RÉCITATIF ET COUPLETS
Hein! Suis-je reconnu déjà dans ce village?
(Riant.)
Mais non, grâce à Dieu! — je suis fou.
Sous cet épais et vert feuillage,
Le merle unit sa voix à celle du coucou.
(Déclamant.)
Conduit par le hasard jusqu’en ces lieux champêtres.
Rebut de ia fortune et jouet du destin.
Reposons-nous un peu sous l’ombrage des hêtres,
A l’abri des sifflets, mais oon pas de ia faim!...
— Voici tout justement sur le bord de la route Un frais ruisseau dont le courant M’invite à tremper uue croûte Dans son flof clair et transparent.
(il tire quelques croûtes de pain de sa besace.)
Hélas! c’est tout ce qui me reste Du dernier diner que je lis.
L’art dans ses appétits doit se montrer modeste.
Et ce sont là de ses profits!
(U s'assied près du ruisseau et y trempe ses croûtes de pain, tout eu clian-
taut.) , ,
Plus pauvre que Diogène,
Qu’on a pu voir autrefois Puiser l’eau de la fontaine Dans son écuellc de bois.
Moi, je bois Dans mes doigls.
Et pour satisfaire Ma soif et ma faim,
Dans cette onde claire Je trempe mon pain.
Tra la la!
Passez sur ma tête.
Orage et tempête.
Sans troubler l’eau De mon ruisseau.
Plus sage que Vulcain même,
Et moins sot que Ménélas,
Si ma femme veut qu’on l’aime.
Moi, je ne m’en fâche pas.
Je suis las Des hélas!
■ Et pour me distraire
D’un ennui malsain.
Dans cette onde claire - Je trempe mon pain.
T ra la la !
Passez sur ma tête - Orage et tempête,
Sans troubler l’eau De mon ruisseau!