‹ Gil Blas. IntrodChapitre 13 sur 277 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans la suite aux plus grandes disgrâces qui me sont arrivées. Je ne pouvais me consoler de m' être laissé tromper si grossièrement, ou, pour mieux dire, de sentir mon orgueil humilié. « Hé quoi 1 dis-je, le traître s'est donc joué de moi ? Il n'a tantôt abordé mon hôte que pour lui tirer les vers du nez, ou plutôt ils étaient d'intelHgence tous deux. Ah ! pauvre Gil Blas, meurs de honte d'avoir donné à ces fripons un juste sujet de te toiirner en ridicule. Ils vont composer de tout ceci une belle histoire qui pourra bien aller jusqu'à Oviédo, et qui t'y fera beaucoup d'honneur. Tes parents se repentiront sans doute d'avoir tant harangué un sot : loin de m' exhorter à ne tromper personne, ils devaient me recommander de ne me pas laisser duper. » Agité de ces pensées mortifiantes, enflammé de dépit, je m'enfermai dans ma chambre et me mis au lit ; mais je ne pus dormir, et je n'avais pas encore fermé l'œil, lorsque le muletier me vint avertir qu'il n'attendait plus que moi pour partir. Je me levai aussitôt ; et pendant que je m'habillais, Corcuelo arriva avec un mémoire de la dépense, dans lequel la truite n'était pas oubliée ; et non seulement il m'en fallut passer par où il voulut, mais j'eus encore le chagrin, en lui livrant mon argent, de m' apercevoir que le bourreau se ressouvenait de mon aventure. Après avoir bien payé un souper dont j'avais fait si désagréablement la digestion, je me rendis chez le muletier avec ma valise, en donnant à tous les diables le parasite, l'hôte et l'hôtellerie.

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