‹ GilBlas operacomique en cinq actesChapitre 23 sur 92 · SANGRADO, G1L-13LAS · texte numérisé non relu

SANGRADO, G1L-13LAS

Dites-moi maintenant. Monsieur, croyez-vous qu’il soit réellement malade?..

SANGRADO

Pourquoi ne le serait-il pas ?

C’est qu’à vous parler franc, Monsieur, j’éprouve quelque scrupule à travailler ainsi sur mes semblables , et que ma conscience n’est pas en repos.

• SANGRADO

Et que peut-elle te reprocher ?... Ne t’ai-je pas découvert le fin de l’art salutaire que je professe depuis tant d’années?... Ne t’ai-je pas épargné la peine d’étudier la physique, la pharmacie, la botanique et l’anatomie ?.. Ne t’ai-je pas appris qu’il ne faut que saigner et faire boire de l’eau chaude ?... Oui, mon ami, toute la science est là : lu possèdes à fond la médecine, et te voilà savant avant que d’être médecin, au lieu que d’autres sont longtemps médecins avant que d’être savants!..

C’est vrai ; mais comment donc se fait-il que nos malades meurent tous dans les trois jours?...

SANGRADO

C’est leur affaire et non la nôtre... N’ai-je pas prouvé dans mon livre qu’ils devaient guérir ?

Vous avez raison, et voilà qui me rassure tout à fait! Au

diable les scnipules, et vive Hippocrate !... Je ne demandeplus que plaies et bosses.

SANGRADO

Allons !.. je suis charmé de te voir dans de bonnes dispositions... Sois ferme dans ta doctrine et ne t’embarrasse pas du reste. Je reviendrai tantôt savoir des nouvelles de notre malade.

Oh ! c’est un vieillard robuste qui nousdonnera delà peine.

SANGRADO

N’importe ! il ne faut pas se décourager... Adieu, Gil-Blas ! . . Continue à exercer la médecine comme tu as commencé, et tu seras bientôt riche, mon ami ; car il y aura, s’il plait à Dieu, beaucoup de maladies cette année.

11 faut que tout le monde vive !

SANGRADO

Parbleu ! (u sort.)

GIL-BLAS, seul.

Vivat! te voilà tout justement sur le grand chemin de la fortune, Gil-Blas! Encore quelques années de saignée et d’eau chaude, et tu seras à ton aise comme le docteur Sangrado, ton illustre maître... A nous deux, seigueurdon Vincent, car encore faut-il gagner son argent en conscience I (Voyant entrer Aurore.) Une femme !

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