DON VINCENT, AURORE
DON VINCENT
Morbleu !
AURORE , s’avançant.
Calmez-vous, mon oncle, vous vous rendrez malade.
DON VINCENT
C’est-à-dire que je ne le suis pas? A merveille, ma nièce,
{ ‘e reconnais là votre tendre affection, et vous vous garderiez lien de me parler de ma santé sans persiflage.
AURORE
Excusez-moi, mon oncle, je croyais...
DON VINCENT
Oui, oui, je sais ce qui vous trotte en tète. Je n’ai pas été dupe de certaine histoire de brigands qu’on m’a contée, et je, vous soupçonne fort de n’avoir rencontré d’autre brigand que lé seigneur Diego en personne.
AURORE
Je vous jure, mon oncle...
GIL-BiAS;
DON VINCENT
Que vous avez ^té délivrée par un compagnon d’infortune, dont un malheureux hasard vous a séparée aux portes mêmes de Madrid , ie veux bien le croire. Quoi qu’il en soit, vous avez connu don Diego dans le temps qu’il achevait ses études à Salamanque, et je me trompe fort, ou c’est sa présence à Madrid qui vous a décidée à venir vous installer au chevet d’un malade. Don Diego est de bonne maison , et je vous le donnerai volontiers pour époux ; mais je vous le répète, ma nièce, votre dot sera le prix de vos soins, et je ne veux entendre parler de mariage que quand je serai guéri.
AURORE
En ce cas, je peux me résigner à mourir fille.
v DON VINCENT.
Voulez-vous dire par là que je ne guérirai pas?
AURORE
Et de quoi guéririez- vous, si vous n’ètes pas malade ?
DON VINCENT-
Ah! je ne suis pas malade! A la bonne heure! vous vous expliquez enfin t Je suis un vieux fou, n’est-ce pas? un vieux podagre!... un vieux tuteur hypocondre qu'il vous tarde île quitter pour un époux jeune et fringant? Eh bien , j’en suis fâché, ma nièce; mais vous aurez la bonté de prendre patience, et je vous apprendrai que je suis malade.