SECTION I. — DU SYSTÈME DE ORTES TOUCHANT LA POPULATION
Il nous a été donné, en parcourant à grands traits leurs ouvrages, de constater le rôle de tout premier plan que les
‘principaux économistes italiens du xvirre siècle, — se rappro-
chant de Mirabeau et des partisans de l’École populationniste française, — attribuent à la population. En Italie, d’ailleurs, à la question démographique s’identifie celle de la puissance
. même de l’État. Voilà sans doute pourquoi l’on s'attache à
rechercher les meilleurs moyens de développer la population, inconsidérément peut-être, à l'exception de Genovesi et de Verri qui la voulaient, nous le savons, adéquate aux moyens de production et à l'étendue du territoire. Le problème de la population, en somme, était un peu comme celui de la monnaie, l’objet de la préoccupation générale; aussi chacun apportait-il sa solution personnelle, et les théories, les opuscules, les brochures d’abonder. Une étude systématique faisait cependant défaut, C’est un des grands mérites de Ortes de
nous l'avoir donnée dans ses Riflessiont sulla Popolazione *.
Dans la préface de son ouvrage, Ortes indique — précision intéressante — le point de vue spécial auquel il se place. Alors que l'accroissement de la population est, nous le rappelons, presque exclusivement envisagé comme un moyen d'augmenter la puissance nationale ?, Ortes soutient que toute nation doit se maintenir, quant à sa population, dans des limites étroites ? — tendance déjà manifestée dans l'Économie nationale 4. Ce qu’il recherche, sans plus, c’est indiquer les modes par lesquels une population peut croître, diminuer et se conserver sans aucune gêne pour elle-même, et comment, sans avoir à souffrir de la pauvreté ni d’une oppression quelconque, elle peut, en outre, être grande, riche et puissante 5. Il se trouvera ainsi amené à résoudre le problème — posé plus que démontré dans son Économie — de la pauvreté corollaire indispensable de la richesse.
$ 1. — De la progression illimitée de la population.
Dès l’abord, Ortes pose le principe de la progression illimitée de la population. Après avoir étudié cette progression
1. Riflessioni sulla Popolazione delle nazioni per rapporto all’ Economia nazionale. Rapportées dans CUSTODI, p. m., tom. XXIV, P. 7 à 114 (chap. I à XVII); tom. XLIX, suppl., p. 169 à 254 (chap. XVIII à XXXIV).
2. Nous nous souvenons que c’est le cas pour les Napolitains et les Milanais (part. I, chap. I, $ 11, 1, supra, p. 13 et suiv.; 2, p'ernetz28;: pour Venise, 3, p. 38, în fine. p. 39, princip.).