ou s’estime, l’égal d’un autre. Il est sujet aux mêmes passions, mais de par les circonstances, autant que de par sa nature propre, il offre avec ses semblables certaines particularités qui constituent des « caractères ». Et c’est précisément l’exagération, la charge d’un de ces caractères humains, qui donne, par essence, le sujet théâtral’. Et suivant que cette charge aura trait à l’apparence ou à l’action véritable du caractère, elle mettra en vue le ridicule des originaux et donnera naissance à la Comédie, ou, basée sur le merveilleux des héros, engendrera la Tragédie.
D'ailleurs, — et nous retrouvons une observation que nous avons déjà rencontrée — cette charge doit se rigoureusement cantonner dans les limites de la vraisemblance. Et cette vraisemblance existera ou non, suivant que la charge sera, ou non, conforme à l’idée du caractère représenté : c’est dans cette adaptation harmonieuse que réside l’expression même du talent. Ortes remarque, cependant, qu’au théâtre l’exagération n’est pas forcément un défaut. Il suffira que le spectateur ne s’apercoive pas de l'erreur qui est à la source de son plaisir.
importait que « dans le deuxième et le troisième acte, le poète ménageât deux belles niches, l’une pour y mettre un récitatif obligé suivi d’un air à prétention (di tranbusto) ; l'autre pour un grand duo, toujours chanté par le premier amoureux et la première amoureuse ».